n.c.
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Mercredi 27 décembre 2000
L'histoire de la philosohie?
Non, mille fois non!
Enseigner la philosophie durant les deux dernières années du secondaire? Oui, mais en remontant aux questions existentielles. Qu'est-ce que l'univers? D'où venons-nous? Pourquoi sommes-nous ici? Qu'est-ce que la mort? Comment l'assumer? Autrement dit, tenter, prof et élèves ensembles, de se poser des questions, ensuite de se poser de bonnes questions, à savoir des questions ouvertes, des questions qui ne contiennent pas déjà une/des réponse(s). (...)
Quant à une histoire de la philosophie, c'est non, mille fois non; elle ne saurait être que superficielle et le jargon appellerait des pages de définitions. Encore un cours à «bloquer» avec tableaux et vocabulaire. «Philosophes à vendre», ironisait Lucien, encore jubilatoire dix-huit siècles plus tard.
L. GROSS 1050 BRUXELLES
Oui à des ateliers
de réflexion philosophique
Durant de nombreuses années, j'ai été professeur de morale non confessionnelle dans l'enseignement technique et professionnel. Régulièrement, j'ai travaillé en collaboration avec mes collègues professeurs de religions catholique et protestante.
Les projets que nous avons menés en commun et les confrontations d'idées que nous avons eues devant nos élèves ont toujours été bien perçus par ceux-ci. Dans une société démocratique comme la nôtre, il est essentiel de dialoguer, d'échanger ses différences. Dans la mesure où un cours de philosophie travaillera dans cette optique, à la recherche du «sens», j'y suis tout à fait favorable. Une réserve toutefois. Le cours de morale, qui suit déjà une démarche philosophique et dont le programme propose une découverte des grands thèmes de la philosophie, apporte aux élèves d'autres éclairages, qu'il serait dangereux d'oublier si le cours devait être supprimé. (...)
En d'autres termes, oui à des ateliers de réflexion philosophiques, qui partent de l'adolescent, et retournent à lui; non à un cours de philosophie, stricto sensu. De tels ateliers constitueraient une démarche démocratique importante, qui devrait, à terme, déboucher sur une remise en question des ghettos scolaires (je parle ici des réseaux). (...) Au-delà de la programmation et du contenu d'un cours, c'est toute l'organisation scolaire qui doit tendre vers le pluralisme, vers l'échange et la confrontation des idées. Un cours de philosophie serait un pas dans la bonne direction.
PHILIPPE VANCOMELBEKE HERSEAUX
Deux heures par semaine,
ce n'est pas trop
Depuis 25 ans, je suis ce qu'on appelle familièrement «prof de morale», et, à quelques exceptions près, toujours avec le même plaisir. Pendant 2 heures par semaine, j'accueille mes élèves - 195 en tout, de 1 re en rhéto - pour leur offrir un espace de liberté de parole, pour les aider à apprendre à penser par eux-mêmes.
Cela ne se passe pas de la même manière à 12 ans ou à 18 ans: chez les plus jeunes, on part du concret, ils apprennent à prendre la parole dans un groupe; les «moyens» s'ouvrent au monde, à la différence (culturelle, religieuse,...); et les «grands» apprennent à problématiser, conceptualiser, argumenter: c'est ce qu'on appelle le passage à l'abstraction, qui se fait à travers les textes de philosophie. Manière différente, mais même but: penser par soi-même, échanger, prendre le temps de la réflexion, prendre ses distances par rapport à une information, apprendre la précision et la rigueur... 2 heures par semaine, ce n'est pas trop!
Le cours de morale, c'est bien plus que l'éducation à la citoyenneté. C'est aussi aider les jeunes à (re)découvrir la faculté de s'étonner, de dépasser les évidences, d'apprendre à savoir qui on est. Et c'est, pour moi, le bonheur d'être avec des jeunes, dans un rapport à la fois affectif et intellectuel.
MARIANNE DENAYER-GOOSSE BXL
Décloisonner la formation
des enseignants
Accorder davantage d'attention et de moyens à l'enseignement de la philosophie est évidemment souhaitable. Mais tout d'abord, il faudrait que cet enseignement s'adresse à tous et non pas à une élite. (...) D'autre part, il importe d'attirer l'attention sur le développement de l'esprit critique et de la profondeur de pensée. Plusieurs facteurs sont aujourd'hui défavorables à cet égard.
