« Amusez Lambeaux » !

GILLEMON,DANIELE

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Mercredi 13 février 2008

Collectionneur passionné de Jef Lambeaux dont il traque les œuvres depuis vingt ans, Philippe Leclercq crée une ASBL, projette une expo « du centenaire » et rêve d’un musée à Saint-Gilles qui réaliserait la promesse faite à l’artiste à la fin de sa vie !

Nul n’est prophète en son pays c’est bien connu ! ponctue Philippe Leclercq, sans doute le meilleur connaisseur aujourd’hui de l’œuvre de Jef Lambeaux, moins oubliée que peu visible ! Concepteur de métier, romaniste de formation, ce collectionneur hors norme nous change des millionnaires peu inspirés qui dédient à un tiers la gestion de leur collection. Il a acquis sa première pièce au Jeu de Balle, il y a vingt ans avant d’en arriver à cette collection qui en compte une bonne trentaine, essentiellement des plâtres d’édition. Et il voue une vraie passion à cette sculpture prodigieusement tourmentée et sensuelle, largement connue dans le contexte de l’art nouveau. Elle a pourtant alimenté, à son corps défendant, une de ces histoires à la belge absurde et récurrente.

Rouvert après avoir été fermé pendant près de trois quarts de siècle, le Pavillon des Passions humaines, œuvre de Victor Horta, abrite les spectaculaires et emblématiques Passions. Géré par le Musée du Cinquantenaire, l’avenir du monument est loin d’être fixé dans la mesure où il jouxte la grande mosquée sur un terrain dont elle dispose par bail emphytéotique jusqu’en 2068 ! Déjà responsable, en 1889, d’un lourd désaccord entre Horta et Lambeaux – un mur ou pas de mur derrière les colonnes ? –, ce bâtiment abrite le relief monumental vivement controversé à l’époque en raison de son caractère peu académique.

Tout cela a-t-il joué en la défaveur de l’artiste ? Il faut bien constater, dit Philippe Leclercq, que Lambeaux, natif d’Anvers mais vivant à Saint-Gilles, est peu étudié et que sa mémoire à la longue risque de pâlir. D’autant que cette lacune en cache une autre, vieille d’un siècle ! À la mort du sculpteur, en effet, en 1908, la commune s’est bien gardée, pour des raisons qu’on ignore, d’honorer la promesse faite au sculpteur de créer un musée avec le contenu – d’ailleurs envolé ! – de l’atelier. J’ai retrouvé les documents qui font état de ce projet. Peut-être les relations entre Saint-Gilles et Lambeaux n’étaient-elles plus au beau fixe ? La commune reprochait-elle au sculpteur ses bonnes relations avec Léopold II qui, lui, ne voulait plus y mettre les pieds depuis qu’on l’y avait conspué ? Mystère ! Et mystère le fait que l’atelier ait été retrouvé complètement vide alors qu’un an avant sa mort, Lambeaux était encore en pleine activité.

Le musée retrouvé

Le musée dont rêve Leclercq réparerait la promesse non tenue. Auparavant et pour fêter le centenaire de la mort de l’artiste, il a eu l’idée (et travaille activement, avec quelques artistes, à sa réalisation) d’une grande exposition. Créant en 2006 l’ASBL « Musée Jef Lambeaux Museum » dont le but est de promouvoir des évènements et de financer le projet du musée, ils ont mis à sa tête un comité d’accompagnement comptant bon nombre de personnalités comme le cinéaste Claude François, le sculpteur Félix Roulin, la directrice du Théâtre-Poème, Monique Dorsel, Catherine François, du Centre Jacques Franck, Werner Adriaenssens du MRAH et Jean-Jacques Deleeuw, directeur de Bel RTL. En attendant d’autres noms…

L’exposition que Charles Picqué a encouragée – Une expo pour le centenaire ? Quelle bonne idée, on n’y avait pas pensé ! – sera dédiée au sculpteur de manière dynamique, incluant des contemporains qui sont de taille à mettre l’œuvre en perspective. L’« ancien » et les « modernes » se retrouveront mêlés en un même lieu. La liste des artistes fait état, à ce jour, de la présence de Jacques Lennep, Michel Thuns, Félix Roulin, Stephen Sack, Paul Gonze et Catherine Evrard. Le musée, s’il aboutit, participera d’une même dynamique. Il ne reste qu’à convaincre les édiles communaux de l’intérêt qu’il présentera pour la commune.

Musée Jef Lambeaux Museum. Tél. 02-537.72.48

1958. Naît à Tournai. 1977. Naissance d’une passion : Philippe Leclercq découvre 23 Skidoo, un spectacle

1958. Naît à Tournai. 1977. Naissance d’une passion : Philippe Leclercq découvre 23 Skidoo, un spectacle de Frédéric Flamand, fan de Jef Lambeaux, créé au Pavillon des Passions humaines d’après un texte de William Burroughs. 1986. Il achète sa première sculpture à Bruxelles. Puis intervient une longue période où il traque et achète jusqu’à une quarantaine de pièces. 2006. Philippe Leclercq rencontre Charles Picqué et lance avec quelques artistes l’ASBL Musée Jef Lambeaux Museum. 2008. Expo du centenaire prévue en octobre.