Des loups imaginaires

METDEPENNINGEN,MARC; VANTROYEN,JEAN-CLAUDE; HUWART,ANNE-CECILE

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Mardi 4 mars 2008

« Survivre avec les loups » n’était qu’une fiction. Son auteur, Misha Defonseca, s’appelle en réalité Monique De Wael. Elle n’est pas juive mais catholique. Et n’a jamais parcouru trois mille kilomètres à la recherche de ses parents déportés… Anne-Cécile Huwart (avec M.M. et J.-C. V.)

C’est l’histoire d’une petite fille juive qui accomplit un périple de trois mille kilomètres à travers l’Europe, à la recherche de ses parents emmenés par les nazis. En chemin, elle rencontre des loups qui la prennent sous sa protection…

Cette histoire, Misha Defonseca l’a d’abord notée dans des carnets destinés à ses enfants, « pour qu’ils sachent ce que j’ai vécu », dira-t-elle.

Puis, elle a écrit un livre, « Survivre avec les loups ». Traduit dans 14 langues, il a été vendu en France à plus de 430.000 exemplaires. Le film réalisé par Véra Belmont, avec Guy Bedos et la jeune Mathilde Goffart, a déjà été vu par quelque six millions de téléspectateurs.

Le générique comporte la mention « d’après l’histoire vraie de Misha Defonseca ». Elle va devoir être enlevée…

Des historiens et des spécialistes de la déportation juive, ainsi que des spécialistes des loups, émettaient déjà de sérieux doutes quant à la véracité de ce « Survivre avec les loups ». Le Soir a alors enquêté sur la véritable histoire de Misha Defonseca…

Un public trompé

Celle-ci s’appelle en réalité Monique De Wael. Documents à l’appui, elle n’est pas juive mais catholique.

Un registre d’école primaire de Schaerbeek fait en outre état de sa présence en ses murs en 1943, au moment où elle affirmait avoir été recueillie par des loups dans une forêt polonaise.

Poussée dans ses contradictions, « Misha Defonseca » a fini par avouer : « Oui, je m’appelle Monique De Wael, mais depuis que j’ai quatre ans, je veux l’oublier… C’est vrai que je me suis raconté, depuis toujours, une vie qui me coupait de ma famille, loin des hommes que je détestais. C’est aussi pour cela que je me suis passionnée pour les loups, que je suis entrée dans leur univers. Et j’ai tout mélangé… Je demande pardon à tous ceux qui se sentent trahis… »

Ce week-end, un élément nouveau est encore apparu : Robert De Wael, le père « juif et déporté » décrit dans le récit pseudo-autobiographique, avait livré aux nazis des membres d’un réseau de résistants…

L’éditrice américaine aurait décidé de déposer une plainte pour « fraude » devant les juridictions américaines (une infraction passible de peines de prison). Sans savoir encore quelle réaction adopter, Bernard Fixot, l’éditeur français, se dit quant à lui effondré et trahi, comme les millions de gens qui ont aimé « Survivre avec les loups ». « Misha me racontait une jolie histoire, et le fait qu’elle la prétendait véridique ajoutait à sa beauté et à sa force. », exprime l’éditeur.