Adieu au Valeureux

BODEUX,PHILIPPE

Page 13

Jeudi 30 août 2007

Liège Choix des femmes prévoyantes socialistes

Les derniers enfants ont quitté le centre de vacances d’Oostduinkerke, bientôt rasé. Une page sociale se tourne.

Une tartine de confitures, un bol de cacao et beaucoup de sanglots. Comme un dernier jour à la mer… Sauf qu’à Oostduinkerke, la joyeuse colonie de vacances s’éteint après soixante ans d’activités. Pour toujours.

Le soleil matinal fait briller les lettres rouges de « Valeureux liégeois », inscrit sur la petite tour du centre de vacances des femmes prévoyantes socialistes. À l’intérieur, un dernier petit-déjeuner, dans les larmes. Lorsque Georges, le chef des moniteurs lance un « banc liégeois » à l’adresse de la quinzaine de cuistots et dames de l’entretien, les sourires sont douloureux. « Je ne ferai plus de gâteau en forme de bateau », déclare Bernard Vandamme qui perd son boulot de chef cuisinier. La directrice est abattue. « C’était ma vie, lance Francine Ghesquière. Ce n’est pas de ma faute si ça ferme, déclare-t-elle aux 120 petits Liégeois. J’ai passé de très agréables moments avec vous ».

D’ici quelques mois, le Valeureux liégeois, attaqué par les marteaux-piqueurs, tombera sur le sable de la mer du nord. Il cédera la place à un ensemble de 50 appartements luxueux, construits par un promoteur privé. « C’est le social qui cède la place au grand capital », déclare Christian Dubois, un ancien, venu dire adieu à soixante ans de colonies et autres classes de mer organisées durant l’année pour les écoles de la région liégeoise.

Ancien relais postal, acheté par les Femmes prévoyantes socialistes de Liège en 1948 et transformé par la suite, le Valeureux liégeois a vu défiler des milliers d’enfants du pays de Liège, souvent issus des classes ouvrières. « Joie, éducation, santé » c’était le slogan de l’époque où cure d’air pur, visite médicale et amélioration de l’hygiène allaient de pair. Douze jours de vie en groupe pour 160 garçons et filles âgés de six à douze ans. Jeux dans les dunes, bain de mer, balade en cuistax et visite au port, le tout encadré par des moniteurs allaités aux valeurs du socialisme, une infirmière et des mamys, à l’origine des militantes âgées désirant se rendre utile. « Un mouvement social extraordinaire, résume Marcel Lambert, ancien échevin socialiste de Fléron. Ce mercredi matin, il est parti très tôt pour saluer les derniers enfants accueillis au centre de vacances. « C’est triste de voir un mouvement socialiste négliger son aspect social. Surtout, cette décision a été prise sans que la base soit consultée ».

« Le Valeureux Liégeois ne répond plus au besoin des parents et nous coûte 150.000 euros par an », argumente Dominique Dauby, secrétaire des Femmes prévoyantes socialistes de Liège. « Trop grand, le centre n’est plus adapté aux conditions pédagogiques actuelles, il n’est pas équipé de douches individuelles. Ce n’est pas vrai qu’on désinvestit dans le social, poursuit Dominique Dauby. Les séjours à la mer auront lieu ailleurs, dans des structures plus petites, au même prix (160 euros pour douze jours) et pour autant d’enfants (500 sur un été). Quant aux 10 millions d’euros générés par la vente du site, « ils seront réinvestis dans le financement des activités de la FPS ».

Quentin, un moniteur originaire de Waremme, ne comprend pas. « Ce ne sera plus pareil. Avec sa plaine de jeux, son bois et l’accès facile à la mer et aux dunes, le site est extraordinaire. Ici, des gosses d’origines diverses se mélangent, beaucoup n’ont jamais vu la mer. Et puis, d’année en année, ils reviennent et sont attachés à « leur » Valeureux liégeois. À 17 ans, certains deviennent moniteurs ». Berenice ajoute : « C’est un cycle qui est rompu. Pourra-t-on accueillir tous les enfants à l’avenir ? En particulier, ceux qui sont placés ou qui n’ont plus de parents. »

Sur le vaste terrain de sports qui jouxte le centre de vacances, une vingtaine d’anciens agitent les bras. Les cars s’apprêtent à partir. « On s’est connu ici, c’est dur à avaler la fermeture, témoignent Stéphane et Marie-Jeanne Dessy, aujourd’hui retraités. « Au revoir la mer », lance une petite fille tandis que les cars laissent le Valeureux liégeois loin dans le rétroviseur. Emeric, Karl, Thomas et Christopher parviennent difficilement à sécher leurs larmes. « On était si content de se retrouver au Valeureux liégeois tous les ans ».

L’avenir dira où s’ils pourront encore courir ensemble à l’assaut des dunes.

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