«La ligne verte» Vers une certaine rédemption

BRADFER,FABIENNE

Mercredi 1er mars 2000

«La ligne verte» Vers une certaine rédemption

Quelques cellules et un couloir. Sur le sol, une ligne verte. Au-delà, c'est la mort. Le gardien-chef de ce département, Paul Egdecomb (Tom Hanks), veille au bon déroulement des exécutions capitales en s'efforçant d'adoucir les derniers jours des condamnés. Il le fait avec un maximum de conscience professionnelle, de tact et d'humanité. Préserver la sérénité jusqu'au bout est son grand souci. Un jour, il reçoit John Coffey (Michael Clarke Duncan), un colosse noir condamné à la chaise électrique pour le viol et le meurtre de deux fillettes. Paul est touché par la candeur et la timidité du prisonnier, par sa voix douce et ses pouvoirs magiques. Coffey n'est pas un condamné ordinaire. L'aura de cet homme trouble Paul, l'arrache à sa routine et l'oblige à s'interroger...

En nous plongeant dans le couloir de la mort d'un pénitencier de Louisiane en 1935, Frank Darabont, déjà remarqué pour ses excellents «Evadés», ne nous embarque pas dans le documentaire mais vise plutôt à décortiquer la personnalité humaine confrontée à des situations extrêmes et montrer comment l'esprit humain est susceptible de triompher des plus rudes épreuves. Il filme les hommes face à face, côte à côte. Face blanche, face noire, face grise. Tout en nuance.

L'histoire, emportée par quelques personnages terriblement humains jusque dans leur monstrueuse nature et portée par une poignée d'acteurs denses, Tom Hanks en tête, capte l'attention immédiatement et ne la laisse plus retomber. Car, adaptant le roman de Stephen King, Darabont gère ce huis-clos avec sensibilité et lucidité. La tension dramatique est sans cesse en vibration entre la fantaisie et la brutalité, la réalité et le fantastique, la vie et la mort, l'isolement et la solidarité. Et jette ainsi le troubles sur toutes nos certitudes. Qu'ils soient en uniformes de bagnard ou de gardien, les hommes ne sont jamais ni tout blanc, ni tout noir. Rien n'est éludé: ni les atrocités des uns, ni les faiblesses des autres. Et quand Darabont s'attache à une petite souris ayant élu domicile en ces lieux de tension permanente, c'est pour faire apparaître le point d'espoir qui reste en l'homme, même condamné, et la face noire qu'a l'homme, même en liberté. C'est aussi une manière ludique de donner un électrochoc au spectateur et l'interroger sur sa propre échelle des valeurs face aux horreurs du monde.

F. B.