Tout d'abord l'enseignement est, à partir du secondaire, étroitement cloisonné par disciplines et, dans chaque discipline, la formation des enseignants est (avec d'heureuses exceptions) axée sur l'état actuel des savoirs, à l'écart de leurs origines problématiques et des questions épistémologiques qu'ils soulèvent. Corriger ce défaut majeur ne sera pas facile.
Il faudrait en outre rendre les enseignants conscients que les savoirs ont une genèse, une longue histoire dans chaque personne. Et, pour cela, il serait utile de décloisonner la formation des maîtres, aujourd'hui compartimentée par nivaux: le maternel, le primaire, le secondaire inférieur et le secondaire supérieur.
NICOLAS ROUCHE NIVELLES
Il faut d'abord former
les maîtres
Mais qui donc exercera cette tâche, redoutable et essentielle, d'éduquer les jeunes à la pensée critique? Quelle formation spécifique sera offerte aux enseignants? Le fait que le professeur soit lui-même capable d'exercer sa pensée critique n'implique en rien que ses élèves pourront exercer la leur. L'apprentissage de celle-ci consiste en effet tout autant à savoir poser les questions qu'à acquérir les outils pour y répondre. Or la formation actuelle des enseignants ne les prépare guère à développer cette autonomie chez leurs étudiants. Espérer par ailleurs trouver chez les étudiants en philosophie le réservoir idéal où seraient utilisées les techniques qui favorisent cette autonomie semble également prématuré. Leur formation met en effet davantage l'accent sur un contenu plutôt que sur un processus. C'est donc là une question qui mérite d'être l'un des premiers sujets de réflexion avant toute transition vers un enseignement philosophique à l'école.
GILLES ABEL QUEBEC
Pourquoi faudrait-il créer
un nouveau cours?
Enseignant de «cours généraux» au niveau technique secondaire supérieur, je constate que les jeunes ne demandent pas mieux que de se poser les questions fondamentales de l'existence. Ils les posent au cours; ils demandent des réponses claires mais non moralisatrices. Ils veulent des outils leur permettant de réfléchir ensemble, de penser de façon indépendante mais juste, vraie, valable...
Au départ, ils imaginent souvent que leurs «idées» et opinions en valent d'autres puisque nous sommes en démocratie... Et nous sommes partis pour le melting-pot des pseudo-théories, de la pseudo-pensée, ce qui correspond il faut le dire souvent à ce qu'ils voient et entendent autour d'eux, à la télévision... Et ils sont fort étonnés quand on leur dit et leur montre que tout ne se vaut pas et qu'il y a de bonnes, de moins bonnes et de mauvaises techniques de pensée! (...)
Des outils, il y en a, il suffit de les utiliser. Pourquoi créer un nouveau cours alors qu'on a supprimé des cours de section (techniques, pratiques pour des raisons d'économie). La philosophie, certainement, mais pourquoi ne pas l'intégrer au cours de français?
PHILIPPE KONINCKX PAR E MAIL
Maîtriser le français
avant de philosopher
En ce qui concerne l'enseignement de la philosophie dans l'enseignement primaire et secondaire, je doute de son utilité pour la simple raison que la population scolaire actuelle, en général, accuse une pauvreté de vocabulaire invraisemblable. Et à un point tel que c'est la maîtrise du français qui devrait être l'objet d'une reprise en main aussi poussée qu'immédiate.
R. SOLEIL 1410 WATERLOO
La religion, c'est une affaire
de famille...
Pour avoir été professeur de mathématique pendant 35 ans, je me suis souvent interrogé sur l'utilité d'un cours de religion(s) ou de morale à l'école. Ce sont (souvent) des cours pris à la légère par les élèves. J'estime que ce sont des matières à évoquer en famille. L'école est plutôt faite pour une éducation «civile» bénéfique à tous, du moins en théorie. Un cours de philosophie en dernières années du secondaire serait une bonne chose s'il est précédé d'une bonne éducation civique.
R. WILLEMS 1180 BRUXELLES
Ne pas laisser la place aux
intégrismes et aux sectes
Je suis professeur de religion catholique depuis 12 ans dans l'enseignement libre. J'ai suivi des études de science religieuse: d'abord en graduat que j'ai prolongé par une licence. Contrairement à ce que certains peuvent «croire», ces études ont contribué à aiguiser mon esprit critique, comme il l'était déjà par le milieu de l'action catholique dans lequel j'étais engagée (Jeunesse étudiante chrétienne). Dès le début, l'objectif que je me suis donné dans ce cours était de faire réfléchir des jeunes aux questions du sens de la vie. C'est cela qui m'a donné envie de devenir «prof de religion», c'est cela qui me motive depuis 12ans. (...)
