Bye-Bye e-mail !
JENNOTTE,ALAIN
Page 31
Samedi 6 décembre 2008
Bye-Bye e-mail !
Et Luis Suarez n’est pas seul. Pour des millions d’ados accrochés à leur petite fenêtre de « chat » dès qu’ils s’approchent d’un ordinateur, envoyer un mail n’est pas un réflexe si ordinaire. « Le mail, c’est réservé pour des occasions un peu spéciales, lance Sandrine, 14 ans. Par exemple une invitation à un anniversaire avec des dessins et des photos ou quelque chose de ce genre. Sinon, mes copains se demanderaient pourquoi je n’ai pas utilisé Messenger ou les SMS, comme d’habitude ! »
Pourtant, cette tendance lourde qui se profile, l’immense majorité des internautes ne l’a pas encore vraiment vue venir. Après tout, depuis une décennie, le courrier électronique est devenu le moyen de communication – apparemment – incontournable du monde des entreprises. Et malgré la popularité des SMS, les particuliers l’ont eux aussi largement apprivoisé. Il avait présenté pour cela des lettres de créances en béton : il était plus rapide que la poste, moins cher que le téléphone et plus fiable que le pigeon voyageur. Mais depuis quelque temps, les feuilles de température de l’e-mail ont révélé quelques problèmes de santé.
Avant tout, on le sait miné par le spam. Ce courrier non sollicité qui s’accumule dans les boîtes aux lettres, au point que les vrais messages y sont parfois perdus, n’est plus uniquement de la pub glauque et irritante pour du Viagra ou des prêts hypothécaires bidon. C’est aussi le vecteur d’inquiétantes arnaques connues sous le nom de « phishing », qui consistent à rediriger un internaute trop crédule vers de faux sites de banques ou de commerce électronique, où l’on tentera de lui extorquer mots de passe et numéros de cartes de crédit.
Et l’e-mail souffre aussi d’un manque flagrant de confidentialité. Sarah Palin en a fait l’expérience, lors de la campagne électorale aux Etats-Unis, lorsque sa messagerie a été piratée. Quant à Barack Obama, il se dit qu’il devra laisser son Blackberry au vestiaire lorsqu’il prendra ses fonctions. Cet ordinateur de poche spécialisé dans le courrier électronique n’inspire en effet aucune confiance aux responsables de la sécurité à la Maison-Blanche.
Mais la sécurité n’est pas la principale motivation qui a conduit Luis Suarez à renoncer à sa boîte à messages. « Beaucoup de gens utilisent l’e-mail comme un moyen de stocker de l’information. Du texte, bien sûr, mais aussi des photos, de la musique ou des vidéos. Mais il n’est pas du tout approprié pour cela. Plutôt que d’envoyer un message à cinquante correspondants qui en conserveront chacun une copie, désormais je le poste sur un blog dont je décide quelles pages sont publiquement accessibles et quelles autres sont à accès réservé. »
Luis Suarez va plus loin encore. Il estime que l’e-mail est devenu un moyen de s’exonérer de nombreuses responsabilités. « Dès qu’on a envoyé un e-mail pour signaler un problème à un collègue, on s’estime libéré de la nécessité de le résoudre. » Luis Suarez préconise de remplacer ces e-mails par des wikis, des pages web collaboratives que chacun peut éditer sans aucune connaissance technique. « C’est un moyen bien plus productif pour résoudre collectivement de nombreux problèmes que de se renvoyer sans fin la patate chaude. » Et tous les autres outils de socialisation sur le Net sont mis eux aussi à profit. Comme Facebook ou encore Twitter, qui permet de poster sur des blogs des messages de la taille d’un SMS.
Mais les réseaux sociaux ne finiront-ils pas par crouler à leur tour sous le poids des « amis » qu’on y empile ? « On peut aussi vite être noyés par ses contacts sur Facebook que par le spam sur l’e-mail, reconnaît Luis Suarez. C’est pour cela que la prochaine étape dans l’évolution des réseaux sociaux sera la création d’outils de filtrage encore plus sophistiqués. »
Microsoft, malgré ses centaines de millions de comptes Hotmail, a senti le vent tourner et a acheté au prix fort une participation dans Facebook. L’e-mail domine depuis dix ans l’univers des communications virtuelles. Mais il est peut-être audacieux de prédire que son règne perdurera une décennie supplémentaire.
Quels outils pour vos messages ?
