Elections Les petits partis et leur double combat : convaincre et survivre : Les électrons libres de la politique
VANDEMEULEBROUCKE,MARTINE; DANZE,HUGUES
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Mercredi 6 juin 2007
Les électrons libres de la politique
Elections Les petits partis et leur double combat : convaincre et survivre
En 2003, les petits partis ont séduit 5 % de l'électorat. Zoom sur ceux qui se disent en marge du système.
Il est vrai que la division est la règle. Au sein d'un même courant idéologique, les sous-chapelles se disputent les fidèles. Ce 10 juin, l'extrême gauche présente trois listes : le parti communiste, CAP (Comité pour une autre politique) qui camoufle le MAS (Mouvement pour une alternative socialiste, trotskyste), et le PTB (maoïste). Ce dernier apparaît comme le seul parti de la gauche radicale doté d'une certaine consistance et susceptible de capter les votes de protestation habituellement récoltés par l'extrême droite. Le mouvement wallon, lui, se décline entre indépendance et rattachisme. Sans compter toutes les nuances des nostalgiques de la Belgique unie.
Aiguillons de la démocratie pour les uns, gouffres de voix perdues pour d'autres, les petits partis drainent les suffrages des indécis ou des déçus des partis traditionnels. Le CDF (Chrétiens démocrates fédéraux) cible ceux qui n'ont pas digéré l'abandon de la référence chrétienne du PSC devenu CDH. Vélorution séduira les environnementalistes purs et durs d'Écolo. Ils sont en marge du système et en sont fiers.
Antoine, militant PTB : « Je voulais faire de la politique autrement »
ENTRETIEN
Comment passe-t-on du PSC à un parti d'extrême gauche ?
J'ai toujours pensé qu'il y avait plein de choses qui ne fonctionnaient pas bien dans cette société et qu'il fallait bouger. Quand je suis arrivé à Louvain-la-Neuve, je me disais communiste. J'ai rencontré Comag, le mouvement des jeunes PTB, et cela m'a donné envie de m'investir dans ce parti.
Pourquoi ce parti-là ?
Par rapport aux partis traditionnels, la question ne se posait même pas. Dans les autres partis d'extrême gauche, vous trouvez soit des très jeunes, soit des très vieux. Ici, je vois toutes les classes d'âges. Et je suis touché d'y voir des gens engagés depuis vingt ans et qui n'ont pas renoncé à leurs idées. Le PTB est tout de même le plus important des partis de gauche. Ce qui me motive, c'est l'envie de faire de la politique autrement. Ecolo a mis en place de nouvelles manières de fonctionner mais cela reste un parti capitaliste qui ne remet pas en cause le système économique.
Le PTB cible les taxes et les impôts. N'est-ce pas un peu démagogique ?
Non, les taxes sont un point de départ pour évoquer les inégalités et proposer la taxation en fonction des revenus.
Etudier, passer ses examens de seconde licence et faire campagne, c'est possible ? Comment devient-on tête de liste ?
On cherchait une tête de liste avec un minimum de bagage théorique pour répondre aux interviews, participer à des débats. Pour le Brabant wallon, le premier objectif du parti était de lancer une liste, d'être visible. C'est vrai, ce n'est pas facile pour le moment. Je suis en examens et la campagne tombe assez mal car les étudiants sont peu contactables. Je pourrais m'investir davantage mais je suis seul, alors je fais surtout un travail de contact. Les étudiants iront voter partout en Wallonie. Mais si j'arrive à convaincre certains de voter pour le PTB, peu importe que ce soit à Liège ou Nivelles. C'est une voix en plus pour le parti.
On dit les étudiants peu politisés...
Il est vrai que beaucoup d'étudiants vont refuser de s'investir dans la politique telle qu'on l'entend habituellement. De participer à des débats par exemple. Beaucoup sont intéressés par des sujets politiques mais de là à agir concrètement...
N'est-ce pas frustrant de faire campagne en sachant qu'on n'aura pas d'élus ?
On ne fait pas de la politique pour avoir des élus. Cela ne se résume pas à cela. Créer un réseau en Brabant wallon, c'est aussi une manière d'en faire. Mon investissement ne s'arrêtera pas le 10 juin. Il y a encore beaucoup à faire dans cette région où vit aussi une population précarisée. De 99 à 2004, on a doublé nos voix en Brabant wallon même si elles restent peu nombreuses.
