My virtual body

n.c.

Samedi 26 décembre 2009

Activiste du Net art, Tamara Laï a multiplié les projets collaboratifs et solo, et sondé les limites des relations virtuelles. Avant de se reconnecter à la réalité.

À quoi renvoie le concept de Net art en réseau ?

Le Net art est un phénomène très fort. Le produit fini n’en est qu’une partie visible. Ce que l’on ne voit pas, c’est le socle, c’est à dire les échanges sur le net.

Le Net art, grâce à la connexion planétaire simultanée, à la circulation ininterrompue de messages écrits, à la navigation hypertextuelle et à l’interactivité, aux transferts de documents à la vitesse de la lumière, aux jeux de copier/coller, à l’association du texte au son, à l’image fixe, à l’animation vidéo, etc, se distingue des autres disciplines par le fait qu’il est très souvent évolutif, c’est à dire qu’il est toujours possible d’y apporter des modifications et des compléments. Un site n’est jamais figé, le produit évolue, parfois vers tout autre chose.

Comment s’opèrent ces collaborations en ligne ?

Dans tout travail en équipe, il y a un « chef d’orchestre » qui dirige l’ensemble vers une unité, tout en respectant l’individualité de chacun. C’est ce que j’essaie de faire dans ces projets participatifs et collaboratifs en réseau : favoriser les rencontres, l’échange d’imaginaires, dans la recherche d’une symbiose, utopique peut-être, mais c’est la règle du jeu. Il s’agit dès lors pour le participant de jouer individuellement, tout en s’intégrant dans un ensemble. Ce qui induit la mise en sommeil de l’ego, au profit d’un échange proche du don de soi.

Cette « proximité à distance » est un thème récurrent dans votre travail.

Je me suis intensément consacrée au net art de 1997 à 2008, à raison de trois ou quatre projets par an. Pourtant, je n’ai pas encore trouvé de réponse satisfaisante quant à la nature de ces relations, élaborées sur l’échange d’imaginaires, de subjectivités et d’états d’âme. Mais il y a peu d’échanges réels et créatifs et pour l’instant, je prends du recul. Cela a été un long cheminement pour moi.

Aujourd’hui, avec tous les sites de réseaux sociaux comme Facebook, mon sentiment est que beaucoup de gens qui n’ont pas été versés dans le numérique, ont le sentiment d’en faire partie, simplement car des systèmes « clés sur porte » ont été mis en place.

D’où vos derniers projets, axés sur le rapport au corps, et au monde réel ?

Oui. Le projet « My_virtual_body » est entièrement personnel. Cet autoportrait nu, réalisé à partir de simples photos, interroge le corps virtuel, en chair et en os. À un moment, j’ai ressenti le besoin de me réapproprier mon corps. Travailler dans le virtuel peut devenir aliénant, déconnecter de la réalité. J’étais dans la dépendance, et j’ai voulu me « réincarner » dans mon vrai corps.

Ensuite, « La terra sacrifada » est un projet collaboratif qui part de l’idée que la terre est malade, on nous le dit assez, et ça se voit. Comment cela va-t-il évoluer ? Conscients de la menace, allons-nous réagir afin de léguer à nos enfants une nature saine et propre à les porter, les nourrir, les protéger ? Il a notamment été présenté à la Biennale de la Photo et des Arts visuels au MAMAC à Liège. Enfin, « No_future_baby ? » renvoie – via des images, de la vidéo, des bruitages et de la poésie – au futur de tout cela, au système sociétaire dans lequel on vit, à l’agitation, au bruit, et à l’envie de s’installer devant de beaux paysages.

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