Orange bleue : la « dynamique négative »
COPPI,DAVID
Jeudi 26 juillet 2007
Chez les démocrates-chrétiens, on parle de « dynamique négative ». L’expression est calibrée. Et dotée d’une série d’arguments. Analyse.
Le micmac mercredi soir et jeudi matin autour du vrai-faux accord fiscal ; Joëlle Milquet qui prend à témoin les journalistes, aux grilles de Val Duchesse, après la pluie de critiques sur la note d’Yves Leterme, en leur disant en substance : « Vous voyez bien que j’avais raison de me méfier, de ne pas être enthousiaste ! ». La même qui se dit coincée entre les tenants de la communautarisation et ceux de la compétitivité… Tout est à l’avenant depuis que l’orange bleue est dans l’air. Et cela n’a pas cessé quand les « partenaires » se sont enfermés à Val Duchesse pour négocier, autour d’Yves Leterme.
Chez les démocrates-chrétiens, on parle de « dynamique négative ». L’expression est calibrée. Et dotée d’une série d’arguments.
1. Double clivage.
Difficile de gérer le double clivage : communautaire (surtout), socio-économique (un peu). Le premier, on connaît : le cartel CD&V/N-VA a beau être la formation politique d’où émane le formateur, l’homme promis au « seize », elle campe sur ses exigences : scinder Bruxelles-Hal-Vilvorde, obtenir plus d’autonomie pour la Flandre dans des domaines tels que l’emploi, les soins de santé, la fiscalité. Toutes choses auxquelles les francophones ne veulent souscrire. Dans le même temps, chrétiens-démocrates-humanistes et libéraux se heurtent sur l’ampleur de la prochaine réforme fiscale (impôts des personnes physiques, impôt des sociétés), comme sur la baisse des charges des entreprises, prioritaire pour les seconds, secondaire pour les premiers.
Aussi : les « orange » prétendent que le budget hérité de Verhofstadt II est déficitaire, les « bleus » répliquent qu’en gros, tout baigne.
2. Le facteur humain
La « dynamique négative » l’est aussi parce que ça coincerait « humainement » – dixit, toujours, les milieux démo-chrétiens. Les rapports humains sont accessoires en politique, mais là, on serait « proches de zéro degré ». Il est plus improbable que les grands esprits se rencontrent quand les gens restent distants. C’est le cas entre les Leterme, Reynders, Milquet, De Wever, Maingain, et les autres.
3. Les partis hostiles.
L’orange bleue est-elle une pelote de haine ? Résumons : le CDH de Joëlle Milquet déteste le MR de Didier Reynders, le VLD de Verhofstadt méprise le CD&V de Leterme, la N-VA de De Wever abhorre le FDF de Maingain, le MR de Reynders diabolise le CD&V de Leterme (souvenez-vous en campagne, c’était hier, quel florilège !), etc. Un vrai Cluedo au château : qui tuera qui, avec quelle arme, dans quelle pièce ?
4. Leterme pas aidé.
« Dynamique négative », toujours : les démocrates-chrétiens soutiennent que les libéraux chargent Leterme « pour l’affaiblir ». La réaction, sans concessions, de Didier Reynders à propos de la note du formateur ; l’interview de Charles Michel au Soir… Un faisceau de signes ? Les libéraux continueraient à « jouer au poker », à prendre des risques, comme ils l’ont fait durant la campagne électorale, avec succès. But de la manœuvre ? Peu clair. Peser dans le rapport de forces ? Faire comprendre au futur locataire du « seize » qu’il n’est pas seul maître à bord ? Voire : préparer son éviction, au profit d’un négociateur libéral ? Les bleus aiment à rappeler qu’à la Chambre, ils devancent la famille chrétienne d’un siège.
Voilà résumée en quatre points la « dynamique négative » évoquée du côté démocrate-chrétien.
Conclusion ? Yves Leterme a loupé son entrée en scène : la fausse note de la « Marseillaise », la mauvaise note du formateur, etc. S’il ne se corrige pas rapidement, le petit monde autour de lui va s’entre-dévorer et tout ça finira mal.
