"CONGO": NOTRE ANCIENNE COLONIE DANS UNE FICTION REALISEE PAR LE BELGE VINCENT ROUFFAER DE LA GUEUZE A LA PRIMUS

LEGRAND,DOMINIQUE

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Mardi 9 septembre 1997

«Congo» : notre ancienne colonie dans une fiction réalisée par le Belge Vincent Rouffaer

De la gueuze à la Primus

Notre passé colonial trouve les chemins d'un feuilleton qui accorde autant d'attention au contexte historique qu'à l'authenticité des personnages.

C'est une première ! Et il aura fallu attendre tant d'années pour que la Belgique se lance enfin dans une fiction qui traite de l'un des épisodes les plus importants de notre histoire : notre passé colonial.

Coproduit par la BRTN, Favourite Films, Filmnet et la RTBF, «Congo» nous fait vivre en sept épisodes l'histoire croisée de Guy Moyaert (Lucas Van Den Eynde) et de Luc Vermarcke (Guy Van Sande) qui, en 1945, viennent de terminer leur études à l'Ecole coloniale. Les deux hommes sont fort attachés l'un à l'autre mais il y a aussi une femme entre eux : Hélène (Karen Vanparys), dont ils sont tous les deux amoureux. Elle finit par choisir Luc... Guy assiste à la noce à Anvers. La gueuze aidant, tard dans la nuit, chacun fait mousser ses ambitions. Luc va partir au Congo pour reprendre la plantation de café de son père. Guy, plus idéaliste, veut quitter une Belgique bornée; il rêve de devenir administrateur régional dans la province du Kivu. Quant à Hélène, elle fait jurer à ses deux amis de rester fidèles, quoi qu'il arrive là-bas. A Bukavu, les chemins des jeunes gens unis par le sang se séparent... Tous trois vont se retrouver immergés au coeur du «Joyau de la Couronne», confrontés aux tensions entre coloniaux, directeurs des mines ou administrateurs et missionnaires, dans une microsociété où jalousie, opportunisme, et les différentes attitudes vis-à-vis des «colonisés», mènent à des situations explosives. De la palabre à la «chicote», la frontière est de plus en plus fragile dans ces années qui annoncent l'Indépendance.

« Congo» est un récit fort, qui restitue l'atmosphère de l'Afrique noire tout en donnant une image assez fidèle, même si elle est fictionnalisée, des motivations, des désillusions et des frustrations des coloniaux, tout comme elle met à vif les traces profondes que ces expériences ont laissées en eux.

Vincent Rouffaer avait prévu de tourner «Congo» au Rwanda et au Burundi. La guerre en a décidé autrement. C'est donc au Mozambique, dans la région de Mutare, que le réalisateur néerlandophone a reconstitué l'année dernière la province du Kivu dans les années 50, privilégiant avec bonheur les décors «ouverts» sur de splendides paysages.

Son feuilleton est sans nul doute un projet sans précédent. Il y a dix ans, Frans Puttemans alors à la tête du service dramatique de la BRTN, confiait au scénariste Paul Pourveur épaulé par l'ancien administrateur régional au Kivu Albert Van Hoeck la mission d'élaborer un scénario sur le thème du Congo belge. La BRTN abandonnera le projet tant il était devenu impossible pour elle de produire seule une telle série télévisée de prestige.

Et enfin «Congo» refit surface, donnant aux côtés de la BRTN une chance idéale à Filmnet pour faire ses premiers pas dans la production dramatique.

Pour le casting, en dehors des rôles belges, Vincent Rouffaer a fait appel à des acteurs locaux. Le rythme africain, si différent de l'européen, joue un grand rôle dans le récit. La même attention à rendre l'atmosphère, - des cancrelats à la Primus en passant par les mines ou les plantations, le «Cercle» où l'on sirote le whisky après le coucher du soleil -, existe pour les bruits africains et la musique. Le compositeur Henry Vrienten a travaillé en étroite collaboration avec des musiciens noirs. La chanson du générique est interprétée par Kongo Bango, un Congolais résidant à Amsterdam.

Exceptionnelle aussi, la série «Congo» l'est avant tout par son sujet : le destin de trois jeunes gens dans l'ancienne colonie belge, de 1945 à 1960. Le choix de ces quinze années-là n'est évidemment pas un hasard. Il ne fallait pas une imagination débridée pour songer au nombre d'histoires liées à ce passé colonial. Pourquoi ce thème qui ne laisse personne indifférent n'avait-il jamais été traité, alors que chacun de nous, de près ou de loin, a été concerné par le Congo ? A cause du coût ? Des difficultés logistiques ? A moins qu'il ne faille évoquer un obscur sentiment de culpabilité collective, voire le caractère «sensible» du sujet...

DOMINIQUE LEGRAND

«Congo» : RTBF 1, 20 h 10.