Par rapport au débat actuel, j'ai des craintes et des questions auxquelles je n'ai pas de réponses: (...) Depuis longtemps, il est question de supprimer les cours philosophiques. Le débat ne risque-t-il pas d'en arriver là?
Personnellement, je crois que cela serait dramatique... Alors que le spirituel est considéré comme étant de l'ordre du privé, où chacun se concocte sa petite soupe personnelle, la place risque d'être laissée aux intégrismes, aux sectes dangereuses, aux mouvements «d'invasion».
DOMINIQUE DESCLIN DOUR
Vive Socrate
devant le tableau noir!
Enfant, au cours de morale, j'ai appris comment on dresse une table bourgeoise: la fourchette à gauche, la cuillère et le couteau à droite; comment on écrit une lettre selon qu'on l'adresse à un ministre ou à une connaissance. En sixième primaire, j'ignorais tout de la semaine sainte - j'ai naïvement signalé à une condisciple qu'elle avait du noir sur le front -, et j'ai eu fort à faire, moi qui recevais une éducation protestante, pour calmer l'indignation générale.
Etudiante à l'université, j'ai fréquenté à la fois le Cercle des étudiants protestants et celui des étudiants juifs. Devenue prof, j'ai suivi en élève libre des cours sur la civilisation et la religion musulmane pour mieux comprendre les 12% d'élèves musulmans de mon école. Et... je suis athée.
Il me semble qu'il est grand temps d'informer dès l'école primaire tous les enfants sur les différentes croyances représentées dans le pays, le pourcentage de pratiquants pour chacune et leur représentation proportionnelle dans la vie politique, mais je ne pense pas que l'école doive se charger du cathéchisme, de l'école du dimanche ou de l'apprentissage du Coran par coeur. C'est du domaine de la vie privée. Par contre faire prendre conscience que dans une classe il y a des croyances et opinions différentes pourrait être un préambule à un cours de philosophie, qui lui me semble absolument indispensable et praticable même avec de très jeunes enfants...
HELENE SCHMID PAR E-MAIL
Pourquoi devoir choisir
entre morale et religion?
Dans l'école officielle, il faudrait sortir le cours de morale du choix qui l'oppose à la religion entraînant les élèves à choisir l'un en excluant l'autre. Nous ne devrions pas avoir à choisir entre croire et penser, entre la croyance et la pensée! Concrètement, les cours dits «philosophiques» ne doivent pas s'opposer dans la mesure où ils ne sont pas comparables. On ne peut imposer à quelqu'un un cours de religion, quel qu'il soit, mais ne peut-on pas estimer que tous les jeunes, dans leur formation, doivent être initiés, voire entraînés, à la réflexion morale, au sens large. Je crois qu'ils en ont bien besoin et qu'on ne peut en faire l'économie dans le monde actuel. Le cours de morale a ceci de particulier: il peut prétendre écouter tout le monde, quel qu'il soit, quel que soit son sexe, sa nationalité et même quelle que soit sa religion.
(...) A côté d'un cours de morale qui prépare et exerce les élèves à réfléchir sur les actes à poser et qui les initie aux grands débats éthiques contemporains, les religions devraient être traitées à l'école, dans leur dimension historique et actuelle par un informateur neutre. (...)
En conclusion, je dirais qu'il ne faut peut-être pas sortir aujourd'hui les cours de religion de l'école officielle mais trouver une solution acceptable pour tous. Pourquoi ne pas proposer un cours de morale tel que je l'ai présenté, obligatoire, et mettre en option facultative pour ceux qui le souhaitent des cours de religion. On pourrait ainsi observer l'évolution de la fréquentation de ces cours et voir dans quelle mesure ils répondent aux besoins de notre temps. Ainsi les croyants qui adhèrent à l'école officielle la possibilité de «pratiquer» leur religion sans devoir en exclure un cours de morale aussi «universellement formateur».
DE BRUIJNE BENJAMIN BRUXELLES
Ceci n'est qu'une sélection, nécessairement arbitraire, de l'abondant courrier que vous nous avez adressé. Merci à tous ceux qui ont pris le temps de nous donner leur avis.
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