Le Darfour à la loupe
CHAMBONNET,PIERRE
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Samedi 14 avril 2007
Internet Le génocide oublié désormais livré à la vue de tous
En un clic de souris, le logiciel Google Earth permet de mesurer l'étendue de la tragédie qui s'y déroule.
Mercredi, Google Earth a officiellement lancé, conjointement avec le United States Holocaust Memorial Museum de Washington, son projet intitulé « Crisis in Darfour ». Le but ? Sensibiliser le plus grand nombre à une tragédie qui peine toujours à mobiliser l'opinion publique et la communauté internationale. « Nous travaillons à la prévention des génocides, a indiqué Sarah Bloomfield, la directrice du Musée américain de l'Holocauste. Nous espérons que cette importante initiative avec Google rendra plus difficile au monde d'ignorer ceux qui ont le plus besoin de nous. »
Avec toute la facilité d'utilisation du logiciel qui propose des vues satellitaires et aériennes du monde entier, l'internaute peut aujourd'hui zoomer depuis son écran d'ordinateur sur 1.600 villages dévastés ou entièrement détruits au Darfour. 130.000 édifices en ruine sont ainsi répertoriés géographiquement, sur cette gigantesque carte de l'horreur. Tout aussi parlant, à l'échelle du plus grand pays d'Afrique, des taches blanches à perte de vue dans le désert : les tentes des populations déplacées dans les camps de réfugiés.
L'aspect ludique de cette abondante source d'informations confère à cette radioscopie d'un massacre une dimension singulière. Et, pour compléter ce voyage virtuel au coeur d'un génocide, des images (photos et vidéos), des statistiques et des témoignages sont également disponibles. Car, pour aider à la visualisation globale de la crise du Darfour, Google Earth met à disposition les données et documents collectés auprès de l'ONU, des ONG sur place et du Département d'Etat américain, entre autres. La province ainsi cartographiée a l'allure d'un impressionnant portfolio interactif, où des graphes en trois dimensions permettent, par exemple, de se faire une idée précise du nombre de personnes déplacées par région.
« Mettre les nouvelles technologies au service d'un monde meilleur », déclarait mercredi à Washington avec solennité Eliott Schrage, le responsable de la communication de Google au lancement de « Crisis in Darfour ». Pour expliquer leur démarche, les auteurs du projet ont insisté sur leur volonté d'apporter la preuve des atrocités commises au Darfour. « Nous voulons donner aux 200 millions d'utilisateurs de Google Earth la possibilité de comprendre la situation au Darfour. »
Une intention plus que louable après quatre années de conflit qui ont provoqué des ravages considérables. Car les efforts de sensibilisation sur l'Ouest soudanais - y compris ceux de personnalités médiatiques (George Clooney en tête) - restent peu suivis d'effets sur l'opinion publique. Mais la mise en scène de l'information en provenance du Darfour pose plusieurs questions.
« On trouve sur internet de plus en plus de cartes thématiques, des documents enrichis dans le but de synthétiser des problématiques pour le grand public, commente le géographe Patrick Poncet, maître de conférences à Sciences Po, Paris. L'initiative de Google par rapport au Darfour s'inscrit clairement dans ce cadre. Mais l'enrichissement multimédia d'une carte dépasse toutes les règles de la cartographie. On ne peut plus parler de carte, mais de mise en image d'un espace. La cartographie devient un média, un objet de connaissance sociale. Ce n'est plus la technique de représentation, domaine réservé des scientifiques et du pouvoir. A ce titre, elle a ses limites qui sont celles des médias traditionnels, comme la valeur des sources d'information, par exemple. »
