Extrême droite : la bête ne dort que d'un oeil

VANDEMEULEBROUCKE,MARTINE

Vendredi 8 juin 2007

Le tassement de l'extrême droite ne signifie pas que la bataille est gagnée. La vigilance reste de mise car la bête pourrait se réveiller là où on ne l'attend pas. L'éditorial de Martine Vandemeulebroucke.

C'est comme un frémissement. La presse flamande refuse des publicités pour le Vlaams Belang. Le parti lui-même s'attend à un score inférieur à celui des régionales de 2004. À Bruxelles, les sondages sont mauvais pour le FN comme pour le VB. Et en Wallonie, on prédit un tassement de l'extrême droite.

Mais ce tassement représente tout de même un taux de 7 ou 8 %. Trop de toute façon. On voudrait y croire. On voudrait ne pas se réveiller lundi, à nouveau groggy par des dimanches toujours plus « noirs ». L'extrême droite, francophone surtout, est une bête imprévisible qui exige la vigilance car elle se réveille là où on ne l'attend pas toujours.

A-t-on sous-estimé son potentiel de nuisance au cours de cette campagne électorale ? Tout se passe comme si elle ne comptait pas ou si peu. Point positif : même en Flandre, on n'a pas vu des partis démocratiques jouer la stratégie Sarkozy de pêche en eaux troubles. Pas ou peu de petites phrases assassines sur l'immigration, l'insécurité. Mais si les électeurs ont réussi à comprendre un peu les enjeux en matière d'emploi, d'environnement ou de justice, c'est surtout grâce au travail des médias. Car pour le reste, tout s'est focalisé sur des personnes, sur des Premiers ministrables comme on prend des paris sur des chevaux. Le débat d'idées a été remplacé par de la musculation des présidents de parti, des ukases de cours de récré qui passent sans doute complètement au-dessus de la tête des électeurs.

D'accord, on sait qu'il est inopérant de s'en prendre aux partis d'extrême droite en tant que tels. Que la victimisation les engraisse. Mais ils restent les baromètres d'un mal profond, dont les causes sont multiples mais connues : insécurité au sens large du terme, perte du lien social, des valeurs de solidarité et surtout rejet du politique. Les partis le savent mais tout se passe comme s'ils étaient incapables de remettre en cause leur fonctionnement, leur manière de communiquer avec les électeurs, d'imaginer d'autres formes de participation des citoyens que de se limiter à déposer un bulletin dans les urnes tous les ans ou presque. Alors si, dimanche, l'extrême droite se tasse, ce sera vraiment une belle surprise.

Pas de résultats.