"24 HEURES" DANS LES RUES DE DETROIT, AUX TROUSSES DES DIFFERENTS ACTEURS DE LA NUIT DU DIABLE PARFUM DE FLAMMES

WILMOTTE,THIERRY

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Samedi 7 décembre 1991

«24 Heures» dans les rues de Detroit, aux trousses des différents acteurs de la Nuit du Diable

Parfum de flammes

Soixante-deux incendies et deux morts. Detroit vient de vivre une «bonne» Nuit du Diable...

La première Nuit du Diable a secoué Detroit en 1984. Depuis lors, la défunte Motor City vit dans la crainte. Toujours à la même date, le 30 octobre, veille d'Halloween. Halloween? Une fête d'origine européenne réservée aux Blancs, se lamente la population noire de l'endroit. En moins d'un demi-siècle, celle-ci est devenue largement majoritaire: huit habitants sur dix à Detroit sont de race noire.

Dans le même temps, l'ancienne capitale mondiale de l'automobile est également devenue, avec ses 600 homicides par an, la deuxième ville des États-Unis à la plus forte criminalité, après Washington. Un Noir sur trois est au chômage. C'est dans cette couche de la population que l'on désigne le plus facilement les responsables de cette nuit infernale au cours de laquelle plusieurs dizaines de maisons sont incendiées. Mais ils ne sont pas seuls: les propriétaires qui ne parviennent plus à louer leur maison jouent également de l'allumette dans le but d'être remboursés par leur compagnie d'assurance.

La chasse aux pyromanes n'est pas facile. Pourtant, au fil des années, la ville s'organise. Sous l'impulsion de Coleman Young, le maire noir de Detroit, tous les moyens sont mis en oeuvre pour intervenir le plus rapidement possible et surtout pour éviter que ces petites catastrophes ne prennent trop d'ampleur. Quelque 4.000 policiers et 1.000 pompiers sont sur le pied de guerre. Ils s'apprêtent à vivre la nuit la plus torride de l'année. En plein mois d'octobre! Mais une bonne partie de la population leur prête main forte: plus de 38.000 bénévoles vont passer la nuit dans leur quartier, à l'affût du moindre mouvement suspect autour de ces trop nombreuses maisons abandonnées.

Parmi elles: l'équipe des cinq journalistes-cameramen de «24 Heures», emmenés par leur rédacteur en chef, Bruno Le Dref. Selon une méthode qui a fait ses preuves, tout ce beau monde s'est séparé afin de suivre, pendant... 24 heures, différents acteurs jouant un rôle clef dans l'événement.

Notre premier guide, bien utile dans cette Devil's Night, est Sundiata Keita. Enseignant dans une école alternative qui prône le développement des Noirs et l'affirmation de leurs racines africaines, il a remplacé la fête d'Halloween par une célébration des héros africains. C'est ainsi que l'on croise Bob Marley, Duke Ellington ou encore Joe Louis... qui ont rajeuni de quelques dizaines d'années. Le guide idéal pour nos équipes de Canal + est Gary Baumgarten. Journaliste pour CBS, il est devenu le spécialiste de la Nuit du Diable. Dès qu'un incendie se déclare, Gary est là. Parfois même avant les Firemen.

Gregory Williams, un des nombreux flics enrôlés pour la nuit, voit également ses patrouilles ponctuées de quelques interventions spectaculaire. Lui aussi viendra à bout d'un sinistre grâce aux extincteurs qui ont été distribués à toutes patrouilles. La satisfaction du devoir accompli au terme d'une journée pendant laquelle il a déjà oeuvré contre les candidats pyromanes en protégeant certaines maisons abandonnées. Mais en cette nuit d'enfer, les policiers ont également fort à faire pour surveiller les crack-houses où se retrouvent dealers et consommateurs de drogue. Cette fois, c'est Jerry Bill et sa bande de zonards qui nous servent de guide.

Bilan? «24 Heures» d'émotion mais aussi une «bonne» Nuit du Diable. Cette année, 62 incendies ont ravagé Detroit, contre 150 en 1990. Deux personnes sont mortes, dont un enfant. Il jouait dans sa chambre avec des allumettes!

THIERRY WILMOTTE

«24 Heures: la Nuit du Diable». Canal +, en clair, à 13 heures.