Le temps des culottes courtes

STIERS,DIDIER

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Mercredi 30 septembre 2009

Valérie Lemercier renoue avec le ciné, la France d’antan et la nostalgie du « Petit Nicolas ».

ENTRETIEN

Monument du patrimoine littéraire, pictural et humoristique made in France, Le petit Nicolas du tandem Sempé-Goscinny prend vie à l’écran. C’est Laurent Tirard (Molière, Mensonges et trahisons…) qui s’est appliqué à faire exister le gamin en culottes courtes, son univers ripoliné ainsi que ses parents, incarnés pour l’occasion par Kad Merad et Valérie Lemercier. Laquelle, à quelques semaines de son retour seule en scène, a bien voulu nous parler de son rôle de maman. Et de petite fille.

Quels sont les petits plaisirs que le film vous a procurés ?

Quand j’ai rencontré Laurent Tirard, il m’a dit qu’il avait pensé à moi en écrivant le rôle de la maman. J’ai été épatée, que ça les ait aidés à imaginer un personnage avec un peu de folie. J’étais très contente de tourner avec Kad, avec qui j’ai déjà fait des petites conneries à la télévision. Mais j’étais sceptique quant à l’entreprise. Pour moi, Le petit Nicolas, c’était tellement parfait, un peu intouchable, quoi.

Et le film, au final ?

Très bien… Evidemment, c’est un hommage, mais ça prend des libertés. Je le trouve émouvant, il y a là-dedans quelque chose qui me touche.

Il vous renvoie un peu à votre propre enfance ?

Mon enfance, elle s’est déroulée un peu plus tard, mais oui, ça m’y renvoie. Quand le petit Nicolas part avec son baluchon et qu’il veut qu’on le pleure… J’ai fait ça toute ma vie, moi ! Je partais, je faisais des fugues et je voulais qu’on pleure. Mais je revenais toujours parce que j’avais faim.

Le public qui attend votre retour sur scène, c’est un peu ça aussi ? Sans vouloir faire de psychologie à deux sous…

Ouais, j’espère… Je suis toujours contente. Mon grand plaisir, même si ce n’est pas simple, c’est d’écrire. Et une fois que je joue, c’est quand même extrêmement gratifiant de faire rire les gens tout le temps pendant tout le spectacle. Il n’y a pas mieux ! C’est pour ça qu’après, les choses, et même la vie ou presque, semblent fades. Je n’aime pas être en tournée, ne pas dormir dans mon lit, mais ce n’est pas grave parce que j’aime jouer le soir. Et puis, comme je ne fais pas filmer mes spectacles, c’est toujours des surprises pour tout le monde. D’ailleurs, pour moi, le théâtre ne doit être que des surprises.

L’humour gentil du « Petit Nicolas » est loin du vôtre, non ?

Il ne me ressemble pas. Ce que je fais est violent, cruel. Mais, oui, je joue toujours des enfants. Dans le spectacle, il y a une petite fille dont la mère est psychanalyste, et la gamine adore écouter ce que racontent les patients, pour tout raconter à sa baby-sitter. Des trucs qui ne sont pas du tout destinés aux enfants, évidemment. Et puis elle danse, toute seule à la maison, mais sans faire de bruit à cause du métier de sa mère. Elle compte donc les pas dans sa tête… Et là, je ne sais pas pourquoi, mais, oui, je me vois comme un dessin de Sempé : la petite fille qui fait de la danse classique, et derrière la cloison, un gros monsieur en train de raconter ses problèmes de cœur…

il a dit... Laurent Tirard (réalisateur)

« J’étais au Portugal quand les producteurs m’ont appelé pour me dire qu’ils voulaient s’attaquer au Petit Nicolas et voir si ça m’intéressait de le réaliser. J’ai dit oui, en me demandant pourquoi je n’y avais pas pensé avant. Il m’a immédiatement paru que je pouvais à la fois faire quelque chose qui soit en même temps Le petit Nicolas et un film personnel. »

« Il était hors de question de coller les histoires les unes derrière les autres, il fallait inventer une dramaturgie. Le souci a été de fabriquer un film d’une heure et demie à partir de petites histoires où il ne se passe jamais rien de grave. On s’est demandé ce qui pouvait arriver de pire au petit Nicolas ; c’est d’avoir peur de perdre son statut d’enfant-roi. »

« Pour que le film plaise à tout le monde, autant au public des enfants qu’à celui des adultes, il me semblait que les parents devaient être un peu plus étoffés. »

« Quand j’ai réfléchi aux références, Tati est la première qui m’est venue. C’est l’équivalent cinématographique le plus proche des dessins de Sempé. Dans le minimalisme, dans les personnages longilignes, dans leur rapport à l’espace, leur gaucherie, dans la poésie, le côté parfois un peu surréaliste, dans le rapport à la modernité… »

« Lire les histoires n’a pas été un prérequis pour mon équipe. Elles sont tellement parfaites qu’il y avait risque d’inhibition, ou de recopiage pur et simple. »

« Anne Goscinny avait – forcément –

un pouvoir de vie ou de mort sur le projet du film. Entre nous, il y a eu de la complicité, heureusement… Mais aussi de la frustration, un tout petit peu de friction sur un ou deux points… Mais au final, ça s’est fait. Il a juste fallu qu’elle accepte de couper le cordon avec ce Petit Nicolas qui allait maintenant grandir sans elle pour devenir un personnage de film. »

« La présence d’Alain Chabat nous a beaucoup aidés. Anne Goscinny l’admire et le respecte depuis Astérix. Il a lu notre scénario, il y a retrouvé Le petit Nicolas. Et il a ajouté quelques petits choses de son cru, et ça l’a aidée, je pense à faire sauter le verrou psychologique. »

nouveau

Le petit Nicolas

Vous avez aimé Amélie Poulain ? Les choristes ? De ces films qui dépeignent une certaine France d’antan ? Alors vous fondrez pour cette adaptation de l’œuvre de Sempé et Goscinny. L’histoire, écrite à partir d’éléments repris dans diverses nouvelles, tient en deux mots : persuadé que ses parents (Kad Merad et Valérie Lemercier) vont avoir un second enfant, Nicolas voit son « chouette » petit monde chamboulé. Les décors sont léchés et la mise en scène très classique. L’humour est gentil, entre les clins d’œil (au journal Pilote, à Astérix, aux… Choristes !) et les scènes entièrement dévolues au tandem Kad-Lemercier. Malgré un manque de rythme et de liant, Le Petit Nicolas se laisse regarder, en film accessible à tous – évoquant une enfance… qu’on a aujourd’hui un peu de mal à imaginer comme ça. On pourra trouver le personnage principal, interprété par Maxime Godart, plutôt lisse… C’est que, côté gosses, c’est plutôt Clotaire (Victor Carles) qui crève l’écran. Côté adultes, avec les « pointures » réunies ici (Sandrine Kiberlain, Daniel Prévost, François Damiens, etc.), c’est plutôt plaisant. Mais, au-delà des inconditionnels de l’original, qui va se précipiter pour voir Le petit Nicolas ?