« Van Rompuy pourrait se révéler… »

LABAKI,MAROUN

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Jeudi 5 novembre 2009

Union européenne Le « profil bas » du Premier ministre aurait plaidé pour lui

Entretien

Marek Kubista est spécialiste des affaires européennes à la Fondation Robert Schuman, à Paris. Il a répondu à nos questions sur la perspective de voir Herman Van Rompuy accéder à la présidence stable du Conseil européen.

Herman Van Rompuy président : vous y croyez ?

Oui, c’est un scénario possible. De ce qui ressort du sommet européen de jeudi et vendredi derniers, il semble qu’il fasse à peu près l’unanimité des chefs d’Etat ou de gouvernement. Il a fait preuve de ses qualités de négociateur en Belgique.

Mais étant donné que c’est une fonction à inventer, tout dépend de ce que les chefs d’Etat ou de gouvernement veulent en faire. Veulent-ils quelqu’un qui sera plus en retrait mais qui assurera le consensus, un « chairman » ? Ou bien quelqu’un qui prendra vraiment des initiatives ?

Je ne connais pas assez bien M. Van Rompuy, mais je crois que c’est quelqu’un qui parviendrait à amener des consensus au sein du Conseil européen.

C’est donc le premier profil, celui du faiseur de consensus…

Voilà. La preuve en est que des candidats plus connus sur la scène internationale, tels Tony Blair ou Jean-Claude Juncker, ont a priori été mis de côté. Au profit d’une personnalité plus en retrait. Cela dit, on connaît très peu M. Van Rompuy et il pourrait très bien se révéler quelqu’un de plus présent.

Mais ne serait-il pas extraordinaire que le choix se porte sur quelqu’un de très peu connu hors des frontières belges ?

Plusieurs chefs d’Etat ou de gouvernement, comme Nicolas Sarkozy, Angela Merkel ou Gordon Brown, ne veulent pas d’une personne très connue, qui pourrait devenir une sorte de « président européen » – même sans les attributs pour. Ils connaissent moins M. Van Rompuy et ils pensent qu’il ne devrait pas marcher sur leurs plates-bandes.

Herman Van Rompuy président du Conseil européen, et le Britannique David Miliband haut représentant pour les Affaires étrangères : ce serait équilibré ?

C’est difficile à dire, dans la mesure où les deux fonctions – et surtout celle de président du Conseil européen – sont à inventer. Le traité de Lisbonne est assez flou sur les attributions du président du Conseil européen. Et le premier à l’exercer va délimiter la fonction. Mais il y a un risque de « court-circuitage » entre les deux. Ni l’un ni l’autre de ces deux hommes n’est officiellement candidat. Et ils ne se sont pas prononcés sur comment ils concevaient ces deux fonctions. C’est donc difficile à imaginer… Maintenant que le traité est ratifié, j’espère que les « candidats » vont dire sur la place publique comment ils envisagent la fonction.

Selon vous, Tony Blair a-t-il renoncé ?

C’est difficile à dire, puisqu’il ne s’est jamais officiellement déclaré candidat. Il cumule trop de handicaps, du point de vue des chefs d’Etat ou de gouvernement actuels. Mais il ne faut pas oublier qu’en 2004, lors du choix du président de la Commission européenne, M. Blair avait été très habile pour écarter à la dernière minute M. Verhofstadt et faire désigner M. Barroso… Cela étant, là, en l’occurrence, je ne pense pas qu’il ait encore des chances.

La mise en place des nouvelles structures prévues par le traité de Lisbonne ne va-t-elle pas forcément se faire dans la douleur ?

Tout dépendra de la personnalité de ceux qui seront choisis. Mais l’Union européenne marche, en tout cas, au consensus, au compromis. C’est inhérent à sa structure. Les débuts seront peut-être poussifs, mais bon gré mal gré chacun trouvera sa place et son équilibre.

Une présidente pour l’Europe ?

Vaira Vike-Freiberga n’a pas renoncé

L’ancienne présidente lettone, 71 ans, surnommée la « Dame de fer » de son pays – et pas uniquement à cause de sa coiffure – est toujours dans la course à la fonction de président(e) permanent(e) du Conseil européen. Ses partisans ont lancé mercredi un site de soutien à sa candidature, baptisé « Une présidente pour l’Europe ». On peut y lire qu’elle est « une femme politique consensuelle et charismatique à la fois, sachant écouter tout le monde mais aussi défendre ses convictions. Ceux qui la connaissent vantent tous son charme, son intelligence et son autorité, son multiculturalisme (…) et ses liens avec l’Amérique ». L’argument ! On peut « voter » pour elle sur ce site.