Pour le Roi, ceci est bien une crise
COPPI,DAVID; DUBUISSON,MARTINE
Mardi 28 août 2007
79 jours sans gouvernement. Défilé de ministres d’Etat au Belvédère: Jean-Luc Dehaene, Wilfried Martens, Philippe Moureaux. Ce mardi, le Roi reçoit l'ancien ministre socialiste flamand Willy Claes (photo Belga), l'ancien ministre Ecolo José Daras ainsi que l'ancien secrétaire politique de Groen Jos Geysels.
Le week-end était censé accoucher d’un couple de médiateurs. Le duo Langendries (CDH) – De Croo (OpenVLD) était prêt. Et puis… rien.
Lundi, le Roi empruntait d’ailleurs une autre voie pour tenter de sortir de la (nouvelle) crise née de la démission, jeudi dernier, du formateur Yves Leterme.
Pourquoi ? Qui bloque quoi ? Quelles solutions sont envisagées ? Tentatives de réponse.
1 Pourquoi Raymond Langendries et Herman De Croo ne sont-ils pas devenus « médiateurs royaux » ? Dès vendredi, la balle est lancée dans le camp CDH, jugé principal responsable de la crise et donc censé la déminer. Joëlle Milquet accepte, mais pas en solo. Didier Reynders, dans son nouveau rôle de consultant royal officieux, tente alors de convaincre un partenaire flamand de monter au feu. Le CD&V refuse de fournir un troisième homme, après Dehaene et Leterme. L’OpenVLD se fait désirer, mais finit par accepter, après intense lobbying de Reynders.
Bingo ? Le tandem Langendries-De Croo est sur toutes les lèvres et dans tous les médias. Mais samedi soir, Yves Leterme dit ouvertement à la VRT ce que tout le CD&V pense tout bas (et plusieurs OpenVLD aussi) : Herman De Croo n’a pas le bon profil : trop belgicain ; que pourrait bien faire un tel duo pour trancher un tel nœud gordien ? Réponse : pas grand-chose…
L’OpenVLD, qui n’était pas demandeur pour prendre la main, encaisse mal les critiques CD&V. Et se cabre définitivement : ce sera sans eux… Dimanche soir, le Roi ne reçoit donc personne au Belvédère. Lundi, la piste Langendries-De Croo est enterrée.
2 Que peut faire le Roi ? Déjà mis à contribution par Yves Leterme voici dix jours, pour quelques consultations royales durant une suspension temporaire des négociations de l’Orange bleue, Albert II entre en piste pour la quatrième fois depuis la désignation du formateur Leterme. Objectifs actuels : temporiser, démontrer que l’heure est grave, placer chacun devant ses responsabilités (lire page 3).
3 L’Orange bleue est-elle toujours privilégiée ? Interrogé par les auditeurs à la radio lundi matin, Didier Reynders a réitéré son opposition à la « tripartie classique » (libéraux, chrétiens-démocrates, socialistes), ajoutant qu’à part ça, tout est ouvert… Sans doute pour mettre la pression sur Joëlle Milquet et le CDH, l’idée d’une coalition MR-Ecolo du côté francophone a circulé ces derniers jours… mais les verts jurent qu’il n’y a eu aucun contact politique en ce sens. Ajoutez que la majorité ainsi constituée compterait 31 députés francophones, autant que l’opposition PS-CDH. Trop peu.
Alors, quid ? Une violette francophone MR-PS ? Qui peut y croire ? Une majorité « alternative » sans les libéraux ?
Interrogé à propos de l’Orange bleue dans Le Soir samedi, Patrick Dewael, Open VLD, avait répondu qu’elle s’imposait en Flandre « en tout cas », laissant entendre que les francophones agiraient à leur guise. Orange bleue au Nord et Olivier (PS-CDH-Ecolo) au Sud ? Un cas d’école d’asymétrie fédérale.
Malmenée, vide de sens encore, et sans jus, l’Orange bleue reste sur la table malgré tout. Par exemple malgré la guéguerre que se livrent maintenant le CD&V et le VLD au Nord : les libéraux flamands ont déploré hier que le formateur Leterme n’ait jamais ouvert la discussion sur le dossier BHV (Bruxelles-Hal-Vilvorde), un préalable pourtant selon eux, et ont signalé au passage que Joëlle Milquet et le CDH ne portaient pas le poids de l’échec des négociations, signifiant donc que le formateur en personne s’y était peut-être mal pris… Les troupes libérales et sociales-chrétiennes flamandes ne sont pas toujours cul et chemise. Ou l’Orange bleue, suite.
4 Et maintenant ? Après le défilé des ministres d’Etat, le Roi devrait désigner un ou deux négociateurs-médiateurs qui repartiront au charbon avant qu’un formateur ne reprenne la main.
Yves Leterme, sans doute.
Pour un deuxième et dernier tour. Il lui faudra aboutir avant la rentrée parlementaire du deuxième mardi d’octobre. Sans cela, la crise politique se muerait en crise de régime.
Pour consulter la liste des ministres d'État, http://www.belgium.be/eportal/application?origin=navigationBanner.jsp&event=bea.portal.framework.internal.refresh
http://www.vrtnieuws.net/cm/vrtnieuws.net/nieuws/politiek/070827_Koningformatie
