« Allô, les verts ? »

COPPI,DAVID; VAES,BENEDICTE

Mercredi 27 juin 2007

La présidente du CDH, Joëlle Milquet, secoue Ecolo : « Il ne faut pas s'exclure du pouvoir ! » Et juge que l'orange bleue n'est pas la seule coalition possible. Entretien.

Se hisser au gouvernement fédéral ? Joëlle Milquet s'interroge. Attend son heure. Et relance le jeu politique alors que l'« informateur » Reynders achève sa mission...

Comment vous sentez-vous ? On dit le CDH dépité par son score wallon, perplexe face à l'avenir. On dit que vous allez à reculons dans la future coalition...

Qui dit ça ? Est-ce que j'ai l'air de mal aller, franchement ? Je suis quelqu'un d'énergique, mais aussi de calme, de serein, de prudent. J'analyse. Voyons : quelles familles ont gagné les élections belges ? Pas les socialistes : ils perdent 14 sièges. Ni les libéraux : ils perdent 10 sièges. Mais la famille « orange » : le CD&V gagne 9 sièges, le CDH 3. Et la famille verte fait un groupe à la Chambre.

Les perdants, ce sont les familles socialiste et libérale. Celle-ci prend le leadership sur l'autre. Axée sur les affaires, la campagne a produit des votes purement conjoncturels. Exactement comme l'a fait la dioxine en 1999. On voterait aujourd'hui, après les changements qui viennent d'intervenir à Charleroi, les votes seraient très différents.

Pour moi, l'électeur a donné un signal bicolore : orange et vert.

Vous dites aux verts : vous devez monter dans la majorité ?

Nous, on est prêts à prendre nos responsabilités. J'aimerais bien que les verts aient la même attitude. Ils ont fait leur campagne sur « Ecolo, maintenant ». Ils ont gagné. Ils ont la possibilité d'avoir un ministère du Climat, comme le CDH le demande. Et ils resteraient dehors, malgré l'immense urgence climatique ? En politique, on se mouille ! On prend des coups. On met les mains dans le cambouis, comme Jean-Jacques Viseur à Charleroi. On ne fait pas les chochottes quand on a un mandat de l'électeur.

Ecolo ne veut pas monter dans une majorité où il n'est pas arithmétiquement indispensable...

Serait-il à ce point faible qu'il n'aurait pas confiance en lui ? Dit-il : « Nous irons dans une majorité avec le PS ou rien ? » Ce n'est pas ce qu'il a dit en campagne ! Pensent-ils qu'on peut faire de la bonne écologie sans les verts ? Se fichent-ils qu'on n'en fasse pas ? Moi, je les interpelle. Je leur dis qu'il ne faut jamais s'auto-exclure. Je leur demande : sont-ils courageux et responsables ?

Vous dites : il faut du vert dans l'orange bleue ? Vous vous basez bien sur cette hypothèse ?

C'est la presse qui fait des hypothèses. Avec l'informateur, je n'ai jamais abordé les coalitions. Il n'y a eu aucune rencontre entre de futurs coalisés. Point. Il ne se passe rien d'autre. On est dans l'attentisme total. Nulle part.

L'orange bleue n'aurait pas la majorité des deux tiers. Vous croyez qu'il la faut ?

Cela dépend avec qui, et pour quoi faire. En termes institutionnels, nous sommes opposés à toute réforme contraire aux intérêts des francophones. Ce n'est pas neuf, mais je le redis. Je n'entends pas ça partout. Nous voulons travailler avec les francophones, en concertation étroite.

Aux yeux des Flamands, vous allez apparaître, plus que jamais, comme « Madame Non ».

J'ai dit « non » avant, je dis non après. Nous, nous sommes cohérents. En campagne, le MR n'a pas arrêté de dire : voter CDH, c'est voter CD&V. Et puis, le soir des élections, il a montré son grand amour pour Yves Leterme. Nous, nous n'avons pas de problème personnel avec l'homme. Il est très compétent. Il a des qualités d'homme d'Etat. Mais nous avons, avec lui, un problème institutionnel majeur. Et nous ne sommes pas prêts à plier.

Vous êtes d'accord avec Charles Michel ? Il faut faire vite, boucler le socio-économique ?

