1er Mai

DEFFET,ERIC; COPPI,DAVID; BOUILLON,PIERRE

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Mercredi 2 mai 2012

Obus rouges et bleus, Elio Di Rupo au milieu

Le monde est rouge, le monde est bleu… En s’appropriant la tête du travail comme il l’a fait (Le Soir de samedi dernier), Charles Michel a ravivé le clivage. Les bleus ont assumé et assuré à Jodoigne : lire ci-dessous. Les rouges, eux, ont contre-attaqué partout ailleurs. A commencer par Liège, terre d’élection du président faisant fonction, Thierry Giet, qui commence son discours en ces termes, au parc d’Avroy, mardi matin : « Le 1er Mai, cette année, en tant que socialiste, c’est défendre la fête des travailleurs face aux gesticulations d’une droite complètement aux abois. Opposer les vrais travailleurs à ceux qui vivent des revenus de “l’assistance” est une insulte à tous ceux qui travaillent, qui ont travaillé ou qui cherchent un travail. Le 1er Mai, ce n’est pas marcher une fois par an dans les rues de Jodoigne ! » Après lui, Jean-Claude Marcourt parle d’un 1er mai « original », « le vrai », pas celui des… « faussaires », « à Paris, sur le Champ-de-Mars – qui pourrait bien être leur chant du cygne –, ou à Jodoigne, ces pâles copies, ces détournements scandaleux de ceux qui veulent diviser les travailleurs, indiquant que les bons sont les plus flexibles, les plus soumis, et non ceux qui, comme vous, résistent »… Le ministre wallon de l’Economie cite Léon Blum, assurant que « c’est le socialisme de toujours, c’est le nôtre ». A la même tribune, Jean-Pascal Labille, président des Mutualités socialistes, décrit un monde libéral qui nous plongerait dans la nuit : « Il est temps d’allumer les grands phares, nous allons droit vers la crise systémique globale ! » Pendant ce temps, à Charleroi, Paul Magnette lance aux militants rassemblés à l’Université du Travail : « Ça, ça a de la gueule ! Ce n’est pas ce 1er mai de pacotille pour notables à Jodoigne ! » Désormais féru de Twitter, Philippe Moureaux fera savoir, lui, que « ce Premier Mai est pollué par la droite et l’extrême droite »… La bataille d’octobre L’atmosphère décrit assez la campagne qui s’annonce. Tous en parlent : les communales. Dont Thierry Giet, qui fixe – relève – ainsi l’enjeu : « Le 14 octobre au soir, les comptes seront faits, les électeurs seront appelés à désigner leurs conseillers communaux et provinciaux, mais soyez-en sûrs, certains n’hésiteront pas à faire de cet enjeu local important un enjeu national, voire communautaire. » Le président en déduit : « Il est essentiel que le PS reste la première force politique de Wallonie et de Bruxelles. » D’où l’appel aux militants : « Campagne de proximité, porte à porte, contact direct ! » La formule qui avait fait la fortune du PS, dans l’adversité, aux régionales de 2009. Et qu’il va falloir rééditer tant la partie est serrée : le MR en veut, la crise dure, Elio Di Rupo doit motiver sa politique de rigueur, et on attend toujours la relance… Une relance que Laurette Onkelinx, à Bruxelles, imagine en « dix engagements pour redresser la compétitivité et l’emploi » : réforme fiscale en faveur des rémunérations des salariés ; investissements dans le non-marchand ; nouvelle attention portée aux politiques de logement, à l’école, aux crèches, à la formation… C’est que la vice-Première voit un « New Deal » à la Roosevelt, « une réponse volontariste des Etats au malheur et au dénuement ». Pour cela, elle précise : « Nous avons besoin d’une vague européenne qui fracasse l’idéologie de l’austérité à laquelle la droite est tellement arrimée. » Ce n’est pas perdu : « En ce 1er Mai, à cinq jours de ce qui sera peut-être le premier grand moment fondateur de la gauche en Europe, nous pouvons espérer que le pire ne sera pas au rendez-vous… Nous pouvons espérer que François Hollande sera à l’Europe entière ce qu’Elio a été à la Belgique ! », ose la vice-Première. Pendant qu’à Baudour, le Montois, très « Seize », reste de marbre sous l’Internationale. DAVID COPPI