Les « objecteurs de croissance » à l'assaut des pollueurs
« J'ai pensé à appeler ma liste, parti pour la décroissance. Cela aurait donné le sigle PD, précise-t-il, rigolard. Mais qu'on ne s'y méprenne pas : Vélorution n'a rien d'une provocation à la Charlie Hebdo même si son créateur se réfère à Gébé, qui dans les années 70 appelait à « arrêter tout et réfléchir ».
Réginald de Potesta est habité par le sentiment de l'urgence : celui de réagir au réchauffement climatique par des mesures radicales. Dont la principale consiste à attribuer à chaque individu un « quota » d'émissions de gaz à effet de serre, qu'il dépenserait en payant gaz, carburant, ticket de train, électricité et qui irait en décroissant au fil des années. Si l'on épuise son quota, il est possible d'en acheter aux plus économes. Sinon ? « Il faudra s'acheter de gros pulls pour passer l'hiver ».
Une proposition devrait ravir les riverains de Zaventem : réduire les vols de 90 % d'ici 2030. Les quelques véhicules autorisés en ville verraient leur vitesse limitée à 30 km/heure.
Cibler les électeurs Ecolo
Réginald de Potesta traite avec sévérité les programmes des partis traditionnels : pas question de limiter de 25 à 30 % les émissions de C0
Réginald est un déçu d'Écolo dont il a été membre actif. « C'est devenu un parti d'installés, estime-t-il. Il reproche aux verts de ne plus être assez radicaux dans leur combat pour l'environnement et ne cache pas qu'il vise leur électorat. Comment se positionne Vélorution sur le plan social ? « Le spectacle gauche-droite m'ennuie. Mais nous sommes plutôt à gauche car je veux un système social qui n'exclut personne », confie ce descendant d'une famille noble - « d'une de ses branches fragiles », précise-t-il.
Vélorution présente à Bruxelles une liste de 9 candidats effectifs : enseignants, militants antifascistes, antipublicité... Pas facile de récolter les 500 signatures, pas évident de se faire connaître, soupire Réginald qui espère obtenir un siège « et donner un signal politique fort à Écolo ». La suite ? Des états-généraux sont annoncés pour 2008. En attendant le scrutin régional.
Wallons z'enfants de la patri-ie, le jour de gloire va arriver
Rassemblement Wallonie France. Le bébé de Paul-Henry Gendebien, ancien président du Rassemblement wallon. Présentant des listes dans l'ensemble des circonscriptions francophones, ce parti se distingue par un programme clairement axé autour de l'idée de river la Wallonie et Bruxelles à la France. « Nous sommes loyalistes, légalistes et républicains », explique Gendebien pour marquer sa différence.
Le patron se présente comme tête de liste au Sénat où il sera suivi de Lise Thiry, ancienne sénatrice socialiste et scientifique de renommée internationale.
Objectif du parti rattachiste : faire mieux qu'en 2003 où Gendebien et ses amis avaient réalisé un score de 1,3 %. Faible, ce qui n'empêche pas l'homme de poursuivre le combat, parce que, dit-il, « les tabous sont en train de tomber. Les gens savent qu'un jour il faudra faire un choix. »
Wallon. Cartel né en novembre 2005 d'un rapprochement entre le parti France, le Rassemblement wallon (en fait la section hennuyère, seule survivante du glorieux ancêtre des années 70), les Citoyens wallons et le mouvement Socialisme démocratique. Avec son petit millier de militants, le cartel n'a pu présenter des listes qu'en Hainaut, à Namur et à Liège, ce qui en fait le parti de la dorsale wallonne par excellence. Son programme : l'indépendance de la Wallonie qui, une fois proclamée, déboucherait sur un référendum d'autodétermination à propos du rattachement à la France. Ce qui le différencie du RWF de Gendebien : « On ne veut rien négocier avec Bruxelles », confie Marie-France Jarbinet (tête de liste à Liège), présidente de France.
Parti wallon. Créé en août 2006 à la veille des élections communales du 8 octobre par Emile Cantiniaux, ancien du Rassemblement wallon de Gendebien et présent sur les listes France aux dernières législatives. La raison de cette soudaine prise d'indépendance ? « Nous ne sommes pas rattachistes, précise le président Cantiniaux. On veut une Wallonie libérée du joug des Flamands. Nous sommes un parti républicain, indépendantiste, radical et wallon. » Tout petit en taille, le Parti wallon, faute de combattants, ne présente des listes que dans la seule province du Hainaut. De sympathiques utopistes qui rêvent tous de vivre un jour leur heure de gloire.
