Un faux jeu pour sensibiliser aux dons d'organes

DEMONTY,BERNARD

Vendredi 1er juin 2007

La chaîne néerlandaise BNN a organisé un faux jeu où une donneuse choisit à qui elle donnera un rein.

Mesdames et messieurs, bienvenue dans cette émission. Une émission que le Parlement a tenté de faire interdire. Sans succès, heureusement. Car nous allons rendre un patient heureux avec un nouveau rein. Notre donneuse va donner une nouvelle vie à une personne qu'elle va rendre heureuse. »

Sur un plateau coloré, illuminé et devant 200 spectateurs enjoués, tels sont les premiers mots du présentateur. Si l'on coupe le son, on croit assister à une émission normale. A un jeu anodin, pour gagner un voyage, une télé.

Durant quelques secondes, les titres de quotidiens néerlandais condamnant l'émission apparaissent à l'écran. Comme des trophées, la chaîne diffuse des extraits de journaux télévisés étrangers, qui s'offusquent. « Heureusement, cette émission aura lieu, poursuit le présentateur. Heureusement, car chaque année, aux Pays-Bas, 200 personnes meurent faute d'avoir reçu un rein. Deux cents personnes, c'est le nombre de spectateurs que nous avons ici, dans ce studio. »

Comme pour n'importe quel jeu télé, car c'en est un, le programme est distillé goutte à goutte, histoire de faire monter la tension. Le présentateur présente la donneuse, Lisa. Atteinte d'une tumeur au cerveau, il lui reste six mois à vivre. « Je suis contente de pouvoir permettre à quelqu'un de vivre. Et c'est pour cela que je veux choisir quelqu'un qui fera de sa vie quelque chose de beau. » La donneuse est sereine. Pas de trac. Pas d'états d'âme, non plus.

D'autant moins qu'elle a dû, elle-même, éliminer une dizaine de candidats. Elle a exclu les chômeurs, « qui ont peu de perspectives ». Les plus jeunes, qui ont davantage de chances de recevoir un rein. Et ceux qui, eux-mêmes, ne sont pas donneurs d'organes, « parce qu'il ne faut pas pousser ».

Paisiblement, la vie des trois candidats défile ensuite à l'écran, à coup de reportages successifs. Objectif : permettre à la donneuse de déterminer qui a le droit de vivre, qui a une vie qui mérite d'être poursuivie, grâce à elle.

Les téléspectateurs font connaissance avec la famille des patients, aussi. Qui disent que le rein permettra à leur proche de poursuivre sa brillante carrière, ou de sortir de la déprime...

Au fil du programme, les téléspectateurs peuvent voter pour leur « candidat à la survie » favori. De petits graphiques s'affichent de temps en temps, pour mesurer l'avancement de chacun. Puis Lisa pose aux candidats des questions « de conscience » : « Accepteriez-vous un rein d'un tueur en série ? »

Lisa, la donneuse, commente. « C'est un choix difficile, je vais quand même donner à quelqu'un 32 ans de vie. »

Au moment de désigner le vainqueur, le présentateur arrête la mascarade. Les candidats et la donneuse sont des acteurs... « Nous avons voulu sensibiliser les Pays-Bas à l'importance des dons d'organes. » A quel prix ?

Pas de résultats.