Dormir, à quoi bon ?
DORZEE,HUGUES; STAGIAIRE
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Jeudi 30 août 2007
Société Télé, internet et jeux vidéos peu compatibles avec un sommeil réparateur
Les adolescents négligent leur sommeil. Le « junksleep » préoccupe les spécialistes. Les nouvelles technologies n’arrangent rien.
Selon une étude française réalisée par la Sofres, 34 % des jeunes âgés de 15 à 19 ans se plaignent de somnolences durant la journée ; 30 % d’entre eux ont une tendance pathologique aux endormissements diurnes ; 37 % se sentent concernés par les questions d’insomnie (et en particulier les filles).
Conversations téléphoniques à rallonges, SMS, tchat entre amis, jeux en ligne… La liste des tentations nocturnes est grande. Et les conséquences non négligeables : troubles de l’attention et de l’humeur, problèmes hormonaux, difficultés d’apprentissage et d’attention, activation du stress…
Comme le constate l’Institut du sommeil et de la vigilance, « les adolescents sont peu réceptifs aux questions du sommeil. En famille, ce sujet de conversation est peu abordé ou mal considéré. Le sommeil est souvent perçu comme une obligation, voire une punition (« Si tu n’es pas sage, tu vas au lit »). Les enfants et plus tard les adolescents, en ont rarement une image positive, restauratrice, bénéfique… » Mais, comme le fait remarquer Jean-Pierre Bourguignon, chef du service de pédiatrie ambulatoire au CHU Liège, « l’adolescence est une période de grande effervescence mentale. Le jeune est traversé par de nombreuses préoccupations et excitations plus ou moins positives. L’intensité de ce qu’il vit est très forte, c’est une vie, de “up and down”, de hauts et de bas ». Dans l’esprit de l’ado, dormir est secondaire. Et se coucher tard est synonyme de « devenir grand »… « En outre, il y a naturellement chez l’adolescent un syndrome de décalage des phases du sommeil : il a tendance à se coucher tard et à se lever plus tard, constate Pierre Maquet, neurologue, directeur de recherche FNRS au cyclotron de l’ULg. Cela n’est pas sans effets sur l’apprentissage et sur la performance. Quand on est somnolent, les
matières s’encodent de manière moins profonde dans le tissu cérébral. » Les chercheurs s’interrogent aussi sur les liens éventuels entre ce déficit de sommeil et certains effets sur la santé : diminution des défenses immunitaires, perturbations hormonales, glycémie et risque de diabète, obésité… « On dort en moyenne de une à deux heures en moins par nuit, si l’on compare au siècle passé, poursuit Pierre Maquet. Connexion à distance, e-mails, séparation moins nette entre vie privée et vie sociale… C’est la société “24/7” à l’américaine »… Aujourd’hui, 37 % des adolescents belges consacrent l’essentiel de leur temps libre à la télé, à l’internet et aux jeux vidéo. Le sport et la lecture passent bien après. Nombre d’entre eux se connectent le soir à l’insu de leurs parents… « Le fait d’être exposé à la lumière d’un écran ne facilite pas l’endormissement, note Pierre Maquet (FNRS). C’est d’autant plus vrai si cette exposition est forte et longue. Le fait de recevoir un signal de jour au milieu de la nuit contribue à perturber les phases du sommeil ».
A la veille de la rentrée, les professionnels de la prévention rappellent les bonnes pratiques pour bien dormir : éviter les excitants le soir (Coca, café…), ne plus pratiquer le sport après 20 heures, êtte à l’écoute des signaux du sommeil (bâillements, yeux qui piquent…), etc. « Les parents ont un rôle d’explication et de recadrage, conclut Jean-Pierre Bourguignon, pédiatre (CHU Liège). Mais, à l’adolescence, période mouvementée, il n’est pas toujours simple d’évaluer ce qui est normal, ce qui est acceptable. » Une certitude : les vertus du sommeil sont avérées. Sans dodo réparateur, pas de vie sociale épanouissante…
Ados « accros », profs alarmés, parents dépassés ? « Aujourd’hui, je suis guéri ! »
Nicolas, 19ans, étudiant (Hévillers), atteint du virus à 13 ans, il en est finalement sorti
« Tout a commencé dès l’âge de 13 ans. Je me dirigeais déjà vers les cybercafés et y passais souvent quatre heures car je ne disposais pas encore d’une ligne fixe à la maison. Un an plus tard, j’ai eu l’ADSL… Le début de la fin. J’ai commencé à jouer aux jeux de rôles en réseau tels que « Counter Strike » ou « La 4e prophétie ». Dès que je rentrais de l’école, vers 16 heures, je me connectais, jusqu’à 2 ou 3 heures du matin, et il m’arrivait de manger dans ma chambre. A l’école, j’étais vraiment fatigué et donc pas très productif. J’ai d’ailleurs doublé. Ma mère a décidé de faire redescendre l’ordinateur, alors placé dans ma chambre. Cet échec m’a fait prendre conscience de l’erreur que j’étais en train de commettre. Aujourd’hui, je ne touche plus aux jeux. Il m’arrive d’aller sur MSN, mais de manière occasionnelle. Je vais même entamer des études de kiné à l’UCL. Je suis guéri ! »
« Une évolution inquiétante »
Fabienne Geenens, professeur au collège Notre- Dame (Kain) et membre du « groupe santé »
« Il est temps que les parents interviennent. Une part croissante de la population estudiantine n’est plus dans les meilleures conditions pour assister aux cours, un effort intellectuel qui exige attention et concentration. Je remarque une évolution nette depuis l’arrivée des nouvelles technologies, il y a une dizaine d’années. Ces dernières touchent de plus en plus d’adolescents qui, pour la plupart, disposent déjà d’un ordinateur dans leur chambre. Ainsi, alors qu’ils annoncent qu’ils vont dormir, rien ne les empêche de « tchatter » entre amis, à l’abri de regards indiscrets. Seulement, le contrecoup se fait sentir dès le lendemain en classe. Il m’est d’ailleurs arrivé, une fois dans ma carrière, qu’un élève s’endorme pendant le cours. Je constate en outre que trop de parents croient avoir de l’emprise sur leurs enfants alors qu’il n’en est rien. »
« Les parents doivent s’adapter »
Anne-Marie Nellis
« La confiance et le dialogue ont toujours été des éléments importants dans notre famille. Nous discutons souvent du sommeil. Sans nous en apercevoir, parfois. Après une journée scolaire et sportive bien remplie, comme c’est souvent le cas, il m’arrive de rappeler “mes hommes” à l’ordre, leur conseillant d’aller dormir plus tôt. Si l’on n’impose pas d’horaires draconiens, ni trop laxistes, un bon équilibre peut-être trouvé avec l’adolescent. Les parents doivent admettre que l’enfant évolue. Avec l’âge, il n’a pas forcement envie de passer toutes ses soirées avec ses parents. Ils doivent donc lui permettre d’acquérir son autonomie, et d’évoluer avec les gens de son âge, même si cela passe par un accès à MSN. L’ordinateur est un outil difficile à contrôler, mais nous n’avons pas de code d’accès. Le placer dans leur chambre, c’est encore une fois, une question de confiance ! »
