« Le tram roulera avant 2017 »

BODEUX,PHILIPPE

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Jeudi 25 mars 2010

Mobilité Le ministre Philippe Henry a fait le choix d’un projet de tram « réaliste »

Si nous arrivons au pouvoir au lendemain des élections régionales, nous réclamerons un tram plus urbain avec un tracé en boucle au centre-ville. Notre projet prévoit trois lignes qui épousent notamment les lignes très fréquentées du TEC (1 et 4) et desservent des zones peuplées comme Bressoux, Herstal, Ans et le Longdoz », déclarait, il y a un an, Écolo par la voix de Pierre Castelain, un des responsables de la régionale liégeoise.

Depuis lors, Écolo a subi l’épreuve du pouvoir et a dû faire face à la crise budgétaire. In fine, après sept mois de réflexion, le ministre Écolo de la mobilité – le Liégeois Philippe Henry – présente un réseau de tram réduit à une ligne Jemeppe-Herstal augmenté de trois lignes de bus rapides – BHNS comme bus à haut niveau de service (lire infographie). Un plan qui paraît d’un vert très pâle en regard des ambitions du parti, gros défenseur des transports en commun. « C’est un projet réaliste, rétorque Philippe Henry. Compte tenu des difficultés budgétaires de la Région, le projet de tram a failli être plusieurs fois abandonné ».

En quoi consiste ce « projet réaliste » ? Ce mercredi le gouvernement wallon a décidé de lancer un « schéma global de déplacement « articulé sur une ligne de tram de fond de vallée (Herstal-Jemeppe), là ou la saturation du réseau de bus est la plus forte. Cette ligne doit également relier, selon la volonté de la Ville de Liège, les grands projets de la décennie : l’exposition internationale à Coronmeuse (2017), l’aménagement du quartier des Guillemins et le nouveau stade du Standard (2018). A cette ligne structurante se nouent trois lignes de bus rapides: une vers le Sart Tilman, une entre Ans et Droixhe en passant par le centre-ville et une dernière vers Chênée et Chaudfontaine. « Il s’agit d’un pré-tram », déclare le ministre. Si la fréquentation s’avère suffisante, la ligne pourra être convertie en tram ». À l’extrémité de ces lignes de tram et pré-tram, on trouve des parkings relais (près de 2.500 places) censés retenir les voitures ventouses hors du noyau urbain. Autre élément : le GRE, organe public chargé du redéploiement du Pays de Liège, doit préciser, avec la SRWT, le tracé exact de ces lignes de « pré-tram ». Coût du projet : 500 millions d’euros pour le tram (financé par le privé, remboursé par le public sous forme de redevance d’exploitation) et 60 millions d’euros pour le

pré-tram (à charge du budget wallon).

À ce stade-ci, le projet n’est guère plus précis. Concernant le timing, le ministre Henry s’engage : « Le tram doit rouler pour l’exposition internationale de 2017, du moins sur le tronçon compris entre Sclessin et Coronmeuse ». Pour les autres éléments (intégration avec le chemin de fer, le vélo ou mise en œuvre des parkings relais), rien n’est défini. « Ce qui compte, déclare Willy Demeyer, bourgmestre de Liège, c’est que la décision est prise. Le tram vient à Liège, c’est irréversible ».

Ambition revue à la baisse

L’amorce d’un nouveau réseau de transport en commun. Il n’y a pas photo : entre le plan présenté par André Antoine en février 2009 (à gauche), sur base des conclusions du plan urbain de mobilité (PUM) et celui de Philippe Henry (à droite), l’ambition est revue à la baisse. La différence se résume à un seul mot : pragmatisme. Les Verts se sont heurtés aux difficultés techniques et financières d’un réseau de tram en boucle mais surtout à la nécessité d’aller vite. Que ce soit pour l’aménagement du quartier des Guillemins, pressé par les fonds européens, ou Liège 2017 : il reste moins de 7 ans pour construire un nouveau réseau de transport en commun. Pour le tram, le tracé exact doit encore être bouclé « en concertation avec la population » déclare le ministre. Aux Guillemins, en Feronstrée ou à Saint-Léonard, on ne sait pas encore où il va passer exactement. À cette colonne vertébrale, se grefferont trois lignes de « BHNS ». Il s’agit de bus rapides, circulant en grande partie sur site propre, pourvu d’un embarquement automatisé, qui rabattront sur la ligne de tram les voyageurs de quartiers peuplés ainsi que les utilisateurs de parkings relais. L’amorce de cette logique « structurante » devrait, à terme, supprimer la situation actuelle où les bus convergent de la périphérie vers la place

Saint-Lambert puis repartent vers les quartiers. Avec un gros inconvénient : la faible vitesse commerciale, la saturation et beaucoup de pollution dans le centre-ville.

De « peut faire beaucoup mieux » à « très bien »

Réactions

Le projet déposé par Philippe Henry et approuvé par le gouvernement wallon suscite déjà de vives réactions. À commencer par l’association urbAgora. « Les propositions formulées par le ministre Henry sont surprenantes et décevantes », estime le collectif d’urbanistes, architectes et citoyens soucieux d’un aménagement du territoire réfléchi et d’une mobilité durable. « Il y a à peine plus d’un an, Écolo, alors dans l’opposition, accusait le ministre Antoine de faire courir aux Liégeois le risque majeur de bâcler complètement cette opportunité unique que représente le tram. Prenant le contre-pied de la ligne de fond de vallée, Écolo plaidait (à l’instar d’urbAgora) pour un réseau complet, comprenant notamment une boucle centrale desservant les quartiers de la rive droite de la Meuse. Un an plus tard, le ministre écologiste de la mobilité s’est purement et simplement rallié, sans explications, au tracé défendu alors par André Antoine.

Le communiqué de l’association continue : « Si, à diverses occasions, le ministre s’est déclaré “intéressé” par les réflexions d’urbAgora, nous constatons qu’aucune de nos propositions n’a été prise en compte. »

« Sur le plan de la méthode, on notera que la décision concernant ce tracé a été prise en l’absence la plus totale de concertation avec la société civile, là où, dans sa conférence de presse d’il y a un an, Écolo plaidait “pour un processus largement participatif” […], pas pour le plaisir d’allonger les procédures mais parce que seul un projet parfaitement mûri et porté par le plus grand nombre sera solide et efficace. » Enfin urbAgora s’interroge sur le pré-tram que constitue le BHNS. « Le passage par le stade intermédiaire du BHNS coûtera plus cher que l’implantation directe d’une ligne de tram ».

Face à ces attaques en règles, une réaction positive : celle de Stéphane Moreau (PS), bourgmestre ff d’Ans. « Philippe Henry a abordé le dossier avec sérieux et objectivité. Le résultat est magnifique car, compte tenu de la crise, le tram a failli être abandonné. Henry consolide le projet initial de la ligne de fond de vallée et ajoute le BHNS. Le tout avec une enveloppe budgétaire confortable. » Un ministre Écolo congratulé par un socialiste, c’est plutôt rare en ce moment…