Dossier pilotes – ITW Légendes du circuit

n.c.

Samedi 14 janvier 2012

Depuis toujours, l’attrait de la vitesse et des sensations fortes a poussé des pilotes d’exception à se distinguer sur les circuits. Une exposition à l’Autoworld a rendu hommage à quelques-uns d’entre eux. Légendes d’hier et d’aujourd’hui, ils sont dans « Victoire » pour un shooting photo exclusif.

Maxime Martin

Passionné par le sport automobile depuis son plus jeune âge, Maxime, fils de Jean-Michel Martin, savait qu’il lui faudrait se faire un prénom. En attendant d’accéder peut-être un jour à la F1, il s’est engagé en GT où ses qualités innées de pilote font merveille.

C’est votre père qui vous a donné l’envie de piloter ?

J’ai suivi les courses de mon père depuis tout petit. C’était une évidence. Pourtant, mon père ne m’a jamais poussé. L’envie était là mais j’ai commencé tard, une fois que j’ai trouvé mes premiers sponsors.

Que vous a-t-il transmis ?

Je n’ai pas eu besoin d’apprendre la conduite, c’est quelque chose qui est venu instinctivement. Plus on roule, plus on s’améliore et plus on apprend à connaître ses limites. Mon père m’a donné quelques conseils, pas sur le pilotage mais plutôt sur les à-côtés, comme les contrats.

Comment voyez-vous l’évolution du sport en une génération ?

À l’époque de mon père, il y avait beaucoup moins de gens en course. Aujourd’hui, les catégories se sont multipliées comme les pilotes. La sélection est d’autant plus sévère. Tous les pilotes qui roulent à un haut niveau espèrent un jour prendre les bonnes places.

Depuis quand êtes-vous professionnel ?

C’est ma troisième saison. Je fais ça à plein-temps. Au mieux, c’est 32 week-ends de course. Si on compte les déplacements à l’étranger, ça devient impossible de travailler à côté.

De quoi êtes-vous le plus fier ?

La pole aux 24 h de Spa en GT3. Avoir été le rookie (le meilleur débutant) de l’année au Mans, c’est un accomplissement.

QUI ?

20 mars 1986 Naissance à Uccle.

2005 Champion du monde Mini Cooper Challenge.

2008 Vice-Champion Eurocup Megane Trophy, quatre pole positions et six victoires.

2009 Deux pole positions et une victoire au championnat d’Europe FIA GT3 sur Morgan Aero 8, victoire aux 24 h de Spa-Francorchamps sur Ford GT3 Match Competition.

2010 Deuxième aux 24 h de Spa-Francorchamps sur Ford GT3 avec Marc VDS.

2011 Remporte la première course du championnat FIA GT1 à Abu Dhabi.

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Cette Porsche 962 est identique à celle avec laquelle Jacky Ickx gagna les 1000 km de Mugello et les 1000 km de Silverstone en 1985. À l’occasion d’une course historique cette année, j’ai roulé dedans avec mon père à Spa, mais malheureusement, nous avons dû abandonner.

Christine Beckers

Cinq fois championne de Belgique des conductrices, Christine Beckers a totalisé dans sa carrière cinq cents départs, que ce soit en rallye, sur circuit, en course d’endurance, en course de côte, en slalom ou en raid. Toujours au bord des circuits aujourd’hui, elle exerce comme journaliste sportive.

Comment vous êtes-vous plongée dans le sport automobile ?

Mon père m’a emmenée à un Grand Prix de Francorchamps. Je crois que c’était en 1958, celui où Teresa de Filippis courait en F1. L’ambiance m’a envoûtée. Comme j’avais deux frères plus jeunes qui étaient passionnés, ils m’ont emmenée voir courir les légendes de l’époque. Mais j’ai commencé assez tard à conduire parce que mes parents étaient contre.

Avez-vous eu un maître ?

J’ai tourné à Zolder avec Lucien Bianchi. C’était dans son Alfa GT, il a pris le volant et il a fait exploser le moteur ! Quelques mois plus tard, il se tuait au cours des essais des 24 h du Mans.

Le sport était plus dangereux à l’époque ?