Le réseau de socialisation massive
Souvent présenté comme le moyen de retrouver sur le Net les copains d’école ou d’anciens collègues, Facebook est bien plus que ça. Ce réseau social « grand public » mélange une kyrielle de fonctions qui vont du blog au forum en passant par l’album de photo, l’e-mail et tout ce qui permet l’interaction à travers le Net. Pour ceux qui ne peuvent plus décrocher, il est même disponible pour l’iPhone, l’ordinateur de poche d’Apple. Il n’est pas sans concurrent de poids avec Myspace ou, dans le monde professionnel, LinkedIn. Une fois inscrit, on choisit quels « amis » on accepte dans sa communauté. À utiliser avec modération si l’on souhaite conserver un minimum de vie privée.
Hotmail et Gmail
Le webmail n’est plus un gadget www.gmail.com et www.hotmail.com
Longtemps, donner une adresse Hotmail à son correspondant professionnel semblait une marque d’amateurisme de mauvais aloi. Plus aujourd’hui. Dans la foulée de Gmail, lancé par Google, les webmails (des courriers électroniques qu’on utilise avec son navigateur web) ont gagné une réputation de « sérieux ». Gratuits, intégrés avec un « chat » très pratique et, dans le cas de Hotmail, avec une capacité de stockage illimitée, ils sont aussi extrêmement résistants au spam. Souvent plus que les e-mails classiques. Mais ils ont leur talon d’Achille. En août dernier, des millions d’utilisateurs de Gmail ont été privés
de courrier lors d’une panne des serveurs de Google.
Messenger
Un quasi-monopole sur le « chat » http://download.live.com/messenger
Avec 3,6 millions de Belges qui s’y connectent au moins une fois par mois, Live Messenger est sans aucun doute le logiciel de « chat » le plus populaire tant en Belgique que sur le reste de la planète. Installé en quelques minutes, il permet de créer une liste de contacts avec lesquels on discute par clavier interposé. On peut également ajouter un micro et une webcam pour voir ses correspondants et leur parler. Au moins autant que les SMS, le chat a eu une influence profonde sur le jargon des ados et de leurs parents. Entre « lol », « pkoi » et autres « a+ », la langue en a pris pour son grade. Et pas uniquement pour le pire, quoiqu’en puissent dire les esprits chagrins.
Bloguer en 140 signes http ://www.twitter.com
À la fois logiciel utilisé pour alimenter des micro-blogs en messages de 140 signes et outil pour envoyer sur le Net l’équivalent de millions de SMS de groupe, Twitter reste encore mal connu. Annoncé comme la nouvelle poule aux œufs d’or l’an dernier, il peine aujourd’hui à trouver un modèle commercial qui permettrait à ses concepteurs de récupérer leur mise. Pourtant, les « Twitteurs » se multiplient. Lors des élections américaines, ils étaient plus rapides que les journalistes pour poster des résultats partiels sur un site web du Monde. Et la semaine dernière, ils ont été au centre de la polémique à l’occasion
de la couverture des événements
de Bombay.
Quand Facebook est banni du Forem
Les demandeurs d’emploi peuvent bien utiliser toutes les ressources des réseaux sociaux pour décrocher un job, l’administration du Forem a un point de vue plutôt tranché sur la question : elle a tout simplement interdit l’utilisation de Facebook à ses employés et en a bloqué l’accès sur son propre réseau informatique.
« Les entreprises se posent un certain nombre de questions sur les réseaux sociaux tout comme sur l’usage des moyens de communication au sein de l’entreprise, explique la porte-parole du Forem, Christine Van Den Noortgaete. Dans notre administration, le principe de base est que l’on tolère l’usage du téléphone, du courrier électronique et de l’internet à des fins privées à la condition que cela ne gêne pas le bon fonctionnement de l’organisation. Tout cela figure d’ailleurs dans une charte annexée au contrat de travail. Il n’y a pas de surprise pour les employés. »
L’exception, depuis peu, c’est Facebook. « L’accès en est interdit sauf si cela s’inscrit dans le cadre d’un programme de formation, poursuit la porte-parole du Forem. Nous gérons un parc d’ordinateurs très important sur notre réseau, avec 4.000 employés auxquels s’ajoutent 2.000 stagiaires dans les centres de formation ou les carrefours emploi-formation. Si trop de personnes se connectent simultanément à Facebook, cela risque d’engendrer des lenteurs pour tous les utilisateurs. Ce n’est pas que l’on veuille nier l’existence des réseaux sociaux comme Facebook mais on fait la distinction avec des services plus professionnels. »
Le Forem affirme pourtant ne pas snober Facebook et ses possibles évolutions. L’administration a inclus Facebook dans ses programmes de veille technologique. « Il n’est pas impossible qu’il devienne un jour un facteur de recrutement et nous devons rester extrêmement attentifs. »
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