« La sidérurgie est à nous »

JULY,BENOIT; DE BAST,ANNE-CATHERINE

Jeudi 8 décembre 2011

Social A Liège, 20.000 personnes ont conspué ArcelorMittal

Les outils liégeois, la recherche, la technologie et le savoir-faire présents dans notre bassin appartiennent aux Liégeois. Pas à Mittal ! » Dans la foule de manifestants présents à Liège mercredi matin pour soutenir la sidérurgie liégeoise, on approuve le discours des syndicalistes. Pour la nationalisation, pour la création d’emplois, contre l’austérité, contre la droite capitaliste ou encore le nationalisme. L’éventail est large et chacun trouve de quoi alimenter ses convictions.

Plus tôt dans la matinée, le cortège emmené par le front commun syndical a drainé plusieurs milliers de manifestants. 15.000 selon la police, 40.000 selon les syndicats. Des personnes venues de tous horizons, des quatre coins de Belgique, et même de l’étranger, comme la délégation des travailleurs d’ArcelorMittal de Dunkerque, affichant banderoles et calicots tels que « Mittal, arrête ton génocide social », ou encore « Mittal, Vishnou la paix ! ».

En fin de matinée, le cortège a rallié la statue Charlemagne, où les syndicalistes ont pris la parole. Le patron d’ArcelorMittal en a, là aussi, pris pour son grade… « C’est un lâche, toute l’Europe est contre lui, lance Francis Gomez, président des Métallos de la FGTB. Il a décidé de sacrifier la vie de centaines de familles pour gagner plus de fric. Il est une honte pour l’humanité. Il n’arrivera pas à faire taire les Liégeois. »

Pour tous, la manifestation est un succès. « L’importante mobilisation d’aujourd’hui démontre le grand élan de solidarité des travailleurs de Liège, tous secteurs confondus, constate Marc Goblet, président de la FGTB à Liège. Nous ne sommes pas prêts à courber l’échine devant le capitalisme ! »

Nationaliser

Si les syndicats insistent sur la nécessité de maintenir une sidérurgie intégrée à Liège, le SETCa affirme que son avenir passe par la nationalisation : « L’un de nos hauts-fourneaux est le plus performant du groupe ArcelorMittal, notre centre de recherche est le meilleur. La nationalisation n’est pas une utopie. Les politiques ont débloqué plusieurs milliards pour sauver Dexia, ils doivent en trouver un pour nationaliser la sidérurgie… » Symboliquement, le syndicat des employés a rebaptisé la place Cockerill en « place de la nationalisation », quelques heures plus tôt.

Du côté de la CSC, Jean-Marc Namotte et Jordan Atanasov invitent les responsables politiques à « explorer toutes les pistes pour maintenir de manière durable la phase liquide de Liège. Les études sur l’avenir de la sidérurgie commandées par le gouvernement wallon devraient arriver prochainement. Il faut s’en servir ! » Reste à voir s’ils opteront pour une mise sous statut public de la sidérurgie liégeoise.

Le mot d’ordre des syndicats, en tout cas, est clair : nul ne baissera les bras, « le combat ne fait que commencer. »

Après le chaud, des craintes pour le froid

La phase à chaud de Cockerill n’est pas encore enterrée, comme en témoignent l’énorme mobilisation de Liège pour sa sidérurgie et la poursuite de la procédure Renault, que surgissent déjà de vives craintes pour la pérennité du froid – les usines de finition en aval des hauts-fourneaux. L’enjeu paraît plus important encore puisque 1.900 personnes sont employées dans ces usines, soit trois fois plus que dans la phase à chaud condamnée. Et les craintes, relayées par les représentants syndicaux, ne sont pas anodines puisqu’elles sont directement tirées du comité d’entreprise européen du groupe ArcelorMittal – une instance à laquelle siègent les syndicats.

« Ce que nous dit la direction, c’est qu’on doit réduire les pertes dans le fer-blanc, commente Jordan Atanasov, secrétaire régional de la CSC-Métal. C’est d’autant plus inquiétant que cette filière a déjà subi une lourde restructuration il y a 4 ans et a vu son emploi fondre de 440 à 120 travailleurs. De plus, nous sommes en concurrence avec Florange, en Lorraine, qui a déjà remis par le passé un projet visant à y concentrer la production. Or, une fermeture du fer-blanc aurait des répercussions sur le volume d’autres usines du froid qui travaillent sur ces produits ».

Au-delà du fer-blanc, c’est toute la fragilisation du « froid » liégeois qui est mise en exergue. « Fermer le chaud, c’est faire mourir le froid à petit feu, rappelle Jean-Luc Rader, secrétaire régional « sidérurgie » pour la FGTB. C’est la raison pour laquelle je ne vois pas ArcelorMittal toucher brutalement au fer-blanc dans l’immédiat, car cela conforterait notre argumentation. Mais à plus long terme, chacun sait que les hauts-fourneaux de Dunkerque, en France, n’auront pas la capacité d’approvisionner la totalité de nos usines à froid ».

D’après Jordan Atanasov, cette fragilisation est confirmée par les chiffres : le froid liégeois absorbe, à pleine capacité, 2,8 millions de tonnes par an. Or, Dunkerque ne serait au mieux en capacité que de livrer 1,6 million de tonnes au bassin liégeois. « Je n’ai aucun doute que cela servira pour justifier la fermeture d’outils, assure le permanent syndical. Après le fer-blanc, qui pèse 140.000 tonnes, ce seront des lignes à Marchin puis la galvanisation de Flémalle, qui pèse 500.000 tonnes, qui seront condamnées, et ainsi de suite. A l’issue de ce démantèlement progressif au profit de Dunkerque, en France, et de Sidmar, en Flandre, ne resteraient à Liège que les quelques lignes jugées les plus performantes, à Ramet notamment ».

Côté direction, où l’on se dit contraint de limiter les contacts avec la presse en raison du respect de la procédure Renault, on souligne par communiqué que « la sidérurgie à froid liégeoise dispose d’outils de classe internationale » et que « des investissements y sont en cours pour 25 millions d’euros ».