Laffaire Angelica en 6 questions
n.c.
Lundi 30 juillet 2007
La détention et lexpulsion dAngelica et sa mère<TH>? Rien de plus normal, dit lOffice des Etrangers. Normal parce quhabituel.
Angelica nest pas la première et ne sera sans doute pas la dernière enfant scolarisée, intégrée en Belgique et enfermée dans un centre en vue de son expulsion. Mais cette normalité soulève bien des questions.
1) Combien denfants dans les centres fermés?
Selon lOffice, il y a actuellement 13 mineurs détenus avec leurs parents (sur une population de 570 personnes). Mais ce chiffre varie fort dune semaine à lautre. Il est déjà arrivé que 50 enfants se retrouvent enfermés. Une certitude : leur nombre ne cesse de progresser. Ils étaient 152 en 2004, 501 en 2005 et 627 en 2006.
2) C'est la loi, rien que la loi ?
Angelica et sa mère vivaient sans titre de séjour en Belgique et nétaient donc pas autorisées à rester dans le pays. Mais devaient-elles pour autant être détenues en centre fermé ? LOffice des Etrangers aurait pu leur donner un ordre de quitter le territoire dans les cinq jours. « Mais après quatre années passées dans lillégalité, elles nauraient pas obtempéré », assure la porte-parole de lOffice, qui insiste sur le fait que la détention et lexpulsion de la petite fille et de sa mère nont rien dexceptionnel. « Avec le soutien quelles ont reçu de la part du président équatorien, elles partent même dans de meilleures conditions que dautres. » Il fallut rappeler que la détention en centre fermé de la petite Tabitha (5 ans) a valu, en 2002, à la Belgique une condamnation par la Cour européenne des droits de lHomme. La Cour de Strasbourg a assimilé cet enfermement à un traitement inhumain et dégradant. Angelica fait partie de la petite minorité (à peine 20 %) des détenus en centre fermé qui a eu la possibilité de faire vérifier par un tribunal la légalité de la détention. Le fait quun juge estime la détention illégale est relativement fréquent. Et de plus en plus souvent aussi, le fait que le Parquet fasse appel
Laffaire Angelica secoue lopinion publique. Fait-elle débat au sein de lOffice des Etrangers ? Pas vraiment. « Cela ne provoque en tout cas pas le séisme qua déclenché laffaire Semira Adamu, nous revient-il. Ainsi, certains pensent, à titre personnel, quil faudrait pouvoir prendre du recul, réfléchir aux conséquences de larrestation mais ici beaucoup se retranchent derrière lapplication de la loi. Avec parfois le sentiment de ne pas avoir le choix. Parce quil ny a pas que la loi. ll y a aussi les pressions de la direction »
3) Pourquoi une détention en centre fermé ?
Les centres fermés sont des centres de détention pour les demandeurs dasile « frontière » (ceux qui arrivent par laéroport), pour ceux dont la demande dasile a été rejetée mais aussi pour les étrangers qui, comme la mère dAngelica, vivent « sans papiers ». Les étrangers sont détenus le temps dêtre éloignés du territoire pour une durée de cinq mois maximum mais dans la pratique une bonne partie dentre eux (un peu plus dun tiers) sont libérés après une détention plus ou moins longue. Soit parce que leur détention était une erreur (!), soit parce quils ont fini par recevoir un titre de séjour. Ou cest le plus fréquent parce que le rapatriement sest révélé irréalisable. Dans ce cas, la libération est assortie dun ordre de quitter le territoire. Environ 8.000 personnes sont détenues chaque année dans les centres fermés. La détention et lexpulsion coûtent, annuellement, 25 millions deuros à lEtat.
4) Y a-t-il des alternatives à lenfermement des enfants ?
Au cours de cette législature, le gouvernement a fait sortir les mineurs non accompagnés des centres fermés. Mais les familles restent détenues. Cédant à la pression des députés, le ministre de lIntérieur, Patrick Dewael, a rendu publique en fin de législature une étude, commanditée par ses services, sur les alternatives à la détention en centre fermé. Celle-ci a posé comme constat préalable le fait que la détention des familles avec enfant était « dans les conditions actuelles inacceptable du point de vue des droits de lenfant ». Pour des familles de sans-papiers, comme celle dAngelica, il est proposé la désignation dun « coach » qui aiderait la famille à introduire une demande de régularisation. Et si celle-ci est refusée, daider la famille à organiser son retour. Mais pas en la plaçant dans un centre fermé. La famille devrait se présenter régulièrement aux autorités ou résider à une adresse fixe. Ce nest quen dernière limite, en cas de refus de partir, que la famille serait placée dans un « centre de rapatriement familial ».
5) Humaniser les centres fermés ?
Létude plaide pour la création dun centre adapté aux familles. Sans barbelés ni miradors, où les éducateurs seraient plus nombreux que les agents de sécurité. Un centre nouveau donc. Le ministre de lIntérieur nest pas enthousiaste. La seule alternative consiste pour lui à « humaniser » les centres fermés en y organisant lenseignement. Lors de sa dernière visite au 127 bis, le délégué général aux droits de lenfant, Claude Lelièvre, sest dit frappé par la dégradation des conditions de séjour. Laspect carcéral, dit-il, est de plus en plus sensible. Dans les centres fermés, les enfants ne sont pas scolarisés. Les possibilités de jeu, de « sortie » sont très limitées.
6) Comment réagissent les partis ?
La ministre de la Justice, Laurette Onkelinx, dit avoir insisté lourdement mais vainement auprès de son collègue de lIntérieur pour quil libère Angelica. PS, Ecolo et CDH sont contre la détention denfants en centre fermé et pour une modification de la procédure de régularisation. Pas le MR ni les partis flamands (sauf Groen).
