La centrale de Visé fait des remous

CONRAADS,DANIEL

Lundi 16 juillet 2007

Les critiques s’élèvent nombreuses contre le projet de construction, à Visé, d’une centrale électrique dotée d’une tour de refroidissement de 125 mètres.

Le moins que l’on puisse écrire, c’est que le projet de construction par la SPE-Luminus d’une méga-centrale électrique TGV (turbine-gaz-vapeur) de 900 MW, soit une puissance équivalente à la centrale nucléaire de Tihange 1, n’est pas accueilli avec un enthousiasme délirant à Visé. Pour rappel, la SPE, deuxième producteur d’électricité du royaume, veut construire, sur le site de Navagne, à deux pas des Fourons et de la frontière néerlandaise, une centrale électrique TGV dont le coût avoisinerait 550 millions d’euros. La SPE dont le capital est aujourd’hui détenu à 51 % par Gaz de France et les Britanniques de Centrica, justifie ce projet en soulignant que la Belgique consomme de plus en plus d’électricité, ce qui l’oblige à importer dix pour cent de son électricité.

Lors de la séance d’information officielle préalable à l’étude d’incidences sur l’environnement qui s’est tenue à la salle du Casino, les responsables de la SPE ont assuré que, même si elle serait cataloguée comme entreprise « petit Seveso » en raison de la présence dans son enceinte d’un tank à fioul, une telle centrale serait la plus performante au niveau énergétique, la plus fiable et la plus respectueuse de l’environnement. Ils n’ont cependant pas réussi à convaincre l’assistance. Ce qui hérisse les Visétois et notamment les autorités communales, c’est la taille de la tour de refroidissement de cette future centrale. « Avec ses 125 m de haut, elle dépasserait de 30 m celle de la centrale que la SPE-Luminus exploite déjà à Seraing. Nous ne sommes pas opposés par principe à la construction d’une centrale TGV à Visé, mais, sous la précédente mandature communale déjà, nous avions fait savoir à la SPE que nous ne pouvions accepter un projet qui prévoit une tour de cette envergure », maugrée le bourgmestre Marcel Neven (MR). « Nous nous efforçons de donner de Visé, l’image d’une ville commerciale et touristique à l’environnement agréable », enchaîne-t-il. « Un tel mastodonte à moins d’un kilomètre du centre défigurerait le paysage de la ville dont l’altitude moyenne

avoisine 60 m. Nous nous refusons à sacrifier le cadre de vie des Visétois au profit des actionnaires français et britanniques de la SPE . Si l’on veut vraiment construire une centrale équipée d’une tour de refroidissement de cette taille, alors le site de Navagne ne convient pas », ajoute encore le mayeur qui reproche aussi très vertement à la SPE d’avoir divulgué les détails du projet lors d’une conférence de presse sans même mettre les autorités communales au courant.

Quid des eaux de la Meuse ?

Le conseiller communal écolo et ex-échevin Martial Mullenders souligne, lui, que la tour que veut bâtir la SPE dépasserait de près de 100 m la hauteur du clocher de la collégiale de Visé. « Votre projet ne correspond pas à une ville comme la nôtre », a-t-il lancé. Jean-François Verjans, un autre habitant de la Cité de l’Oie, a, lui, posé la question de savoir pourquoi Electrabel, le concurrent de la SPE, a réussi à construire à Bruges une centrale du même type équipée d’une tour nettement moins haute. De son côté, Claude Puts, le chef du service Environnement de la Ville, s’interroge sur les conséquences qu’une telle centrale risquerait d’avoir sur la qualité des eaux de la Meuse, tout particulièrement en période de faible débit.

Les Visétois mais aussi les habitants des communes voisines (Bassenge, Dalhem, Oupeye, Fourons et Eijsden) ont jusqu’au 31 août pour faire parvenir, par écrit, leurs remarques, critiques et suggestions.

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