Il y avait pratiquement un mort par course, ce qui explique la réticence de mes parents. Je m’en veux aujourd’hui de leur avoir fait vivre ça. Ni les voitures ni les circuits n’étaient sécurisés comme ils le sont aujourd’hui. Sur la grille de départ, on se regardait tous en se demandant qui ne serait plus là à l’arrivée.

Le sport automobile est un des rares sports où les femmes sont mises en compétition avec les hommes ?

J’adore ça, mais le sport est resté très machiste. Elle va vite… pour une femme ! C’est la phrase que j’ai entendue le plus. Après une victoire, il m’est arrivé que des pilotes déposent réclamation parce qu’ils étaient convaincus que j’avais trafiqué mon moteur pour gagner. Le règlement prévoit alors qu’on le démonte après la course pour vérifier s’il est conforme.

QUI ?

4 décembre 1943 Naissance à Bruxelles.

1966 Premiers rallyes en Belgique et en France sur NSU Prinz.

1968 Début d’une longue collaboration avec Alfa Roméo.

1970 Première femme à monter sur le podium du championnat européen FIA des voitures de tourisme au Nürburgring.

1974 Victoire de classe aux 4 h du Mans sur une Chevron B21.

1974 Victoire de classe 2000 cc aux 24 h du Mans aux côtés d’Yvette Fontaine et de Marie Lourent.

1980 Remporte pour la deuxième fois consécutive la Coupe des dames du Paris-Dakar.

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Des quelques crashs que j’ai eus dans ma carrière de pilote, deux sont survenus à plus de 320 km/h avec cette Inaltera Rondeau, le premier aux 24 h de Daytona et le second aux 24 h du Mans, toujours en 1977.

Éric van de Poele

Toujours actif aujourd’hui, Éric van De Poele est un pilote éclectique qui a conduit au moins 70 voitures aux côtés de plus de 80 équipiers sur au moins 80 circuits aux quatre coins du monde.

Comment vous êtes-vous plongé dans le sport automobile ?

J’ai toujours conduit dans ma tête, et ce, depuis que je suis très jeune. C’est à 6 ans que j’ai décidé de faire de la F1. Tout ce que j’ai fait par la suite était orienté vers cet objectif, mes études, mes loisirs, mes choix professionnels. J’ai attendu mes 18 ans et l’âge du permis de conduire pour prendre mon premier volant en course. J’ai beaucoup roulé à moto, ce qui est une excellente école. Comme je n’avais pas le soutien de sponsors, j’ai dû faire mon chemin tout seul. Je me suis donc servi de mes résultats en tourisme pour conduire en formule 1.

Vous avez 50 ans. Avez-vous déjà pensé à arrêter ?

Je continue tant que je peux en faire mon métier. Il fait reconnaître que c’est de plus en plus dur. Il y a quelques années, c’était un sport extrême, il est maintenant tellement plus sécurisé et les voitures sont de plus en plus faciles à conduire. C’est évidemment bien d’un côté, mais de l’autre, c’est devenu un sport plaisir pour les pilotes qui en ont les moyens. Dans les écuries comme dans les entreprises, les priorités sont financières.

Vous avez des enfants. Avez-vous envie qu’ils suivent vos traces sur les circuits ?

Pour réussir aujourd’hui, il faut commencer très tôt, à 10 ans au plus tard, en kart. L’investissement qui est de 10.000 € par an représente une somme considérable. Je préfère voir ça comme une magnifique école de vie et un hobby complémentaire.

Et 2012 ?

Je ne suis encore sûr de rien. J’espère en tout cas qu’avec la Volvo avec laquelle je roule en BTCS, je pourrai terminer le championnat à la première place.

QUI ?

30 septembre 1961 Naissance à Verviers.

1983 Remporte le volant AVIA La Châtre.

1985 Champion de Belgique et du Benelux en formule Ford.

1987 Remporte ses premières 24 h de Spa, qu’il remportera encore quatre fois par la suite.

1990 Remporte trois victoires en championnat intercontinental de formule 3000 et devient vice-champion de la discipline.

1991 Première saison en F1 sur Lamborghini chez Modena team, suivi d’une saison chez Brabham-Judd.

1996 Remporte pour la deuxième fois consécutive les 12 h de Sebring.

2002 Remporte pour la troisième fois les 24 h du Mans.

2008 Remporte les 24 h de Spa et devient, avec cinq victoires, le nouveau recordman du circuit.

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Dès le premier regard, je suis tombé amoureux de cette Bentley Speed 8 qui m’a mené à mes deux meilleurs résultats aux 24 h du Mans en 2002 et en 2003. De toutes les voitures que j’ai pilotées dans ma carrière, c’est sans hésiter celle-là que j’aimerais posséder.

