Les puces électroniques inquiètent les psys
DE MUELENAERE,MICHEL
Mercredi 25 juillet 2007
Les puces se multiplient. Elles pourraient se glisser sous notre peau. Des pros de la santé mentales’inquiètent parce que si la technologie RFID se répand, le débat se fait attendre.
Les technologies RFID deviennent incontournables et le seront de plus en plus dans les années à venir ». En 2004, Joël De Rosnay, prédisait une explosion dans l’utilisation des puces intelligentes (voir ci-dessous). Dans le même temps, le président de la Cité des Sciences et de l’Industrie à Paris évoquait toutefois les « problèmes de traçabilité des gens et de protection de la vie privée ». Depuis, le boom technologique a eu lieu. Les problèmes éthiques n’ont pas été résolus… Alors qu’ils émeuvent des chercheurs, des juristes, des associations de protection des consommateurs, le débat n’a pas décollé en Belgique, contrairement à d’autres pays comme la France. Ni le gouvernement, ni le parlement, ni la commission de la protection de la vie privée ne s’en soucient. L’alarme – et non des moindres – est cependant sonnée par le conseil d’éthique de l’association des services de psychiatrie et de santé mentale de l’UCL (Apsy). Celui-ci vient d’adopter un rapport très tranché sur la question. Le texte évoque les « graves dangers » que les technologies RFID « pourraient représenter pour les libertés individuelles, la démocratie et la santé mentale ». Il dénonce « la relative opacité avec laquelle [ces techniques]
sont développés et expérimentées ». En Belgique, les puces intelligentes ne sont utilisées qu’à titre expérimental dans la grande distribution. Carrefour, Delhaize et Colruyt y recourent pour la gestion de certains stocks. Mais la RFID est surtout présente dans le nouveau passeport qui mélange radio-identification et biométrie. Certains en dénoncent le manque de sécurité et d’autres le manque de contrôle, par le détenteur, des données qui y sont inscrites.
Les RFID vont-elles faire leur trou chez nous ? Le terrain politique et social est favorable, estime Francis Martens, président du conseil d’éthique. A la fin 2006, le sénateur MR Jacques Brotchi (reconduit) proposait ainsi d’implanter une puce chez les délinquants sexuels afin de les localiser immédiatement en cas d’enlèvement de femme ou d’enfant. L’idée ferait donc son chemin. Ailleurs, il est vrai, les applications et les projets vont bien plus loin. Aux Etats-Unis, on peut porter son dossier médical sous la peau. Au Mexique, les enfants des bourgeois riches ne jurent que par le système Verychip qui permet de tracer le parcours des enfants menacés d’enlèvement. En Espagne, depuis quelques années, un dancing propose une puce « cardless » qui remplace le portefeuille. En Indonésie, des parlementaires proposent de « pucer » les porteurs du virus du sida pour contrôler leur activité sexuelle. Certaines entreprises américaines détectent déjà les « trajets anormaux » de leurs employés grâce à une puce implantée dans leur vêtement…
« Les choses se mettent en place sans aucune sensibilisation de l’opinion, dit Martens. Caméras ou puces, les nouvelles technologies deviennent extrêmement efficaces, discrètes et bon marché. Le lobby des fabricants est intense. Enfin, il y a un vide politique. Sous la pression de la paranoïa à l’égard des délinquants sexuels ou de la peur des terroristes, n’importe quel texte pourrait passer dans l’urgence. »
Les puces RFID se banalisent pour d’apparentes bonnes raisons, médicales, sécuritaires, ou ludique. Mais l’enfer est pavé de bonnes intentions, juge le psy.
Plaidant pour un « débat sociétaire », Yves Poullet, directeur du Centre de recherche informatique et droit (Namur), évoque la nécessité d’une régulation de « cette technologie qui autorise le contrôle et la surveillance de chacun ».
La loi belge sur la protection de la vie privée, rappelle-t-il, interdit la collecte déloyale de données. Celui qui récolte les infos doit en informer ses « cibles ». « Mais les garde-fous de cette loi sont insuffisants », estime Poullet. Dans son avis, l’Apsy réclame du monde médical et des autorités politiques « des balises claires et fermes à l’usage » des RFID.
