20.000 personnes contre Mittal

DE BAST,ANNE-CATHERINE; BODEUX,PHILIPPE; DORZEE,HUGUES

Jeudi 8 décembre 2011

Social Manifestation dans les rues pour la défense de la sidérurgie

Un bulldozer maculé de suie ouvre le cortège. Symbole d’une sidérurgie puissante et laborieuse. Poussiéreuse ? Les métallos liégeois veulent croire le contraire. « Nous nous battons pour la sauvegarde de la sidérurgie parce qu’elle produit de l’innovation. Or, avec la fermeture du chaud décidée par Mittal, c’est toute l’industrie qui est menacée de mort », explique Jordan Atanasov, permanent CSC.

Ce mercredi, la manifestation liégeoise pour le maintien de la sidérurgie a été à la hauteur des espérances : derrière les métallos, nous avons compté près de 20.000 personnes aux motivations fort diverses.

« L’austérité, ça sent le pavé », clame un calicot de la FGTB. « Les mesures de prolongement des carrières vont surtout pénaliser les femmes, elles qui n’ont pas de carrière linéaire et complète », s’insurge une déléguée syndicale de chez Dexia. La CGSP et les Cheminots défendent les services publics, la Fédération des étudiants francophones la qualité de l’enseignement.

Beaucoup attaquent le « grand capital » : « ArcelorMittal sans notre travail ton capital ne vaut pas une balle », « Mittal, chacal » ou encore « Full Mittal racket ». « Chers amis, chers camarades demandez notre top 50 des entreprises qui paient moins de 1 % d’impôt. Stop à ces cadeaux », clame, sur un podium digne d’une échoppe de la Batte, le chef de file liégeois du PTB qui harangue les manifestants.

Une chorale entonne des chants révolutionnaires, des pétards en rafale secouent les tympans. « On voit que les gens ont besoin de descendre dans la rue pour manifester leur perte de confiance en l’avenir, analyse un délégué syndical. Or, notre système économique, de moins en moins planifié, est très dépendant de la confiance des travailleurs, des consommateurs ». « Nous sommes au bord de l’implosion », prédit un autre.

Des travailleurs d’ArcelorMittal Genk partagent l’inquiétude des camarades. « La fermeture des outils, c’est ce qui nous attend. Nous devons être solidaires au niveau européen », déclare un délégué du nord du pays. Une délégation de sidérurgistes de Dunkerque est également de la partie.

Sur la façade du cinéma Sauvenière, un grand voile noir a été tendu par les travailleurs des « Grignoux », eux aussi dans le cortège. Les profs des écoles communales, les travailleurs des maisons médicales, des flopées de délégation d’entreprises, des hommes politiques, les drapeaux du PC : le cortège est bigarré, bravant la pluie et les grêlons.

À l’arrivée, devant la statue de Charlemagne, les délégations CSC et FGTB défendent la « nationalisation de Cockerill ». Et se donnent déjà rendez-vous pour la suite du combat en 2012. « Luxembourg ! ».

P.25 Vers une sidérurgie publique ?

« Génocide social » ou le sens de la mesure

« Génocide social » ou le sens de la mesure

« Mittal, arrête ton génocide social ! ». Dans le genre slogan démesuré, voire indécent, les syndicats ont fait fort ! Adopté officiellement en 1948 par les Nations Unies et repris par la Cour pénale internationale en 1998, le terme « génocide » est une notion juridique précise qui vise l’extermination physique, intentionnelle, systématique et programmée d’un groupe national, ethnique, racial ou religieux. La fermeture programmée des hauts-fourneaux est un drame social, tout le monde est d’accord là dessus. Mais mettre celle-ci en lien avec la destruction massive des Arméniens, des Juifs, des Tutsis et des Bosniaques, c’est tout bonnement inopportun. Les syndicats ont-ils perdu le sens de la mesure ? Dommage : car ce qui est excessif est souvent insignifiant… (H. Do. )

La place Cockerill devient place de la nationalisation

En prélude à la manifestation, le Setca a symboliquement rebaptisé la place Cockerill en « place de la Nationalisation », pour souligner leur souhait de « rendre la sidérurgie aux Liégeois ». Pour Egidio Di Panfilo, secrétaire général du Setca-Liège, « une mise sous statut public permettrait de maintenir une sidérurgie intégrée à Liège. L’un de nos hauts-fourneaux est le plus performant du groupe et nous avons le meilleur centre de recherche. Une nationalisation n’est pas utopique. » (A-C. D. B.)