Si c'est pour lâcher, je préfère être ferme longtemps. Mais on peut discuter du programme. Si on se met d'accord sur une politique d'emploi très dynamique, très différente de celle de Verhofstadt, en phase avec les spécificités régionales, on peut arriver à rogner les ambitions flamandes de régionalisation. Le temps et l'été font tomber les fièvres institutionnelles.

Il faut un démineur ? Lequel ?

J'ai lu qu'on cite Dehaene. On connaît son intelligence, sa créativité, sa connaissance de la complexité belge. Au Roi de choisir. Les choses sérieuses vont seulement commencer. Personne ne discute encore de coalition.

Transférer des compétences à la Wallonie, ça revient à les donner au PS... Le MR dit ça. Cela passe la rampe en Flandre ?

Quand on refuse de transférer des compétences, c'est pour garder un Etat fédéral fort ! Les libéraux seraient-ils d'accord de tout régionaliser dès lors qu'ils seraient, eux, aux commandes à la Région ? Où va-t-on ? Soyons sérieux. On connaît les risques d'une régionalisation pour la concertation sociale, la formation des salaires, le droit du travail, etc. Oui, c'est vrai, nous ne voulons pas que l'on touche à cela.

A vous entendre, on a l'impression que vous n'avez vraiment pas envie d'aller au pouvoir avec les libéraux...

Les coalitions m'importent moins que les programmes. Je ne rejette aucune hypothèse. Chacune a des avantages et des inconvénients. Celle dont on parle le plus dans les médias, l'orange bleue, n'est pas nécessairement la seule. Les choses peuvent bouger d'un jour à l'autre, pendant l'été. Il peut y avoir des blocages, ou un appel à d'autres acteurs.

Une législature fédérale coupée après deux ans par les élections régionales, c'est praticable ?

Il faut faire un gouvernement pour quatre ans, avec un vrai programme. Je crains très fort que, pour certains, il ne soit qu'un outil pour la campagne électorale de 2009... C'est le risque. Le temps que le gouvernement soit constitué, que la nouvelle équipe soit opérationnelle... Il restera quelques mois utiles avant la rentrée de septembre 2008, et la campagne de juin 2009...

La solution ? Regrouper les scrutins en 2009 ? Fédéral compris ?

Ce serait un peu tôt. Mais ces élections séparées, ça ne va pas.

Didier Reynders ou Armand De Decker avaient traité le CDH de parti insignifiant, croupion, valet du PS... Ça laisse des traces ?

Oui. On ne peut pas maltraiter des gens, pendant huit ans, tout se permettre, et puis considérer le soir des élections qu'on va tout oublier. De tels agissements ont laissé des traces et nous invitent à la plus grande prudence. Moi, je suis ferme mais je n'attaque pas mes partenaires, je ne fais pas de poujadisme. Cela étant, on ne va pas bâtir l'avenir sur la psychanalyse du passé.

Il est temps de refaire de la politique avec du sang-froid, de la correction, le sens de l'intérêt général. On n'attend pas des politiques qu'ils soient le reflet des émotions collectives ou médiatiques. Mais qu'ils aient du courage, de la vision, du respect, du fair-play.

A Charleroi, vous ne regrettez pas d'avoir quitté le collège comme l'avait fait Olivier Chastel pour le MR avant les élections ?

Ils ont quitté le navire sans raison, sans prévenir les partenaires... Pur électoralisme ! Nous, nous sommes restés cohérents : pas de bluff médiatique, mais de la cohérence, du travail de fond. On avait dit : il faut un nouveau collège, une remise à plat de tous les mandats, un troisième partenaire, une rupture avec le passé. Tout cela, on l'a eu. Les gens le voient. Ils comprennent. Avec Viseur au mayorat, on n'a pas fait gagner un mandat au CDH mais un avenir à Charleroi.

Le 10 juin, vous avez payé votre « proximité » avec le PS ?

On a payé le maelström de Charleroi et les attaques répétées de la dernière semaine.

Le MR a frappé, ça lui a profité.

On a vécu une campagne dans un climat délétère épouvantable, poujadiste. Je n'avais jamais vu ça.

Pas de résultats.