11h02 : « Un geste de la BCE fort, mais insuffisant »

n.c.

Vendredi 6 juillet 2012

La décision de la Banque centrale européenne (BCE) de baisser son taux directeur à 0,75 %, un taux historiquement bas, peut-il faire sortir l’Europe de la crise ? « Cette tentative pour que les ménages désépargnent peut stimuler la consommation, et donc, la croissance », explique Pierre-Henri Thomas.

Pourquoi la BCE a-t-elle baissé le taux d’intérêt, déjà faible, d’un quart de points, pour atteindre 0,75 % ?

Pierre-Henri Thomas : « Baisser le taux d’intérêt à 0,75 % est une action symbolique, car le taux n’a historiquement jamais été aussi bas. La logique constante est de favoriser l’« argent bon marché », afin de faire redémarrer l’économie réelle et enrayer la crise de la dette souveraine en Europe. Conjointement, le taux de rémunération des livrets d’épargne s’apprête aussi à diminuer, alors que leur niveau de remplissage est actuellement très important, en atteignant 226 milliards d’euros. Cette tentative pour que les ménages désépargnent peut stimuler la consommation, et donc, la croissance. Toutefois, cette baisse ne va pas inciter les ménages à consommer et les entreprises à investir beaucoup plus que lorsque le taux directeur était déjà très bas, à 1 %. En fait, il s’agit surtout de rassurer les banques, qui ont peur d’octroyer des crédits. Finalement, le maître mot est de restaurer la confiance sur le marché bancaire, socle de l’activité. »

En quoi consiste la seconde mesure annoncée par la BCE ?

Pierre-Henri Thomas : « Cette décision est tout aussi importante que la baisse du taux directeur, définissant le coût de financement des banques commerciales par la BCE. En fait, les banques centrales – pas seulement la BCE – imposent aux banques commerciales de déposer des réserves financières dans leur coffre. Ces « réserves obligatoires » permettent de moduler l’inflation, et, in fine, l’activité économique. Plus le niveau des réserves obligatoires est élevé, plus l’inflation est limitée car le crédit est resserré, mais moins l’activité économique est dynamisée. En outre, ces réserves obligatoires bénéficient d’une rémunération. Ainsi, la BCE a, également, décidé de diminuer le taux de rémunération des réserves obligatoires, afin d’encourager les banques commerciales à proposer des crédits aux ménages et aux entreprises. Mais la corrélation de cause à effet n’est pas toujours linéaire. La mesure est importante, mais les impacts positifs sont, donc, à déterminer. »

La BCE s’engage-t-elle vers un système efficace pour enrayer la crise économique européenne ?

Pierre-Henri Thomas : « Un signal fort a été donné. Mais la confiance n’a toujours pas été restaurée, et plusieurs actions politiques restent à impulser. En outre, les prévisions de croissance, pour la Belgique, de seulement 0,4 % en 2012, et d’un peu plus de 1 % en 2013, compliquent le paramétrage économique et les leviers activables. La zone euro affiche des prévisions de croissance inférieures, et risque d’être en récession pour le deuxième et troisième semestre 2012. En outre, les objectifs de réduction du déficit laissent entrevoir de nouvelles mesures d’austérité, problématiques pour stimuler la croissance et l’emploi. Finalement, le geste de la BCE est insuffisant, alors que les décideurs européens disposent de tous les moyens nécessaires ; les blocages restent persistants pour apporter une totale confiance à tous les acteurs – banques, ménages et entreprises. Aux Etats-Unis, la politique budgétaire est moins restrictive, la fiscalité a été adaptée et des mesures ont été prises contre la spéculation. Surtout, outre-Atlantique, le système financier a été rassuré : la Fed, la banque centrale américaine, peut injecter des fonds et liquidités pour aider les banques commerciales et le Trésor public. Or, en Europe, l’Espagne et l’Italie empruntent toujours à 6-7 %. Désormais, les Etats de la zone euro se doivent de

« parler d’une seule voix », pour que la BCE puisse se doter d’un mandat d’action élargi. »

Martin Cangelosi (St.)