PS-FGTB

Demelenne : « L’ennemi, c’est l’extrême droite »

A la veille du 1er Mai, Daniel Piron avait allumé le feu dans La Libre. Pour le patron de la FGTB de Charleroi, le PS ne relaye plus les positions du syndicat. Et d’en appeler à la création d’une force nouvelle, à la gauche des socialistes et des écologistes.

La poussée de fièvre n’a pas eu l’effet escompté. A Liège, un responsable du syndicat s’est exprimé à la tribune de l’Action commune. A Namur, où Anne Demelenne prenait la parole pour la FGTB, des élus socialistes étaient assis au premier rang : Eliane Tillieux, Jean-Charles Luperto et Jean-Marc Delizée.

La secrétaire générale de la FGTB elle-même est restée très discrète sur les propos de son camarade carolo : « Je respecte tous les affiliés de la FGTB, je ne juge pas leurs options politiques, parce que le seul ennemi contre lequel il faut à tout prix s’insurger, c’est l’extrême droite. »

Mais Anne Demelenne sait aussi que « les mesures d’austérité ont laissé un goût amer, une grande amertume chez de très nombreux militants syndicaux. Et cela, ça m’inquiète parce que cela nourrit un terreau propice aux idées extrémistes. »

La FGTB à l’offensive : elle veut 10 % de hausse pour le salaire minimum

Le 1er Mai des libéraux et la fin de l’assistanat réclamée par Charles Michel ? Les militants de la FGTB réunis à Namur considèrent le premier comme « une usurpation » pure et simple – le lien avec Nicolas Sarkozy est souligné – et le discours du président du MR comme « une attitude pathétique ».

« On ne peut pas à la fois continuer à protéger les riches et les banques et défendre les travailleurs, nous ne l’acceptons pas », tonne Anne Demelenne à la tribune.

Mais sitôt passé cet exercice de musculation, le discours de la secrétaire générale du syndicat socialiste se concentre sur l’essentiel : « Un cinquième 1er Mai de crise ! »

La FGTB avance deux revendications fortes, elle qui se dit « prête à discuter avec les employeurs, avec le gouvernement pour concrétiser la relance économique ».

La première exigence est une affaire entendue sur les bancs syndicaux, et même au PS : pas touche à l’indexation automatique des salaires !

« Je crains la grande créativité de nos interlocuteurs, prévient déjà Anne Demelenne. Pas question d’un saut d’index, mais pas question non plus de manipulation, en sortant par exemple du calcul de l’index le mazout du chauffage. Attention ! Les familles libérale et chrétienne veulent avancer. Pour nous, je le répète, toucher à l’index serait un point de rupture sociale majeur, avant ou après les élections sociales ! »

Le lit de l’extrême droite

L’autre offensive syndicale en faveur du pouvoir d’achat, est une manière de prendre date en vue des prochaines négociations intersectorielles : « La FGTB réclame une augmentation de 10 % du salaire minimum interprofessionnel parce que les salaires sont le moteur de l’économie dans notre pays : deux tiers du PIB », explique Anne Demelenne.

La patronne de la FGTB plaide pour l’urgence. Il faut dire que la toile de fond tendue par le syndicat aurait de quoi miner le moral des plus optimistes.

