Beigbeder cherche la super bimbo en Russie

DE DECKER,JACQUES; MAURY,PIERRE

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Vendredi 15 juin 2007

contre

Beigbeder devient assommant. Ce n'était pas prévu dans la carrière d'Octave. A ce train-là, il va mal finir, Octave. Il était tout pétillant à l'époque de 99 francs, publicitaire rompu aux slogans qui frappent et aux jeux pailletés du paraître. Depuis, il a quitté le monde de la publicité (comme Beigbeder). A épousé la cause de la beauté absolue dans sa recherche de la femme parfaite - pour la publicité, quand même. Les mannequins font vendre : « Savoir ce qui ferait bander les mecs était mon job. Les filles qui font consommer les femmes sont celles qui excitent leur mari. » On s'en doutait un peu.

Toujours est-il que voilà Octave en Russie, à draguer des minettes qui veulent être célèbres et gagner beaucoup d'argent (dans le désordre), à résister parfois, à se laisser séduire souvent. Surtout une fois, la dernière. Lena a quatorze ans, elle est parfaite. Octave en est fou.

Bien. C'est un livre, on peut tout faire. Sauf devenir ennuyeux. Et Octave, en pleine crise de la quarantaine, l'est devenu très vite, avant même de parler de Lena. Il ressasse sans cesse les mêmes tourments et aligne les lieux communs avec une constance exaspérante.

Pour ne rien arranger, la recherche de la beauté sublime dérape dans une longue confession versée dans l'oreille d'un pope très patient - le lecteur l'est souvent moins devant les mêmes tourments, les mêmes lieux communs... Et comme, dans un roman, il faut de l'action, Beigbeder ajoute un faux suspens dont on ne comprend pas la raison.

Octave, au fond, n'aime pas les femmes. Il n'aime que lui-même. Il cherche à se rendre intéressant. Il est comme un ivrogne importun qui, dans un bar, ne vous lâche pas avant d'avoir fini de vous raconter une histoire qui ne vous intéresse pas. Surtout racontée avec l'air de ne pas savoir comment finir.

Heureusement, Beigbeder a dépassé la quarantaine et, espérons-le, la crise. Cela devrait aller mieux la prochaine fois.

pour

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Beigbeder est de ces gens qui tendent les verges pour se faire battre. Le plus souvent, il ne l'a pas

Beigbeder est de ces gens qui tendent les verges pour se faire battre. Le plus souvent, il ne l'a pas volé. 99 francs, dont sort la version filmée, ne valait pas le bruit qu'il fit. Windows on the World ne volait pas aussi haut qu'il l'aurait voulu. Mais Au secours pardon, c'est autre chose. Il est à ranger avec le meilleur Houellebecq et le plus flamboyant Moix parmi les dénonciations souffrantes et sulfureuses de notre monde pris de folie.

La plus décisive mutation qu'ait connue la Russie depuis la chute du Mur n'est pas politique, économique, sociale, mais culturelle. En moins de vingt ans, elle est devenue la caricature déjantée de son adversaire de jadis, et peut-être de demain. La révolution passe par les corps, les moeurs, les mentalités. Une société qui croyait avoir fait fi de l'argent s'est vénalisée à toute allure. Son puritanisme qui n'était peut-être que de surface (« Pendant trois quarts de siècle, le sexe fut la seule distraction des Russes (avec la vodka et la délation) », diagnostique Beigbeder) s'est mué en une débauche généralisée. Si l'auteur n'avait dit que cela, son livre n'aurait pas dépassé le niveau du reportage un peu hot.

Mais comme son Octave est un autre lui-même, il nous offre en prime la confession d'un enfant de notre siècle, avec les qualités et les défauts d'un Musset d'aujourd'hui : sens de la formule, dénonciation pertinente, mais complaisance et geignardise. De l'exhibitionnisme, mais d'étranges pudeurs. Cri d'angoisse, mais foi en la compassion. Le titre annonce d'ailleurs très bien la couleur.

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