« Le stress, un vrai problème de santé »

BODEUX,PHILIPPE

Page 20

Mardi 8 novembre 2005

Liège Journée de sensibilisation le jeudi 10 novembre

Si le stress fait partie de la vie, il peut aussi la détériorer. Une clinique soigne les personnes qui perdent pied. Rencontre avec sa coordinatrice.

ENTRETIEN

PHILIPPE BODEUX

Absentéisme au travail, mal-être, crispations... Lorsqu'il s'accroche, le stress peut être source de pathologies et limiter la qualité de vie. Ce 10 novembre, une journée fait le point. Rencontre avec Anne Burlet, coordinatrice de la clinique du stress Cites-Prévert à Liège, hébergée par le Centre hospitalier psychiatrique. Une clinique unique en Wallonie qui propose une approche globale avec une équipe de médecins, kinésithérapeutes, psychologues et psychiatres.

Pour nombre de personnes, le stress peut être un état positif. A partir de quel moment cela devient-il un problème ?

Lorsqu'il y a rupture d'équilibre et perte de contrôle de soi. Les signes sont très divers. On rumine, on a mal à l'estomac, la gorge est nouée. Souvent la personne a l'impression d'être oppressée, son esprit est confus, elle s'agite beaucoup ou au contraire n'a plus envie de parler. Cet état peut déboucher sur des lésions d'organes (infarctus, ulcères...), sur l'affaiblissement du système immunitaire ou encore sur l'apparition de psoriasis et d'eczéma. Aujourd'hui, le stress est un vrai problème de santé.

Quel est l'impact du stress sur la santé des personnes ?

Plusieurs enquêtes ont été réalisées dans le monde. L'une d'entre elles démontre qu'un fumeur stressé a six fois plus de « chances » de développer un infarctus. L'impact est réel au niveau du coût de soins de santé : en Europe on estime à 20 milliards d'euros les coûts engendrés par les problèmes de stress au travail.

Comment fonctionne la clinique du stress ?

Les personnes qui viennent nous voir sont invitées à faire avec nous un bilan de stress. Il peut s'agir de gens qui ont vécu un traumatisme - un facteur agressé par exemple -, sont surmenés au travail ou sont empêtrées dans une série de problèmes. Nous essayons de comprendre leur demande avant de les orienter vers un spécialiste. Suit alors un bilan plus approfondi avec une série de tests pour voir comment le cerveau et le système nerveux fonctionnent, quelles sont les ressources mobilisées, quelles sont les sources d'anxiété, de dépression. Dans le même temps, on apporte un soutien psychologique et on développe une approche corporelle avec des exercices de relaxation, des entretiens et éventuellement la rencontre d'un psychiatre. La particularité de la clinique est d'offrir une approche globale où, à chaque moment, c'est l'équipe qui prend en charge la personne.

Au bilan de dix ans de pratique, quels sont les cas de stress les plus fréquents ?

On rencontre de plus en plus de gens qui vivent une succession d'événements difficiles et qui n'arrivent pas à retrouver une situation d'équilibre. Dans la société actuelle, les mutations se suivent à un rythme soutenu. Les gens n'ont pas le temps d'assimiler tous les changements dont certains sont profonds.

Vous travaillez beaucoup avec le monde du travail. Quels sont les métiers les plus stressants ?

Les professions de relation comme les infirmières, les enseignants, les facteurs, les employés de banques, les chauffeurs de bus... Nous nous trouvons face à des personnes qui sont impuissantes face à une situation de travail donnée à laquelle elles ne peuvent s'adapter.

Et trouvent une solution dans l'absentéisme au travail, par ailleurs dénoncé par le monde de l'entreprise ?

L'absentéisme peut être une bonne stratégie pour se mettre à l'abri d'une trop grande situation de stress. Mais à long terme, ce n'est pas une solution. La personne doit trouver d'autres ressources pour faire face au problème.

Journée de sensibilisation

Ce 10 novembre, « Liège province santé » et l'Ecole de santé publique de l'Université de Liège organisent une journée de sensibilisation au stress. Le sujet sera soumis aux avis de spécialistes lors d'un colloque organisé au Centre hospitalier universitaire qui abordera le « stress au travail » et ses groupes à risques. Une conférence grand public aura lieu à la salle des fêtes du Barbou (1) dès 19 h 30.

A 19 h 45, « Mieux comprendre la notion de stress » par Anne Burlet, coordinatrice de la clinique du stress Cites-Prévert. A 20 h 10, « Le stress explique-t-il un départ anticipé du travail ? » par Françoise Bertrand, psychologue du travail et des entreprises. A 20 h 30, « Conditions de travail et de stress/Bien-être et mal-être au travail » par Stéphanie Peters, psychologue. A 20 h 50, « Stress et relaxation : une méthode individuelle pour y faire face » par Anne-Marie Etienne, psychologue.

Ph.Bx

(1) Quai du Barbou, 2. Entrée gratuite. Rens. : 04.349.51.33.