A moins qu’il s’agisse de gonfler celui des militants, à l’heure du printemps : « Cinq ans que notre économie stagne, que l’emploi patauge parce que les banques ont spéculé avec notre épargne et se sont plantées. Et c’est nous qui avons dû les sauver. Et cela continue : Dexia Holding a besoin de 5 à 10 milliards supplémentaires. De qui se moque-t-on ? Cinq ans après, il n’y a toujours pas de régulation efficace en vue pour le monde de la finance… Il est grand temps de remettre de la moralité dans le monde des affaires. »

Et pas question pour l’organisation syndicale de se contenter de l’austérité prônée par le gouvernement et par l’Europe. Pour une raison fondamentale : « L’extrême droite s’en nourrit ! »

Pour Anne Demelenne, « l’avenir est au contraire, dans la relance de l’économie, la création d’emplois de qualité, le “verdissement” de l’économie, le soutien au pouvoir d’achat ». Du fameux « miracle allemand », il faudrait retenir le positif : les investissements dans la recherche et la formation.

Une question : comment financer cette relance ? Anne Demelenne a une réponse : « Avec les 15 milliards d’aides apportées sans conditions aux entreprises. »

« J’entends cette gauche déboussolée… »

En France, le Premier Mai a suscité le débat furieux que l’on sait, entre la gauche et la droite.

En Belgique, cela fait trente ans (pile) que les libéraux fêtent le travail. Et la querelle, au vrai, reste vive entre les « propriétaires » présumés du Premier Mai et les « usurpateurs ». Elle a encore chauffé, mardi. « A Liège ou Charleroi, a déclaré le libéral Charles Michel, j’entends en ce moment cette gauche aussi déboussolée qu’arrogante qui, une fois encore, va tenter de nous railler, de nous moquer… La fête du travail n’appartient à personne ! »

A l’origine, le PRL se réunissait à Liège. Louis Michel a pris le pli, ensuite, de convoquer les siens sur ses terres, à Jodoigne. L’usage est resté. Mais la formule évolue. Ainsi, longtemps réservée aux ténors-maison, l’estrade, mardi, a accueilli des représentants du syndical libéral et de l’Union des classes moyennes.

Christian Lochet, secrétaire régional wallon de la CGSLB, est en somme venu légitimer le discours libéral en faisant valoir que le MR est victime d’un procès injuste. « La dimension sociale est incluse dans le libéralisme. Elle est concomitante ! »

Une mise en garde : « Il est vrai qu’un certain nombre de demandeurs d’emploi sont en recherche… décontractée d’un emploi. Mais ne commettez pas l’erreur de penser qu’ils sont majoritaires. »

Un obus en direction des absents : le plan Marshall « ne marche pas » et le gouvernement wallon « s’autocongratule. »

Christophe Wambersie, secrétaire général de l’UCM, souligne que « c’est la première fois que l’UCM s’exprime à une fête du travail. » Il est venu défendre les indépendants « qui travaillent plus, qui font des journées de 12 heures, qui se lèvent tôt, qui ne connaissent pas l’absentéisme, la grève ou les congés parentaux ! » Il dénonce le soupçon de fraude sociale/fiscale qui colle aux basques de l’indépendant « comme si les profs ne donnaient jamais de cours privés, comme si les chômeurs ne travaillent jamais au noir, comme si les fonctionnaires n’avaient pas d’activités complémentaires. »

Il achève sur le thème de l’insécurité : « La criminalité s’est détournée des banques pour s’en prendre aux commerces de proximité. On ne peut pas accepter que des gens risquent leur vie en travaillant. »

La salle est à point. Charles Michel prend le micro et réchauffe les plats qu’il a servis le week-end à la presse.

Premier message : le travail. C’est le credo. Il faut faciliter la vie de ceux qui travaillent et entreprennent. Et il faut réduire les pièges à l’emploi (écart trop ténu entre chômage et revenu) en relevant bas et moyens salaires.

