« Van Rompuy sait que son départ signifie une nouvelle crise »

KUCZKIEWICZ,JUREK

Samedi 14 novembre 2009

« Herman Van Rompuy se rend bien compte qu’il fera basculer la Belgique dans une nouvelle crise s’il s’en va. », affirme Wilfried Martens, dans un entretien au Tijd. Leterme doit-il être son successeur ? « Oui, qui d’autre ? » Mais une solution intermédiaire élégante pour Leterme serait que « Jean-Luc Dehaene lui tienne la place au chaud jusqu’en 2011. » Par Jurek Kuczkiewicz

C’est en la noyant dans un entretien sur les chances de Herman Van Rompuy à l’Europe que Wilfried Martens, ex-premier ministre CVP et aujourd’hui président du Parti populaire européen (PPE), le parti de centre-droit dominant sur la scène européenne, a lâché une bombinette politique belge dans les colonnes du journal De Tijd. Déclarant que « Herman Van Rompuy se rend bien compte qu’il fera basculer la Belgique dans une nouvelle crise s’il s’en va [à l’Europe]», Wilfried Martens savonne étonnamment la planche à celui que le CD&V prédestine à la succession de Van Rompuy : Yves Leterme. L’ancien du CVP, dont on sait que, comme les coreligionnaires de sa génération, il ne tient pas Leterme en très haute estime, ajoute toutefois que c’est bien Leterme qui doit succéder, le cas échéant, à Van Rompuy : « Qui d’autre ? », répond Martens, ajoutant même qu’il se reconnaît quelque peu dans la star déchue du CD&V, à qui il prédit, après des débuts difficiles, « une longue carrière au sommet ».

« Leterme a commis des fautes, mais a droit à une seconde chance »

Mais l’estocade vient dans les derniers mots de cette longue interview : faisant mine de s’étonner de l’agressivité des Francophones à l’égard de Leterme, Wilfried Martens déclare que « il (Leterme) a commis des fautes. » Mais qu’il « devrait recevoir une seconde chance. Si ce n’est maintenant, alors en 2011 », c’est-à-dire après les prochaines élections législatives fédérales. Alors quid de la succession immédiate au 16, rue de la Loi ? « Peut-être que Jean-Luc Dehaene pourrait lui tenir sa place au chaud jusqu’en 2011. Ce serait peut-être une élégante solution intermédiaire pour Leterme. »

Cette hypothèse formulée par l’ancien premier ministre reflète-t-elle le sens des réflexions des dirigeants du CD&V ? Très peu, semble-t-il, quand on connaît le fossé entre les dirigeants actuels et l’ancienne génération des Martens, Dehaene, Eyskens et… Van Rompuy, ainsi que le faible poids dont ils pèsent au sein de leur parti aujourd’hui. Mais Wilfried Martens rappelle en passant que c’est lui qui avait été chargé par le Roi, après la démission de Leterme il y a près d’un an, de trouver la solution à la crise : « J’avais parlé à tout le monde, et je n’avais trouvé qu’un seul candidat premier ministre : Van Rompuy. » L’autre candidat évoqué alors n’avait été autre que… Jean-Luc Dehaene, qui ne s’était pas montré intéressé. Le sera-t-il cette fois-ci ? Rien ne permet de le penser, même si les Francophones, sans oser le dire trop haut, rêvent de lui.

Etonnamment, ce samedi matin, aucun site des grands journaux flamands ne mettait en exergue la petite bombe lancée par Wilfried Martens…