Le Soudan expulse le représentant de l'ONU

n.c.

Dimanche 22 octobre 2006

Le gouvernement soudanais a ordonné dimanche l'expulsion sous trois jours du représentant de l'ONU à Khartoum, Jan Pronk, dans un nouveau bras de fer avec la communauté internationale sur la crise du Darfour.  

Le ministère soudanais des Affaires étrangères a donné 72 heures à M. Pronk pour quitter le pays, a annoncé l'agence officielle SUNA. Il n'y a pas eu de réaction immédiate des Nations-Unies à cet ordre d'expulsion.  Le gouvernement soudanais avait vivement protesté vendredi contre des propos de M. Pronk pour qui les forces armées avaient subi des revers au Darfour, la région ouest du Soudan en proie à un conflit meurtrier depuis début 2003.  

M. Pronk, un diplomate hollandais, est l'émissaire spécial du secrétaire général de l'ONU, Kofi Annan depuis 2004. Agé de 66 ans, il avait été député et plusieurs fois ministre aux Pays-Bas, y compris jusqu'en 2002.  Critiquant les dernières déclarations de M. Pronk, dont les relations avec le régime du président Omar al-Béchir étaient très dégradées, le ministère des affaires étrangères les avait jugées "pas compatibles avec son mandat".  

Pour sa part, l'armée soudanaise avait estimé que M. Pronk devait être déclaré persona non grata pour s'être "ouvertement ingéré dans les affaires des forces armées".  Il avait déclaré récemment dans son web blog le 14 octobre, dans sa 35 ème lettre, que les forces armées soudanaises avaient "perdu au Darfour deux combats majeurs: à Oum Sidir le mois dernier et à Kerakaya cette semaine".  Il avait ajouté que le moral des soldats était bas et dit craindre une mobilisation des milices contre les rebelles au Darfour où pas moins de 200.000 personnes ont péri, selon l'ONU, depuis le début du conflit en 2003.  

Le président Béchir continue de s'opposer à la communauté internationale qui souhaite l'envoi d'une force onusienne dans cette région immense, grande comme la France, où vivent 7 millions de personnes.  Le Conseil de sécurité de l'ONU a décidé le 31 août l'envoi d'une force de l'ONU d'environ 17.000 soldats et 3.000 policiers pour prendre la relève de la Mission de l'Union africaine (AMIS), composée de 7.200 hommes, mal équipées et sans ressources financières.  

Accusé de soutenir les djandjawid, des miliciens arabes responsables des violences contre les populations musulmanes d'ethnies noires, le régime soudanais accuse en retour les partisans d'une force de l'ONU de "visées impérialistes".  Selon l'Onu, les combats avec les rebelles et la crise humanitaire ont fait 200.000 morts et quelque 2,5 millions de déplacés depuis le début du conflit en 2003.  

Un accord de paix a été signé en mai dernier par Khartoum avec une partie des rebelles, mais il reste lettre morte.  L'Union européenne a encore appelé vendredi la communauté internationale à exercer "les pressions maximales" sur le Soudan pour l'envoi urgent de casques bleus au Darfour, "seule option viable et réaliste".  

Au terme d'une visite infructueuse de l'émissaire américain au Soudan Andrew Natsios, pendant laquelle il n'a pu rencontrer le président Béchir, Washington s'était montrée prudente sur le différend avec M. Pronk.  "M. Pronk est le représentant de l'ONU là-bas. Je suis convaincu qu'il va poursuivre sa tâche et assumer ses responsabilités", avait déclaré vendredi, le porte-parole du département d'état, Tom Casey.

(avec AFP)