Deuxième message : le monde financier a déraillé. « Les banques doivent revenir à leur métier de base : financer des projets dans la vie réelle. Nous sommes favorables à la mise en place d’une taxe européenne sur la spéculation financière. »

Troisième message : le MR réclame un « pacte de prospérité ». Qui relance l’emploi avec effacement des cotisations patronales pour les 3 premiers emplois. Et qui facilite le crédit des petites entreprises.

Quatrième message : Michel explique la montée du populisme par le fait que les citoyens ne sont plus écoutés (là, il relance l’idée de l’élection directe des ministres-présidents et celle d’un « scrutin plus majoritaire qui permette aux gens de réellement choisir ceux et celles qui gouvernent. »)

Enfin : « La sécurité est une vraie inquiétude. » Le MR n’accepte pas que les peines inférieures à 3 ans ne soient plus exécutées.

Le président du MR envoie un dernier caillou chez le voisin : « A gauche, vous les entendez grommeler : “Ce serait pire sans nous.” Nous rétorquons : ”Ce sera bien mieux avec nous.” »

Il conclut, lyrique : « Que nos yeux brillent de l’éclat de la liberté ! Je déclare un préavis de travail ! »

Wallonie

Gheude arrête

Il invitait les jeunes à se réunir ce 1er Mai, à Namur, afin qu’ils se mobilisent pour l’avenir de la Wallonie. Son appel n’ayant été relayé par aucun média ou presque, Jules Gheude (65 ans) nous annonce qu’il « arrête tout. » « J’arrête ma réflexion politique. J’arrête d’écrire aux journaux. J’arrête tout. » Gheude avait rallié le Rassemblement wallon en 1973. Proche de François Perin, il contribue à la création du PRLW et sera un proche collaborateur de Jean Gol et Louis Michel. Gheude organise en 2009 les Etats généraux de la Wallonie, qui votent pour le scénario rattachiste. En 2010, il crée le Gewif (Groupe d’études pour la Wallonie intégrée à la France). Ecrivain, observateur avisé de la politique, Gheude se dit boycotté. « J’arrête les frais. Il n’y a plus de place pour le débat démocratique. J’arrête ma réflexion politique. » Et le Gewif aussi ? « Tout ! Je ne me manifesterai plus. Quand c’est la révolution de la frite, tous les médias sont là. Il n’y a plus de place pour les intellectuels. »

Normal

Normal

Comme de coutume, le Congrès MR du 1er Mai se tenait à Jodoigne. Et comme de coutume toujours, il a démarré par un mot d’accueil du maire local, c’est-à-dire Jean-Paul Wahl. Entre autres choses, il a lancé à la tribune : « Ce matin, nous avons travaillé – c’est normal : c’est la fête du travail. Cet après-midi, nous ferons la fête – c’est normal, c’est fête du travail. » T’en as beaucoup d’autres comme ça, m’sieur Wahl ? (P.Bn).

Winston

Parole forte de la ministre Sabine Laruelle, à Jodoigne toujours : « Il faut arrêter de voir le chef d’entreprise comme une vache à lait mais le voir comme le cheval qui tire la charrue. » Un instant plus tard, Christophe Wambersi (UCM) signalera aux congressistes que cette formule est de Winston Churchill, pas de Laruelle. Ce bon mot n’était donc pas le chien. (P.Bn)

Campagne

Le MR va engager une campagne sur le thème « L’avenir, ça se travaille » expliquant en gros le programme libéral en matière d’emploi. L’objectif de l’opération a été ainsi expliqué par Charles Michel : « Nous savons que beaucoup pensent comme nous mais ils ne savent pas toujours. » Ceci s’appelle : partir à la conquête de nouveaux électeurs en les traitant d’abord de couillons. (P.Bn)

Ciel !

Laurette Onkelinx mardi : « L’Europe se donne une image de sérieux en invoquant une souffrance qui serait nécessaire pour mériter la “rédemption“. Je ne sais pas ce que le Christ en aurait pensé – je n’ai pas d’informations privilégiées, mais comme socialiste j’y suis opposée. » (D.Ci)