Le Pakistan célèbre ses 60 ans dans la crainte

n.c.

Mardi 14 août 2007

Le Pakistan célèbre ce mardi le 60e anniversaire de sa création avec un profil très bas et dans une ambiance morose, sous la menace terroriste après une vague meurtrière d’attentats des fondamentalistes musulmans que l’armée tente de combattre dans le nord-ouest.

Trente et un coups de canon ont retenti ce matin à Islamabad pour marquer le début des cérémonies qui commémorent l'indépendance du Pakistan datant du 14 août 1947. Après 200 ans de domination britannique, le pays est né de la partition dramatique du Pakistan à majorité musulmane et de l'Inde à majorité hindoue. Une scission qui s'est faite dans le sang, avec le déplacement de dix millions d'habitants et qui a entraîné la mort de plus d’un million de personnes.

Depuis lors, l'Inde et le Pakistan s'opposent et se défient. Les deux pays ont connu trois conflits armés, notamment à cause du désaccord concernant le Cachemire à cheval sur les deux pays. Cependant, depuis janvier 2004, les deux frères ennemis ont entamé un dialogue et un cessez-le-feu a été instauré. Les deux puissances s'attachent aujourd'hui à normaliser leurs relations et sont davantage accaparées par leurs propres problèmes.

Le Pakistan, qui est une république islamiste est aujourd'hui profondément partagée entre son adhésion à l'islam et à la tolérance historique au fondamentalisme d'une part, et les nécessités économiques et financières qui le conduisent à rester un allié fidèle des Etats-Unis et à participer à la traque des dirigeants d'Al-Qaida sur son territoire d'autre part.

Cette ambiguïté a conduit à l'assaut les 10 et 11 juillet, de la mosquée Rouge d'Islamabad, qui a coûté la vie à une centaine de militants intégristes retranchés et lourdement armés, qui avaient défié pendant de long mois les forces de sécurité pakistanaises dans les rues, souvent en toute impunité.

Après cet événement sanglant, les fondamentalistes pakistanais, mais aussi Al-Qaida, ont juré de venger la mort des militants de la mosquée Rouge. Et depuis plus d'un mois, ils sont passés à l'offensive en perpétrant une vague d'attentas suicides et d'attaques qui ont causé la mort de plus de 250 personnes.

Des festivités très discrètes

En raison de ces menaces, les festivités prévues pour les 60 ans du Pakistan se veulent très discrètes. A minuit, un feu d'artifice a été tiré au dessus du bâtiment de la Présidence devant une maigre foule. Une minute de silence est prévue ainsi qu'une cérémonie solennelle dirigée par le Premier ministre Shaukat Aziz à Islamabad, rien de plus. En raison de l'état d'alerte élevé, les pétards et les grands rassemblements publics ont été interdits. La police et les force paramilitaires arpentent les rues et ont installé des postes de contrôles un peu partout dans le pays.

Le président Musharraf a malgré tout tenu un discours combatif et patriote : il a appelé ses concitoyens à "se lever" et combattre les "terroristes" islamistes pakistanais, mais aussi les talibans afghans : "il est temps que la nation entière se lève pour leur faire face".

Mais le général Musharraf est considérablement affaibli sur le plan politique et est confronté aux contestations de sa population. Beaucoup de pakistanais soutiennent la campagne des islamistes qui veulent imposer la charia, la loi islamique et rejettent l'alliance américano-pakistanaise en place depuis 2001.

Outre ces attaques internes, le président est aussi confronté aux menaces de son allié US. Les Etats-Unis ont récemment affirmé que les talibans afghans et Al-Qaïda avaient reconstitué leurs forces, soutenues par les fondamentalistes pakistanais, dans les zones tribales du nord-ouest du Pakistan, et menacé à demi-mot d'y lancer des frappes aériennes si Islamabad n'agissait pas pour les éliminer.

En débit de ce brouillard politique, Musharraf affirme que "Ce n'est pas pour l'Amérique que nous nous battons contre le terrorisme, nous le faisons pour nous". Aussi, le président a exhorté les Pakistanais à soutenir les partis modérés lors des élections législatives prévues pour la fin de l'année.

Alexia Turlot (avec AFP)

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