Sissi face à son passé
ZINTZEN,PASCALE
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Jeudi 9 août 2007
Archéologie Des fouilles belges ont démarré cet été
Première campagne de fouilles 100 % belge en Crète. Sur les traces des Minoens. Avec l’UCL et la KUL.
Lui, le professeur, il pense à ce chantier depuis près de quinze ans. D’autres projets ont fait passer le temps, ainsi que l’attente de la renaissance de l’Ecole belge d’Athènes, ASBL chargée d’octroyer trois projets de fouilles belges sur le territoire grec par an. Professeur ordinaire et président du département d’archéologie et d’histoire de l’art de l’UCL, ça fait un bail – depuis 1981 – que Jan Driessen creuse la terre crétoise. A Cnossos, d’abord, puis à Malia et Palaikastro, dans l’est de l’île, à la recherche de vestiges de l’époque minoenne (2500-1200 avant Jésus-Christ).
« Un bâtiment de la colline de Sissi a été fouillé dans les années 60 par un Grec, explique l’archéologue en chef. Les résultats n’ont jamais été publiés, mais depuis que je me balade dans le coin, en quête de vestiges apparents, je pense que le site de Sissi a du potentiel et mérite d’être fouillé le plus rapidement possible, d’autant que les vestiges visibles sont menacés par le tourisme. »
5 h 55. Cinq ouvriers, une quinzaine d’étudiants et de doctorants en archéologie, quelques autres archéologues dont Ilse Shoepe, professeur à la KUL, partenaire de ce projet, grimpent doucement la colline. Silence. Et chaleur. Au passage d’un des petits escaliers formés par la roche, on peut évaluer chaque matin la lourdeur qui bientôt va s’abattre sur le site. « La Grèce est frappée depuis début juillet par des vagues de chaleur », précise Jan Driessen. Pas de doute, c’en est une qui s’étale sur la région durant une partie de la campagne.
7 heures. Depuis une heure, les archéologues observent les tessons sortant de terre, classent les os, les coquillages, dessinent les murs qui se profilent, prennent des photos. Les ouvriers travaillent sans relâche. Grande et petite pioche, pelle, brouette, balais. Déjà près de 35 degrés. La petite brise qui devrait apparaître au moment de la pause de 10 heures sera salvatrice, mais tout de même, le travail est physique, rêche, rude. Et il faut tenir sous le soleil de plomb jusqu’à 13 h 30.
Pour cette première campagne de fouilles, cinq zones sont ouvertes. Deux au sommet de la colline, deux sur les flancs, une en bord de mer, là où les Minoens enterraient leurs morts. Les découvertes vont bon train. Le directeur du chantier parle déjà de bâtiment principal au sommet, de maisons d’habitation sur les flancs construits en terrasse.
« Des parties de murs et des tessons étaient visibles en surface, explique-t-il. Sous une couche d’à peine 10 cm de terre, nous avons mis au jour des vases, vestiges de la dernière phase d’occupation du site avant son abandon vers 1250 avant Jésus-Christ. Dans le bâtiment principal, on peut déjà distinguer des pièces de stockage, où nous avons découvert des bases de grandes jarres. Des traces d’ateliers, aussi. Il semble que la colline ait été fortifiée, mais je ne puis dire à quelle époque, puisque nous n’avons pas encore réalisé de sondages pour dater les murs de fortifications. »
On descend, au nord du site, vers la plage. « Ici, où sont enterrés les morts, nous avons fouillé cette année un dépotoir – mélange d’os humains, animaux, et de nombreux vases – ainsi que deux tombes complètes. Elles sont datables aux alentours du XVIII
D’un point de vue touristique, d’ailleurs, les villageois sont enthousiasmés par ces fouilles. Le projet a été accepté par les autorités grecques pour cinq saisons estivales, dans un premier temps. « Il s’agit d’un projet de longue haleine, souligne Jan Driessen, et l’idée finale est la création d’un site à visiter. » A quelques kilomètres de Malia, son site palatial et ses bars qui ne désemplissent pas, la compétition est forte.
Quelle était-elle, à l’époque minoenne ? Beaucoup reste à découvrir, à étudier puis à publier sur les liens qui unissaient Sissi et Malia 2.000 ans avant notre ère. Mais deux choses sont claires, après cette première campagne assez exceptionnelle : « Sissi produisait localement de la céramique, et fut occupé alors que Malia était abandonné, vers 1200 avant Jésus-Christ, peut-être grâce à sa position stratégique sur une colline et à sa situation intéressante sur les voies commerciales. »
