La République française s’offre Electrabel

CONDIJTS,JOAN

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Mardi 4 septembre 2007

Aucun État ne se désintéresse de son énergie. » Jean-François Cirelli ignorait, ce lundi, à Paris, à quel point il avait à la fois tort et raison en prononçant cette phrase sentencieuse. Raison car aucun Etat ne devrait se désintéresser de son énergie. Tort car il en est au moins un qui s’en désintéresse : la Belgique.

Nicolas Sarkozy a privatisé Gaz de France. Tel est son droit. Le Parlement a voté une loi qui l’y autorise. Le président français a nationalisé Electrabel. Ou quasiment. Tel est son droit aussi : en fusionnant Gaz de France avec Suez, maison mère de l’électricien belge, le locataire de l’Elysée s’est octroyé une part de 35 % dans le capital du nouvel ensemble. Tel est, encore une fois, son droit.

Les motivations qui l’y ont conduit sont, néanmoins, contestables. La République française a agi de la sorte par nationalisme. L’électricien italien Enel menaçait de lancer un raid (avec un complice hexagonal, Veolia) sur Suez. « Aaaah », s’est-on étranglé à l’Elysée, à Matignon, à l’Assemblée nationale. Après avoir touché à notre yaourt (Pepsi a lorgné Danone), voici qu’un importun transalpin se plaît à séduire, que disons-nous, à assaillir un autre fleuron. Cette compagnie du Canal, fondée par Ferdinand de Lesseps, qui fait la fierté de la France aux quatre coins de la planète.

Grâce à des Belges.

Oui, Monsieur Sarkozy, des Belges, ces voisins du Nord qui ont maintenu à flot Suez lorsqu’elle s’était rêvée porteuse d’eau. Ces Belges qui génèrent l’essentiel de ses bénéfices.

Le patriotisme bleu-blanc-rouge a donc débouché sur la nationalisation du gaz et de l’électricité noir-jaune-rouge. Et qu’a dit l’Etat qui « ne se désintéresse pas de son énergie » (la Belgique) ? Pourrait-on avoir une « golden share » dans le nouvel ensemble ? « Bien sûr », a promis un Chirac moribond. Et aujourd’hui, la fameuse action en or ? Schnol ! Et lorsque l’intérêt suprême de la nation française sera menacé, le nationalisateur d’Electrabel songera-t-il aux Belges ou favorisera-t-il ses concitoyens ? « N’ayez crainte, ça n’arrivera pas », répond Paris. Evidemment, la raison d’Etat n’existe que dans les livres de Walder.

Vite : un gouvernement et une politique énergétique. Belges…

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