« Pour un axe fort MR-PS »

COPPI,DAVID

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Jeudi 30 novembre 2006

Politique Le chef du groupe interparlementaire MR droit au but...

Richard Miller plaide pour un « axe fort pour les francophones ». Et veut changer les majorités au sud après les législatives 2007 !

Entretien

Le chef du groupe interparlementaire du MR (regroupant les élus régionaux, communautaires et fédéraux) voit une stratégie pour son parti, et s'avance sans demi-mots...

Au MR, ça cogite en termes de stratégie en ce moment. Charles Michel la semaine dernière, vous maintenant...

Ce sont des signes de vitalité. Il y a eu un basculement. En 2004, quand le PS prend le CDH à Namur et pousse le MR dans l'opposition, tout le monde dit qu'on va vivre un enfer : se faire éjecter du fédéral, puis être marginalisés dans les grandes villes wallonnes, dans les provinces... Or, rien du tout. Le MR sort victorieux des communales du 8 octobre, et dans les deux tours : non seulement auprès de l'électeur, mais encore dans les négociations pour la formation des coalitions. On est présents dans quatre provinces sur cinq, on revient dans des grandes villes comme Charleroi, Namur, Mons. Idem dans la Région bruxelloise.

Tout ça sous la présidence de Didier Reynders. Qui a réussi haut la main son premier test électoral, et qui préside maintenant un parti en forme, actif, replacé sur l'échiquier, grâce à lui. Et avec plein de « personnalités », ce qui compte en politique : Charles Michel, Véronique Cornet, Françoise Bertieaux, Jean-Luc Crucke, Olivier Chastel, Daniel Ducarme... En plus - c'est le principal -, la philosophie libérale est assurée. Avec l'arrivée de Reynders, on disait que ce serait la scission entre la « gauche » et la « droite » du parti. Au contraire. Avec le centre Jean Gol, on s'est donné un vrai outil de réflexion théorique, pour affiner l'idée libérale, suivre notre fil conducteur.

Quel socialiste peut-il dire ce qu'est le socialisme moderne d'aujourd'hui ? J'entends Philippe Moureaux, ses rengaines marxistes et martiennes, et puis plus grand-chose.

Didier Reynders craint le retour de Louis Michel...

La possibilité d'un retour de Louis Michel est un signe supplémentaire de la vitalité du MR aujourd'hui, pas un signe de compétition négative. Ils décideront ensemble. A eux de voir.

Bon, cette « santé », cette « force » du MR dont vous parlez, elle est due quand même aux difficultés du PS depuis un an...

Voyez les glissements de voix aux communales : il n'y a pas eu d'hémorragie de voix socialistes qui seraient venues aux MR... On a fait 70.000 voix en plus qu'en 2000, et on ne le doit qu'à nous-mêmes. Notre force est en nous.

Je dirais que la grande difficulté du PS, c'est qu'il ne sait plus très bien qui il est, où il est, où il va... J'ai beaucoup de respect pour mes collègues parlementaires socialistes, mais je vois bien que les décisions politiques se prennent au-dessus de leur tête, qu'elles sont le fait d'un groupe d'acteurs de la scène économique et financière, de la machine publique, toujours les mêmes. Qu'est-ce que cela a encore à voir avec l'engagement socialiste ?

C'est quoi, ce « groupe » ?

Un groupe de techno-financio-publico-petits chefs, qui décident de tout. Qui confisquent le pouvoir au PS. Le grand problème d'Elio.

Revenons à votre propos : vous voyez la fin de l'alliance PS-CDH.

Mon raisonnement est le suivant : oui, il y a les « affaires », mais il ne faudrait pas que l'arbre cache la forêt : l'avenir des francophones dans notre pays, dans l'Etat belge, face à la Flandre... Voilà « le » grand débat.

Or, à mes yeux, pour aborder ce défi, on ne peut pas faire l'économie d'une réflexion commune entre PS et MR. Plus : d'un axe francophone PS-MR. Il est absolument nécessaire. On a besoin des deux grandes forces de la Communauté française.

Ah oui ? Et le CDH ?

Il a changé d'appellation, mais ses liens avec la famille sociale-chrétienne flamande, le CD&V, continuent d'être inquiétants. La puissance du CVP a plombé les francophones pendant des décennies, tué la Wallonie. Moi, j'ai été choqué de voir André Antoine accueillir tout fier et bras ouverts devant les caméras un ministre-président flamand qui venait, quelques jours auparavant, de traiter les francophones d'idiots.

Charles Michel, lui, insistait sur l'émergence d'une alternative au PS... Pas votre choix.

Mme Milquet n'a pas compris l'enjeu au début de cette décennie, quand on lui avait parlé d'une alternative aux socialistes. Elle a refusé l'offre du MR. Maintenant, on entre dans une autre configuration. Moi, je crois aux discussions prioritaires entre socialistes et libéraux-réformateurs.

Et vous en tirez des enseignements pour les coalitions régionales aussi, après 2007 ?

Oui. Ma crainte vis-à-vis du CDH ne tient pas qu'à l'analyse du passé, au fait que le PSC était le petit frère du CVP, mais je vois ce qu'ils font aujourd'hui, avec le PS, de la Communauté française, et des Régions wallonne et bruxelloise. Sous l'arc-en-ciel, on avait obtenu un refinancement de la Communauté. Qu'en fait-on ? Notre enseignement ne devrait-il pas être rationalisé, au lieu de demander de l'argent à la Wallonie ? Et la culture ? Tout l'argent a filé à la RTBF... Les relations extérieures : Mme Simonet a déposé une note dans laquelle l'espace Wallonie-Bruxelles est absent. Il n'y a pas de projet, de vision. Rien de grandiose. On se retrouve avec un PS mal en point, un CDH qui n'attend qu'une chose : que le grand frère CD&V le ramène au pouvoir...

Moralité : si l'électeur, en 2007, permet une victoire du MR, il faudra poser la question des gouvernements francophones, faire basculer les majorités.

Avec une motion de défiance...

La Constitution le prévoit. Le statu quo doit être bousculé. Je pense à l'alliance rouge-bleu, ou l'arc-en-ciel.

Il y a des contacts avec le PS ?

Non, et je le regrette, c'est une erreur.

Vous seriez prêt à jouer un rôle de go-between ?

Certainement.

Le Montois provoque le destin

Charles Michel avait tiré sur le PS, samedi dans ces colonnes ; aujourd'hui, Richard Miller dit : « Attention ». Son raisonnement... Un : il y aura besoin d'un « axe » MR-PS pour représenter les francophones dans la confrontation 2007 avec la Flandre. Deux : il serait bon que cette alliance se retrouve ensuite, après les législatives, en Wallonie, à Bruxelles et à la Communauté française... Richard Miller provoque le destin.

Ex-conseiller spécial de Louis Michel, puis ministre à la Communauté française, il avait été écarté (démissionné) des responsabilités en 2003, par Daniel Ducarme, dans une période de doutes pour le MR, qui débouchera sur l'éviction des majorités au sud, après les régionales de juin 2003. Abattu, repêché par Elio Di Rupo à Mons (il est échevin à Mons), puis par Didier Reynders au MR (désigné « chef des parlementaires »), Richard Miller, 52 ans, se replace, à un moment clé pour son parti : législatives, possibilité de dépasser le PS à la Chambre, choc avec la Flandre... et rumeur du retour de « Louis ».