« La Flandre, c’est 60 % de la population, 70 % du PIB et 80 % des exportations du pays »

VANOVERBEKE,DIRK

Vendredi 13 janvier 2012

Le budget flamand 2011 est en équilibre. Il présente même 100 millions d’excédent. Mais Kris Peeters ne jubile pas. Il annonce un cru 2012 amer, marqué du sceau des économies. Et il explique pourquoi le pilotage budgétaire au cordeau est crucial… pour la Belgique.

Pour la Belgique ?

Les chiffres parlent d’eux-mêmes : la Flandre, c’est 60 % de la population belge, elle pèse 70 % du produit intérieur brut du pays et réalise 80 % des exportations belges. Notre responsabilité est très lourde. A l’égard de la Flandre, bien sûr, mais aussi vis-à-vis du contexte intérieur belge. Si le moteur flamand cale, il y a aura un très sérieux problème. Pour la Belgique comme pour la Wallonie. Nous voulons clairement donner l’exemple. C’est pour cela que nous disons que toutes les entités du pays, y compris locales, doivent d’abord veiller à présenter le plus vite possible un budget en équilibre. Au plus vite au mieux. C’est la meilleure garantie pour l’avenir et les générations futures.

Un exercice budgétaire ardu ?

La Flandre est confrontée à un énorme défi pour conserver l’équilibre en 2012. Nous avons épargné 2 milliards ces dernières années. Nous devrons en 2012 débusquer entre 200 et 500 millions d’économies. Cela dépendra de la croissance. Nous avions retenu un chiffre de 1,6 % de croissance du PIB en septembre dernier. Et les prévisions ne misent plus aujourd’hui que sur 0,5 %, voire moins. Cela supposera un très sérieux effort. On le définira à la mi-février au sein du gouvernement flamand.

Imaginez que nous n’y parvenions pas, que nous décidions de laisser filer le déficit, que nous postposions l’équilibre des comptes qu’en 2015. Cela aurait un impact terrible pour l’Etat fédéral et ses rapports avec l’Europe.

Le président du Parlement flamand vient de vous suggérer de réaliser des économies au sein du gouvernement. Les salaires de vos ministres vont-ils être rabotés ?

Une récente étude du Crisp (lire tableau) démontre que mon salaire est inférieur à celui du Premier ministre et à ceux de mes collègues Rudy Demotte, ministre-président du gouvernement wallon et de Charles Picqué, ministre-président de la Région bruxelloise. J’ai noté que les salaires des ministres fédéraux seront diminués de 5 % et que ceux des ministres wallons ne seront pas indexés. Nous déciderons en février du signal que nous donnerons en Flandre.

Votre gouvernement a récemment décidé d’unir ses forces à celui des Pays-Bas pour développer des politiques plus efficaces. Certains y ont vu une initiative visant un jour à larguer la Wallonie. Faux ?

Balivernes. Mon mot-clef, c’est la collaboration. Avec la Wallonie et Bruxelles, mais aussi avec la Rhénanie-du-Nord-Westphalie, le Nord-Pas-de-Calais. Ou les Pays-Bas. C’est la seule manière de résoudre les problèmes : utiliser nos leviers de compétences. La Flandre, comme la Wallonie, dispose du pouvoir de signer des traités internationaux. Ça n’a rien de choquant.

Et, en même temps, la Flandre et la Communauté française ne sont toujours pas parvenues à signer un accord culturel…

Bien des dossiers pourraient être bouclés si, des deux côtés, on faisait preuve de bonne volonté. Pourquoi le dossier du transfert du Jardin botanique de Meise vers la Flandre n’est-il toujours pas réalisé ? Il est prêt. Je suis prêt à signer demain. Pourquoi n’est-ce pas possible ?

La scission de BHV, c’est enfin le gage d’une pacification dans la périphérie ?

Nous devons profiter de ce « momentum » pour résoudre quelques autres dossiers. Créer une nouvelle dynamique. J’espère qu’avec Rudy et Charles, nous pourrons signer une série d’accords. Car si on n’y prend garde, cette extraordinaire fenêtre d’opportunités risque de se refermer. Moi, je suis disponible. Mais je ne peux progresser que si d’autres aussi, font des pas.