Union européenne : l'ère des divisions ne fait que commencer

KUCZKIEWICZ,JUREK

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Lundi 25 juin 2007

Le résultat du sommet européen a livré des raisons de se réjouir comme des raisons de pleurer. On rangera parmi les premières le fait inouï que l'accord de samedi fait passer 80 % des innovations institutionnelles du défunt Traité constitutionnel. Ensuite, avec Angela Merkel et Nicolas Sarkozy - et demain, espérons-le, Gordon Brown -, des leaders européens capables de mouiller leur chemise, et d'y employer une intelligence et une force incontestables, sont nés.

Il était temps. Ce ouf de soulagement poussé, ce qui reste sur table n'encourage pas à l'optimisme. Les euro-enthousiastes regrettent que l'heure ne soit pas encore, ou plus, au rêve européen, avec son hymne, sa Constitution, ou l'appellation de ministre européen. C'est peut-être triste. Mais le plus dur n'est pas que l'ère du romantisme n'a pas démarré ; c'est que celle des divisions ne fait que commencer. Car il faut bien se rendre à l'évidence, que la négociation qui a failli capoter portait sur les modalités de fonctionnement des institutions, et pas encore sur les défis essentiels de l'Europe : gouvernement économique et mondialisation, immigration, lutte contre le réchauffement climatique, sans parler de la remise en cause de la Politique agricole commune, une bombe européenne en soi, ou des élargissements... Lorsque les 27 forces divergentes que l'on a vues à l'oeuvre ces jours-ci entreront en collision sur ces dossiers vitaux, on regrettera la nuit de l'autre jour comme le bon vieux temps.

Enfin, on retiendra l'attitude des dirigeants polonais : leur tentative de « goujatisation » du débat politique, qu'ils ont mise en oeuvre avec beaucoup de succès déjà dans leur propre pays, leur a fait brûler ce qui restait de la crédibilité polonaise. Les fameux « jumeaux » devront pourtant méditer comment, pendant qu'ils irritaient tout le monde en galopant comme des chevaux fous, les Britanniques ont tranquillement réussi à obtenir satisfaction sur des exigences autrement plus lourdes que les leurs. En Union européenne, où le Premier ministre luxembourgeois Jean-Claude Juncker pèse plus lourd que les deux jumeaux polonais, l'intelligence et la capacité de négocier paient toujours mieux que la pondération des votes. Pourvu que cela dure.

Pas de résultats.