« L’école entretient les clichés »
RIZZA,ETTORE
Page 23
Vendredi 25 février 2011
Enseignement La députée Meerhaeghe à propos des inégalités hommes-femmes
Elles démontrent en gros que l’école, en apparence, ne fait pas de différence entre les filles et garçons. Mais en réalité, la discrimination s’est installée au sein même du système. On note ainsi une répartition très inégale des élèves selon leur sexe dans les différentes filières de formation et options. En technique de qualification, par exemple, on retrouve 27 filles contre 1.271 garçons dans la construction. À l’inverse, le service aux personnes compte 13.314 filles pour 4.470 garçons.
On ne fait jamais que confirmer des choses que l’on connaît, c’est vrai. Mais quand on a des chiffres en face de soi, c’est plus prégnant. Il faut se rendre compte que ce problème aura une influence sur l’avenir des personnes. Dans l’enseignement général, les filles sont majoritaires en éducation artistique, en latin, en histoire, en sciences sociales… et sont quasi absentes en éducation technique, en éducation physique, en sciences, en maths fortes. Ces études démontrent aussi que les élèves ont finalement une vision assez limitée de la diversité des métiers. Ils appréhendent eux-mêmes leurs études en termes de métiers de femmes et de métiers d’hommes. Ce qui pose d’ailleurs des problèmes pour les filles et garçons qui choisissent des filières atypiques. Or, la pratique enseignante contribue parfois à entretenir ces stéréotypes.
Les attitudes des enseignants sont inconsciemment différentes selon le sexe de l’enfant. Ainsi, les filles sont souvent interrogées pour rappeler la leçon précédente alors que les garçons, eux, sont majoritairement sollicités pour produire du savoir. De plus, ils sont plus souvent interrogés que les filles. C’est un élément tout à fait déterminant qui intervient dans la construction de l’estime et de la confiance en soi. Même chose dans les cours de récréation : les garçons occupent général l’espace central, tandis que les filles restent sur les côtés. La Communauté française a d’ailleurs édité une brochure pour sensibiliser les écoles à ce constat.
Il faut une véritable prise de conscience de la part de l’ensemble de la société. L’école, forcément, a un rôle essentiel à jouer. Puisque les enseignants ne sont pas vraiment conscients de reproduire des stéréotypes, il faut renforcer leur formation sur la question du genre et attirer leur attention sur ces attitudes inconscientes. Il faut aussi travailler la dimension du genre dans les orientations scolaires, par exemple au sein des centres PMS.
Un travail est en cours au niveau des manuels scolaires. On a tous appris à lire avec des images où maman porte un tablier de cuisine et papa bricole. Cela peut paraître anodin mais ce sont des éléments qui, juxtaposés, ne font que renforcer les stéréotypes. Aujourd’hui, 30 heures de la formation initiale des enseignants sont consacrées à toutes les formes de discrimination. Au départ, il s’agissait plutôt des discriminations culturelles. La question du genre y a été intégrée ; mais 30 h, ce n’est pas grand-chose. Il faut aussi renforcer la prise de conscience dans le cadre de la formation continue des enseignants, dont on connaît l’importance.
J’y réfléchis.
Moi, j’y crois. On l’a déjà remarqué dans d’autres domaines, comme le tri des déchets : les enfants, qui y sont sensibilisés dans les écoles, le répercutent à la maison. Et puis, on travaille sur le long terme. Les enfants sont les adultes de demain. S’ils sont construits de façon totalement différente, ils éduqueront leurs propres enfants de manière différente.
Changer l’image des métiers
Oui, il faudrait identifier les filières peu fréquentées par les filles et signaler que ces métiers ne sont pas réservés aux garçons, qu’il y a aussi un aspect social dans les métiers scientifiques et que ceux-ci peuvent permettre de concilier vie professionnelle et vie privée.
Des élèves de secondaire ont été interrogés pour l’une des études. On leur a demandé de se projeter à l’âge de 30 ans. Quand ils expliquent comment ils se verraient, tous, filles comme garçons, parlent d’emploi, de famille, de maison, d’argent. Mais les filles vont majoritairement se déclarer plus intéressées par les métiers dans le secteur social. Elles justifient cette préférence par le souci de choisir un métier qu’elles considèrent conciliable avec les horaires des enfants. C’est la raison pour laquelle on trouve beaucoup de femmes dans l’enseignement. Les filles disent ne pas vouloir être mères au foyer. Dans les faits, on voit plus tard que, finalement, elles seront beaucoup plus nombreuses que les hommes à travailler à temps partiel, toujours pour cette même raison.
Les deux. Les garçons qui choisissent une option scientifique vont se contenter de résultats moyens pour faire ce choix, tandis que les filles vont exiger d’elles-mêmes des résultats excellents. On en revient à la construction de l’estime de soi, qui commence dès l’enfance.
Articles similaires :
- Enseignement Les stéréotypes garçons-fille...
- Egalitaire, l'école perpétue l'inégalité...
- Enseignement Davantage de garçons en échec...
- Egalité à l'école...
- Formation Troisième Salon études et profes...
- Opération " Pimp IT up! ", l'informatique ...
- Formation Ces 24 et 25 novembre à Tour et ...
- L'inégalité des sexes à l'école aussi--Soc...
- UN COLLOQUE POUR ENLEVER LE SEXE AUX METIE...
- UNE INTITIATIVE DU COMITE SUBREGIONAL DE L...
- LES filles ne sont pas sous-représentées d...
- Dossier : Cherche informaticiens, désespér...
- Libramont 550 écoliers en formation : Valo...
- Finale filles/garçons : match nul Etre une...
- Carrières La discrimination touche aussi d...
- LES FILLES DU MAGHREB DANS LES ECOLES BELG...
- Les manuels scolaires accordent-ils une ju...
- Ces jeunes filles immigrées...
- L'ENSEIGNEMENT EST-IL MALADE DES FEMMES?...
- Mieux formées, moins payées -- Enquête sur...
