« Nier la réalité des drogues, c'est la pire des choses »

DORZEE,HUGUES

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Mercredi 15 mars 2006

Le chat Hugues Dorzée

L'usage des drogues est en hausse. Interdire ou libéraliser ? Un débat éternel, une urgence sociale.

Pierre, 15 ans, a pris son premier joint pour « savoir ce que ça fait ». Lucas, 17 ans, a voulu « braver l'interdit ». Quant à Sophie, 16 ans, elle a décidé de « faire comme les autres ».

Des ados isolés ? Loin de là. Un jeune belge sur quatre âgé de 15 à 24 ans a déjà consommé du cannabis au moins une fois dans sa vie. Et toutes les études concordent : l'usage des drogues illicites est en constante augmentation aux quatre coins du globe ; l'âge moyen des consommateurs est en baisse ; le trafic des stupéfiants est devenu le deuxième marché économique mondial ; la toxicomanie est un problème de santé public de plus en plus criant.

Que faire ? Que dire ? Comment combattre efficacement ce problème de société ? Il n'y a pas de solution miracle. 1. Les drogues ont toujours existé. Les Grecs, déjà, consommaient du haschich. Au XVIIIe siècle, l'Empire britannique commercialisait le pavot pour ses vertus psychotropes. Le siècle suivant, les ancêtres des « junkies » découvraient la cocaïne.

2. Les drogues sont multiples. Du café à l'héroïne. De l'alcool aux somnifères. Du cannabis au LSD. Elles sont stimulantes, excitantes, tranquillisantes... Elles peuvent provoquer, à des degrés divers, une dépendance psychologique et physique.

3. L'usage des drogues est une question éthique, politique, sociale, médicale... Elle renvoie à la notion de plaisir, d'interdit, d'autorité, de libre arbitre, de santé...

Enfin, elle charrie beaucoup de contre-vérités (« qui touche un joint devient accro d'héro » ; « c'est la faute des parents si on se drogue »...). Et les législations varient fortement selon les pays et les époques : prohibition totale, dépénalisation, décriminalisation...

Mais les jeunes dans tout ça ? Ils sont souvent mal informés, désireux d'en apprendre davantage sur les stupéfiants, comme en témoigne, notamment, l'étude « Drogues : questions ouvertes » réalisée par la Confédération parascolaire et le Centre d'action laïque.

« On ne connaît pas bien les effets négatifs des drogues : ce que dit exactement la science, ce que je risque pour ma santé », regrette Olivier, étudiant. Une majorité de ces ados voudraient obtenir de l'info « dès que possible ». Mieux : 90 % d'entre eux pensent qu'elle devrait être « obligatoire » dans les programmes scolaires.

Prévention, répression, accompagnement des toxicomanes, réduction des risques... Face aux drogues illicites, rien ne doit être laissé au hasard. Car c'est un domaine complexe où cohabitent dans une large sphère les dealers, les fumeurs récréatifs, les toxicomanes lourds, les policiers, les parents d'enfants drogués...

Mais la drogue fait peur. Elle n'est pas porteuse politiquement. D'où la frilosité, parfois, d'une majorité des décideurs politiques. « C'est dommage, conclut Laeticia, étudiante en droit. Car l'usage des drogues, c'est un fait de société. Dans la rue, à l'école, en famille, au boulot... La politique de l'autruche, c'est la pire des attitudes. C'est à la fois irresponsable et contre-productif à terme. »

Ce que dit la législation

repères

Loi. La loi belge distingue les drogues douces (cannabis) et les drogues dures (héroïne, cocaïne...). La détention du cannabis constitue « la plus basse des priorités » pour un majeur (plus de 18 ans) pour usage personnel (3 grammes maximum). Elle fait l'objet d'un enregistrement anonyme. En cas de circonstances aggravantes (en prison, dans une école...), ou de troubles à l'ordre public, des poursuites sont maintenues.

Politique. Le débat sur la politique des drogues a été récemment relancé par le PS. Il suggère de décriminaliser l'usage du cannabis dès l'âge de 16 ans. Le MR a lui aussi déposé son « plan drogues », axé essentiellement sur la prévention.