Le « non, si… » d’Ecolo

VANDEMEULEBROUCKE,MARTINE

Mardi 4 septembre 2007

86 jours sans gouvernement. Écolo ne veut pas rentrer dans les rangs orange et bleu. Pas avec la N-VA. Pas sans Groen. Et pas sans leur programme.

La coalition « Jamaïque » bleu-orange-vert est sans doute mort-née. À l’issue de son bureau politique lundi à Namur, Écolo a pratiquement ruiné les espoirs d’Herman Van Rompuy d’associer les verts à la constitution d’un gouvernement fédéral. Les écologistes francophones n’imaginent pas entrer dans un gouvernement auquel participerait la N-VA. « Nous avons un problème avec la N-VA, a expliqué le secrétaire fédéral d’Écolo Jean Michel Javaux. Les exigences du parti nationaliste flamand ne permettent pas de « créer les conditions d’une confiance entre partenaires ». Écolo a aussi souligné que son éventuelle participation à un gouvernement suppose de repartir de zéro dans les négociations pour tenir compte du programme socio-économique en environnemental sur la base duquel les verts ont « gagné les élections ».

Troisième condition : Écolo exige la présence de Groen aux négociations auxquelles il serait invité. Or le CD&V déteste les écologistes flamands jugés peu crédibles, trop gauchistes à ses yeux et de toute façon pas ou peu nécessaires à la constitution du gouvernement. Mais Écolo a formé un groupe commun avec Groen et imagine mal se retrouver à la fois dans le gouvernement et l’opposition. Enfin, pour ce qui est de la participation d’Écolo à une majorité des deux tiers, le parti a rappelé sa position : ce sera au cas par cas mais sûrement pas pour dépecer l’État fédéral.

On s’en doute : Herman Van Rompuy n’a pas sauté de joie quand Jean-Michel Javaux lui a fait part de la décision du bureau politique. Le secrétaire fédéral d’Écolo avait été approché par Herman Van Rompuy vendredi dernier. But de la manœuvre : étendre la majorité gouvernementale de 81 à 89 parlementaires (il en faut 100 pour passer la barre de la majorité des deux tiers) et sans doute aussi apaiser le CDH, qui depuis le début, espère avoir un allié plus à gauche dans les négociations. Pour tenter de convaincre Écolo, Herman Van Rompuy leur a fait miroiter un poste de ministre du Climat et/ou du Développement durable. « Tous les partis étaient demandeurs, ironise un membre du bureau. Le CDH qui veut être plus fort dans la négociation. Reynders qui est prêt à avoir un peu de vert pour être certain d’exclure les socialistes. Les partis flamands convaincus qu’on pourrait nous acheter avec un ministère. »

« Les pressions sur Javaux ont été très fortes, ajoute un autre écologiste. Tout le monde l’a bien compris. » Le bureau politique d’Écolo a été jugé « très serein ». « Disons : peu conflictuel », nuance un autre. On sait que Marcel Cheron ne voulait pas entendre parler d’une participation au gouvernement. Javaux était moins catégorique.

La présence de la N-VA tétanise beaucoup d’écologistes. C’est un parti « séparatiste avec un programme proche de l’extrême droite. On ne peut pas collaborer avec cette formation ». Et si par miracle, le CD&V acceptait de se séparer de la N-VA ? « On peut rediscuter mais il reste les autres conditions. Comme la sortie du nucléaire et notre exigence d’une Union nationale pour le climat dont le but est d’arriver à une diminution de 30 % des gaz à effet de serre d’ici à 2020. Cela coûterait autant que la réforme fiscale voulue par les libéraux. Le MR nous aime-t-il au point de renoncer à son fétiche ? » Les verts insistent aussi sur les politiques sociales qu’ils veulent mener et qui trouvent peu d’écho dans la note Leterme. En fait, reconnaît-on chez Écolo, la réalisation de ce programme est la première condition et l’exclusion préalable de la N-VA « la seconde ou la troisième ». Plus fondamentalement, les écologistes disent ne pas croire en la formule de l’Orange bleue. Et sans doute souhaitent-ils, comme le suggère Didier Reynders, qu’on « rebatte les cartes ». Pour pouvoir s’asseoir à la table sans avoir l’impression d’être un second choix

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