Yvette Fontaine

Championne de Belgique des conducteurs en 69, elle a excellé en rallye et surtout en catégorie tourisme où elle a gagné des courses par douzaine. Digne représentante du sport automobile féminin, ses duels avec Christine Beckers ont été suivis comme ceux de Justine et Kim.

Comment vous êtes-vous plongée dans le sport automobile ?

J’habitais tout à côté du circuit de Zolder que j’ai vu construire en 1956. J’avais déjà fait quelques tours sur circuit et puis, c’est par hasard que j’ai commencé à faire du rallye, grâce à un ami de mes parents qui avait un restaurant et était secrétaire de l’écurie Mille Miglia. Il m’a invitée à disputer un rallye local sous ses couleurs et puis j’ai fait le tour de Belgique.

Vos parents vous ont-ils laissé faire ?

Ils ne se rendaient pas compte. Mon père venait me voir rouler, mais je ne voulais pas que ma mère vienne. Heureusement, à cette époque, on pouvait faire des résultats avec une voiture normale. Une moyenne de 60 km/h était alors très rapide.

Les aptitudes développées pour la conduite vous ont-elles aidée dans la vie quotidienne ?

Jeune, j’étais un peu timide mais, une fois sur le circuit, j’avais la gagne et je n’hésitais pas à aller chercher mes adversaires comme je l’ai fait en 1969 à Zolder avec Jean-Pierre Gaban. Il roulait dans sa Porsche 911, je l’ai talonné dans ma Ford Escort. Je connaissais son caractère et je savais comment l’énerver et le pousser à la faute.

Avez-vous des regrets ?

J’ai fait quelque chose que très peu de femmes ont réussi. Pour moi, c’est ça qui est important, même si ça ne m’a pas rapporté beaucoup de sous. J’ai eu mon temps. Maintenant je fais encore les rallyes old timer, c’est sympa de retrouver quelque chose qu’on a adoré. À Mettet, j’ai eu l’occasion de rouler sur circuit et ça fait du bien de retrouver des chevaux sous le pied.

QUI ?

1947 Naissance.

1964 Débute sa carrière sur Austin.

1968 Contrat de pilote professionnel avec Ford Belgique en catégorie tourisme. La même année, à Zolder, elle dépasse le record du tour détenu par Jacky Ickx et obtient la victoire de sa classe et de son groupe.

1969 Remporte le championnat belge des conducteurs.

1973 Jackie Stewart la sélectionne avec d’autres champions européens pour participer à l’épreuve d’endurance organisée par Ford à Monza.

1976 Arrête sa carrière.

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Ford Escort Belga – 4 cyl. Ford moteur BDA – 1800 cc pilotée par Robert Droogmans.

Comme j’ai gagné pas mal de courses avec une Escort, j’ai toujours un petit pincement de cœur en me rappelant les bonnes années passées au volant de cette voiture qui évoluait chaque année.

Claude Bourgoignie

En quarante-cinq ans de pilotage, il a participé à plus de cinq cents épreuves et a remporté dix titres nationaux et un européen en monoplace comme en biplace. Sans la crise du pétrole de 73, il était prêt à accéder à la catégorie reine de la F1.

Comment vous êtes-vous plongé dans le sport automobile ?

J’ai assisté au dernier Grand Prix du Bois de la Cambre, assis sur les épaules de mon père. La course avait commencé par un carambolage monstre parce que, sur une des voitures, on avait monté la boîte de vitesses à l’envers. Le pilote de cette voiture, c’était Paul Swaelens, que j’ai retrouvé vingt ans plus tard et qui m’a accompagné et conseillé pour une partie de ma carrière.

Comment avez-vous appris à piloter ?

J’ai été en Angleterre suivre des cours à la Jim Russel Racing School, je voulais aussi en profiter pour apprendre l’anglais. Quand je suis arrivé, j’ai été un peu saisi de voir les voitures de l’école tout abîmées. En fait, c’est parce qu’elles avaient servi dans le film « Grand Prix » de John Frankenheimer. Après deux mois, j’étais devenu instructeur et puis j’ai eu des voitures expérimentales, j’ai couru en formule Ford où j’ai tout gagné, ce qui m’a permis de passer en formule 3.

