Arne Quinze veut redessiner Bruxelles
VANTROYEN,JEAN-CLAUDE
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Lundi 13 août 2007
Arts plastiques / Sa sculpture « Cityscape » arborise la ville
L’artiste flamand et international veut faire bouger cette Belgique qui stagne de façon « triste et frustrante ».
entretien
Clac clac clac. L’équipe d’Arne Quinze cloue à la machine les planches qui formeront comme la canopée d’une forêt urbaine à la fois ludique et utopique. Cette forêt reposera sur une quarantaine de troncs et ses branches, mises bout à bout, font 60 km de long. Un « poumon vert » de bois brut, en pleine ville, entre porte de Namur et place Louise, à Bruxelles ; 40 m sur 25 avec une hauteur de 18 m, qui remplace une friche abandonnée depuis plusieurs années, en attendant qu’on y reconstruise enfin un ensemble immobilier.
C’est Cityscape. Une intervention étrange, rêveuse et judicieuse qui va animer ce coin de la ville pendant un an sans doute. Un rallye d’ancêtres s’en élancera le 22 septembre. Le défilé Modo Bruxellae – Le Soir y installera son catwalk en novembre. Ce sera « the place to be ». Arne Quinze contrôle l’avancement de l’installation. Entre deux avions. Pour Dubai, par exemple, pour lequel il dessine un yacht de 25 à 30 millions d’euros et il imagine des îles flottantes.
Arne Quinze, vous n’avez pas imaginé ce « Cityscape » pour Bruxelles uniquement.
C’est une technique que j’ai développée il y a quelques années. Mais, à chaque endroit où je l’installe, je ressens la spécificité du lieu. Ici, avenue de la Toison d’Or, je sens les voitures, la ville bouger. Je voulais un instantané de ce mouvement permanent. Mais un instantané qui sera comme une pause, un endroit de paix et de silence. Et un objet de communication aussi, parce que ça va attirer les gens. J’aimerais qu’ils profitent de cette sculpture pour se reposer et pour rêver.
On a l’impression que l’œuvre se monte à la fois selon un plan très rigoureux et dans une douce anarchie.
Cela se fait dans la liberté. Mais une liberté contrôlée. On a l’habitude de construire ce genre de sculpture, on sait ce qu’on veut. Pour le moment, ici, on donne le volume à l’intérieur de la sculpture, c’est le plus important.
C’est la première fois que vous travaillez à Bruxelles ?
Oui, je suis fier d’être ici. J’ai un bureau à Courtrai, avec 55 personnes et sans doute 80 d’ici la fin de l’année. On travaille dans le monde entier, sauf en Belgique.
Pourquoi ?
Je ne comprends pas. On a tout en Belgique, le confort, la nourriture, la mode, la vie, la qualité. Mais on a très peur des changements. Côté urbanisme et architecture, on n’a plus changé depuis 1945. La seule chose qui ait changé, c’est la communication, avec le GSM. J’espère que la nouvelle génération pourra modifier tout cela. Et que ce Cityscape va ouvrir Bruxelles et la Belgique à une nouvelle dimension.
Bruxelles vous passionne ?
Oui, mais cette ville est un désastre. Je vais m’y mettre : je vais redessiner Bruxelles. Un plan d’urbanisme pour dans 50 ans. Donnons à cette ville un niveau mondial. On a des architectes splendides chez nous, mais ce pays est géré par des fonctionnaires.
Si vous redessiniez la Belgique ?
Ce pays m’agace. J’aimerais emmener tous ces responsables et leur montrer le monde. En Chine, à Dubai, à Singapour. Ici, on se dispute pour trois fois rien, on stagne. C’est triste et frustrant. J’ai quatre enfants, dont l’aîné a bientôt 14 ans : ça va être triste pour eux, si ça ne change pas. La Belgique a une belle histoire et on en profite mais ça ne nous donne pas une nouvelle vie. Ailleurs, on a de l’audace. Pas ici.