« Clara Sheller », mètre étalon du succès

VANHOENACKER,CHARLINE

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Vendredi 30 novembre 2007

Télévision Trois ans après la saison 1, enfin la suite

Alain Berliner met en scène François Vincentelli, dans une co-production RTBF : la Clara 2 se belgicise.

PARIS

DE NOTRE CORRESPONDANTE

Elle pourrait trébucher dans la rue. Mais ce qui rend Clara Sheller bien plus drôle, c’est qu’elle se gaufre dans les sphères guindées du chic parisien. Mi-novembre, avant-dernier jour de tournage : le décor est sans doute l’une des plus charmantes galeries d’art de la capitale. Petit jardin avec meubles en tek. A l’intérieur, parquet et pierres apparentes sous un plafond en plexiglas. Voilà le monde dans lequel baigne la saison 2 de la série qui, trois ans après son lancement, demeure « la » référence de la fiction française à succès – près de 6 millions de télé-spectateurs à chacun des 6 épisodes sur France 2 en 2004. Rien n’est venu l’égaler depuis, tant le genre patauge dans le marasme.

Alain Berliner s’essaye pour la première fois au genre télévisuel, comme deux des trois principaux personnages : Zoé Félix, qui a repris le rôle de Clara Sheller, après le désistement de Mélanie Doutey et Patrick Mille, qui a repris celui de Frédéric Diefenthal en Jean-Philippe, le meilleur ami gay. Quant au comédien belge François Vincentelli, il enchaîne les téléfilms à succès.

Pour la RTBF, co-productrice de la série, « C’est dommage que les chaînes françaises ne prennent pas plus de risques, en lançant une saison 2 dans la foulée de la 1 : il a fallu attendre trois ans entre les deux, ce qui a bouleversé le casting », déplore Anne Leduc, responsable de la fiction. « C’est vrai », répond Joey Faré, productrice de la série (Scarlett productions), « mais il y a trois ans, nous n’étions même pas dans une dynamique de « on verra les audiences ». La série était un tel ovni qu’on n’a pas cru à un si grand succès. Pour relancer la machine, il faut demander à l’unique scénariste de se remettre au travail, ce qui demande un an d’écriture, et ensuite entamer la production. »

Résultat : La nouvelle Clara Sheller est « un cas de figure inédit pour une série ». Même aux Etats-Unis, il n’est jamais arrivé que le casting d’une saison 2 soit entièrement modifié. Durant le temps qui s’est écoulé entre les deux saisons, les comédiens principaux se sont engagés dans d’autres projets.

La production a transformé ce handicap en avantage : « nous avons beaucoup communiqué sur la série en tournage. Ensuite, puisque nous devions remplacer les comédiens principaux, il était plus cohérent de modifier complètement les seconds rôles également ». Débarquent donc dans le nouveau casting Anny Duperey, Marie-France Pisier ou Bernard Le Coq. Enfin, Joey Faré travaille même l’idée d’en faire un concept : « après tout, James Bond a été incarné par plusieurs acteurs. On pourrait songer, dans une éventuelle saison 3, de changer à nouveau complètement de Clara et de distribution. »

Reprendre un rôle emblématique de la télévision française n’a pas été une mince affaire pour Zoé Félix. Les blogs et les courriers de fans lui étaient plutôt hostiles. « C’est plus le regard des autres qui m’a mis une certaine pression au début. Maintenant, la pression vient du fait que cette saison 2 est très attendue. »

La production a vu beaucoup de jeunes filles pour trouver la nouvelle Clara : « qui doit être jolie, pétillante, espiègle, attachante, et avoir le sens de la comédie », décrit la productrice. Quant au choix d’Alain Berliner, « J’aimais Ma vie en rose, et j’y ai trouvé une correspondance avec Clara Sheller. Et puis c’est un réalisateur qui s’intéresse aux sujets modernes, aux minorités et à la différence. »

Si Clara reste un cas à part, c’est notamment parce que « Les scénaristes capables d’écrire une comédie, genre plus difficile que le policier, sont rares ». Nicolas Mercier, le créateur, souligne une autre particularité de sa série : « La bande-son est très aboutie. Je choisis les chansons qui ont un rôle dans le scénario. On entend Etienne Daho, Kylie Minogue, ou la superbe chanson d’amour moins connue des Rita Mitsouko, Un soir un chien. » Quant à son inspiration, il s’en réfère à Flaubert pour la résumer : « Clara Sheller, c’est moi ! »

« J’ai appris à gagner du temps »

entretien

Le réalisateur belge Alain Berliner, (Ma vie en rose, 1997) s’essaye pour la première fois à la télévision, en mettant en scène La nouvelle Clara.

Vous aviez aimé la série pour accepter cette première réalisation télé ?

Je ne la connaissais pas, c’est mon agent qui m’en a parlé. J’ai regardé deux épisodes, et j’ai trouvé ça très bien, avec un ton original. J’étais même étonné de ce qui avait été montré à 20h30, et j’ai pensé que c’était dans mes cordes. Ensuite, quand j’ai lu le scénario, alors que la qualité était déjà là dans la première saison, j’ai trouvé que celle-ci était un niveau au-dessus.

Cela a été contraignant de reprendre cette série emblématique ?

Non, pour moi le cadre n’était pas très défini, l’histoire se déroule trois ans plus tard, et cette fois c’est en automne plutôt qu’en été : ça m’a offert la liberté d’apporter ma patte. J’ai été engagé trois semaines avant de commencer à travailler, pour remplacer un autre réalisateur. En télé, la mise en place est rapide, quelqu’un dit « oui » et c’est parti !

Qu’exigez-vous de votre Clara ?

D’avoir du rythme dans le jeu et dans l’élocution, pour que ce soit vif et pétillant, comme dans les comédies à l’américaine. C’est le « speeded up dialog », une condition pour que l’effet comique soit percutant. On a beaucoup travaillé avec Zoé pour ça. La série que j’aime à laquelle je pense comme un référant pour cette dynamique, c’est Sex in the city.

Qu’est-ce qu’une expérience télé a apporté au cinéaste ?

Je n’avais jamais connu un tel rythme, faire autant de choses si rapidement : 350 séquences à préparer en dix semaines, ça demande une grosse part d’improvisation. J’ai appris à construire les plans sur le moment, et à réfléchir un peu moins : ça permet de moins s’appesantir sur certaines questions, on gagne en temps et en spontanéité. Cette expérience me permettra de travailler plus vite sur mon prochain long-métrage.