Les aptitudes développées pour la conduite vous ont-elles aidé dans la vie quotidienne ?

J’ai surtout appris à gérer la concentration. Quand je roulais sur Ford, je jouais aux échecs avec un adversaire de force égale. J’ai fait des parties d’échecs pendant tout un week-end pour aiguiser ma concentration. C’est ce qui permet de terminer une course en restant concentré. Aujourd’hui, l’encadrement, les restrictions et l’évolution des voitures poussent à être moins concentré, c’est un risque.

5 mai 1945 Naissance à Bruxelles.

1961 Arrive premier de sa première course à Bergen op Zoom sur une moto Puch-Sport 50 cc.

1967 Champion d’Angleterre de formule Ford Novice of the Year toutes catégories.

1969 Champion de Belgique de formule Ford.

1970 Champion d’Europe de formule Ford, champion de Belgique des monoplaces.

1972 Champion de Belgique des conducteurs.

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Ford Capri RS, gagnante des 24 h de Francorchamps 1972.

En participant la même année aux 24 h du Mans avec une voiture identique, j’ai subi une série de tuiles peu ordinaires. Une première voiture a pris feu sur le trajet Bruxelles-Le Mans, une seconde a explosé à l’entraînement et une troisième a été victime d’une avarie électrique en course. Malgré quoi, nous sommes arrivés dixièmes au général et premiers au classement tourisme.

Sarah Bovy

Fille du pilote Quirin Bovy, Sarah était, à 18 ans, le plus jeune pilote de l’histoire des 24 h de Spa-Francorchamps. Elle est aujourd’hui l’un des plus grands espoirs du sport automobile belge.

Comment avez-vous fait votre apprentissage ?

En kart, c’est là qu’on peut le plus facilement apprendre la bagarre sur circuit. C’est essentiel dans les championnats. Ça permet de se battre avec des pilotes et c’est le meilleur moyen de rester en forme. Un pilote, quand on le met sur une piste avec un engin, quatre roues et un moteur, il va toujours vouloir aller devant les autres et gagner à tout prix.

Qu’avez-vous découvert en passant professionnelle ?

Il faut pouvoir se remettre en question à chaque fois. Une course peut se passer très bien et la suivante être une catastrophe. Et puis, quelle que soit la discipline, le pilote est dépendant d’éléments extérieurs, de la voiture, de l’équipe. Mais l’équipe est aussi dépendante du pilote. Il faut que tout le monde soit au top. C’est difficile quand vous êtes pilote et que vous avez fait une connerie de simplement rentrer au stand et dire : Désolée, j’ai fait une bourde.

Aujourd’hui, encore plus qu’avant, c’est l’argent qui décide de la carrière d’un pilote ?

Ma vie de pilote, c’est 1 % sur le circuit et le reste. Il faut apprendre à communiquer avec les médias et les sponsors et donner envie de s’intéresser à vous. Il faut arriver à attirer l’attention sur vous et prouver que vous êtes le meilleur élément.

Et pour 2012 ?

J’ai envie de retrouver la monoplace et le sport proto. Tout dépend de ce qui va se décider dans les semaines qui viennent.

QUI ?

15 mai 1989 Naissance à Nandrin.

2002 Championne nationale de kart indoor.

2004 Première course en monoplace.

2007 Participe aux 24 h de Spa sur la Gillet Vertigo aux côtés de Bas Lenders.

2010 Septième meilleur temps aux 12 h de Spa sur Mitsubishi Lancer Evo 8, participe au Belgian Belcar Championship sur une Porsche 996 GT3 cup.

2011 Programme de test et développement en formule 3.

2012 Pressentie pour participer au championnat FIA Formula Two.

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La Ford GT40 est pour moi l’une des plus belles jamais produites. En 69, Jacky Ickx l’a conduite à la victoire aux 24 h du Mans pour la quatrième fois consécutive.

OÙ ?

Belgian Racing Legends, dernier jour ce 15/01, ouvert de 10 h à 18 h, Autoworld, 11 parc du Cinquantenaire, 1000 Bruxelles, T. 02 736 41 55, www.belgian-racing-legends.be