Les parents ne veulent plus d’écoles-poubelles

BERKENBAUM,PHILIPPE

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Vendredi 29 août 2008

Enseignement La Fapeo exige une grande réforme

La culture de l’échec a prouvé son inefficacité. A quand l’instauration d’une véritable école de la réussite ?

Un élève sur cinq accuse un retard scolaire en primaire, un sur deux dans le secondaire et près d’un enfant sur trois abandonne l’école sans avoir obtenu son diplôme…

Les représentants des parents d’élèves ont brandi jeudi des chiffres particulièrement alarmants pour appuyer leur exigence d’une réforme fondamentale de notre système scolaire, fondé selon eux sur la culture de l’échec.

« Au cours des années d’enseignement obligatoire, un enfant sur deux et donc les familles correspondantes ont dû faire face à l’échec et au redoublement », souligne Hakim Hedia, président de la Fédération des associations de parents de l’enseignement officiel. La Fapeo a décidé de placer la lutte contre l’échec et l’abandon scolaires au rang de « priorité des priorités », en cette année électorale qui s’achèvera sur la recomposition des gouvernements régionaux et communautaires. Elle présentera d’ici quelques jours, avec d’autres associations, une liste de propositions concrètes. Mais en cette veille de rentrée, elle souhaitait interpeller vigoureusement le monde politique et celui des enseignants.

C’est, tout d’abord, le redoublement qui en prend pour son grade. Toutes années confondues, il présente un taux de 49 % en Communauté française contre 27 % chez nos voisins flamands, ce qui n’empêche pas ces derniers d’afficher de meilleures performances aux tests internationaux de type Pisa. « Le redoublement n’est en rien garant des performances d’un enseignement. Pourquoi, alors, persévérer dans cette voie ? », interroge la Fapeo.

Familles sous-traitantes

Deuxième cible, corollaire, de ses attaques : la « marchandisation » de l’échec scolaire. L’enseignement, disent les parents, est sous-traité aux familles, qui font tout ce qu’elles peuvent pour aider leurs enfants à réussir mais n’arrivent souvent pas à gérer le suivi scolaire. D’où le recours à divers substituts payants, qui prolifèrent pour suppléer aux manquements de l’école : écoles de devoirs, cours particuliers monnayés par les professeurs eux-mêmes, sociétés commerciales qui se lancent dans ce secteur lucratif… « Certaines réclament même la mise en œuvre de “titres-devoirs” », s’insurge la Fapeo.

Troisième caractéristique de notre enseignement à réformer d’urgence : la sélection et l’orientation trop précoces des enfants. « Lorsque l’élève présente des difficultés, il est vite relégué vers des niveaux plus faibles. » Ce sont les filières techniques et professionnelles, trop peu valorisées, ou le renvoi « vers des écoles-poubelles », caricature la Fapeo, qui s’interroge : « Nos enfants sont-ils donc des déchets ? »

Bref, l’enseignement francophone est dans l’impasse, estime la Fédération, qui appelle les parents à se mobiliser pour obtenir une refonte de l’approche pédagogique et des valeurs qui la sous-tendent. « Les comparaisons internationales prouvent que la culture de l’échec est l’approche la moins performante. Inutile de persévérer dans cette voie. Nous exigeons que le monde politique prenne cette problématique à bras-le-corps pour promouvoir une vraie école de la réussite ». Une flèche est décochée au passage aux enseignants, dont il faut « revoir la valorisation des compétences et la formation ».

La Fapeo a remis sa demande de voir enfin la Communauté régler par décret la participation parentale au fonctionnement des écoles. Un facteur essentiel pour la réussite des enfants, selon elle.

Voilà le premier degré différencié

La Fapeo le reconnaît : plusieurs décrets qui tentent d’apporter des réponses aux problèmes qu’elle soulève ont été votés cette année ou sont en passe de l’être. Mais elle les qualifie de « réformettes » : « Si ces décrets partent de bonnes intentions, assène Marie-Christine Linard, administratrice déléguée, nous craignons que l’addition de mesures n’agisse guère en profondeur sur l’entièreté du système. Ce n’est en tout cas pas la grande réforme que nous attendons. »

Parmi les décrets qui produiront leurs effets dès cette année scolaire, rappelons celui qui réforme les premières années de l’enseignement secondaire en instituant un premier degré différencié. Objectif : conduire chaque jeune à son rythme à la maîtrise des compétences de base demandées à 14 ans.

Concrètement, le nouveau système introduit deux alternatives au premier degré commun. L’enfant arrivant dans le secondaire sans avoir décroché son certificat d’études de base (CEB) à l’issue de la sixième primaire sera accueilli en première différenciée. Il y renforcera ses acquis jusqu’à obtenir, après un an ou deux, son CEB lui permettant de rejoindre la 1re ou la 2e année commune.

D’autre part, l’élève qui éprouve des difficultés à la fin de la 1re ou de la 2e année commune pourra suivre une année dite « complémentaire », dans le même établissement. Celle-ci ne constituera pas un redoublement et lui permettra de bénéficier d’un suivi plus personnalisé. Le premier degré commun, de son côté, bénéficiera d’un renforcement du français et des maths et ouvrira aux élèves la possibilité d’avoir jusqu’à 4 heures de remédiation si le conseil de classe le juge utile.

Rappelons que le gouvernement s’est engagé à renforcer encore l’encadrement au premier degré de 1.200 enseignants dès la rentrée 2009.