Une manif « anti-islam » trop suivie

MARTIN,PASCAL

Mardi 11 septembre 2007

Plus de 150 arrestations parmi les « anti-islam ». Parmi eux, les Vlaams Belang Dewinter et Vanhecke mais aussi l'eurodéputé italien de la Ligue du Nord, Mario Borghezio. L'Italie a protesté mardi soir auprès des autorités belges contre cette interpellation.

Si la manifestation illégale contre l’« islamisation de l’Europe » a peu rassemblé, mardi après-midi à Bruxelles, ses organisateurs se sont néanmoins offert un beau coup de pub. Ainsi les deux dirigeants du Vlaams Belang, Filip Dewinter et Franck Vanhecke, se sont-ils retrouvés menottés… en terres francophones devant toutes les caméras de Flandre et d’Europe. Du pain bénit.

Pour rappel, la manifestation organisée par un cartel conservateur et des partis d’extrême droite issus de plusieurs pays européens avait été interdite en août par le bourgmestre de Bruxelles, Freddy Thielemans. Les organisateurs comptaient cependant répondre présent, place du Luxembourg, en ce sixième anniversaire du 11 Septembre.

Promesse tenue. Assis à la terrasse d’un bistrot, le Danois Anders Gravers se posait hier en victime devant les journalistes, faute d’avoir réussi à rassembler les 20.000 manifestants annoncés. Le leader du parti anti-islamique Siad jugeait illégale la décision du bourgmestre de Bruxelles, appelant à constater combien ses sympathisants se montraient pacifiques. Stephen Gash, le fondateur de la SIOE Angleterre (Stop Islamization of Europe), en appelait au droit d’organiser cette marche « dans l’esprit de la diversité de l’Europe ».

Des arrestations administratives ont alors eu lieu. La police de Bruxelles en dénombrera 154, dont des membres du Vlaams Belang, crâne rasé, veste noire, le lion flamand en blason. Parmi les « stars », l’eurodéputé italien Mario Borghezio (Ligue du Nord) et le Français Carl Lang (Front National). Mais aussi les Vlaams Belang Dewinter et Vanhecke qui se sont retrouvés menottés au rond-point Schuman pour s’en être pris physiquement au chauffeur du fourgon chargé de les emmener. « Nous avons des images qui le prouvent », a lancé le chef de la police bruxelloise Roland Van Reusel. Une plainte a été déposée contre eux.

En fin d’après-midi, le bourgmestre de Bruxelles Freddy Thielemans a fait savoir qu’il ne regrettait rien, arguant avoir tenu un « rôle légal » en voulant maintenir l’ordre public face à de « faux touristes ». Roland Van Reusel a justifié pour sa part l’arrestation de personnes observant une attitude pacifique – il n’y a pas eu de violence si l’on excepte l’épisode Vanhecke-Dewinter – par le fait que « le port d’un tee-shirt ou d’un drapeau » attestait de l’intention de manifester, ce qui avait été interdit.

La réaction du bourgmestre bruxellois a suscité des commentaires en sens divers. Pour le commissaire européen Franco Frattini, « toutes les manifestations qui respectent la loi et qui expriment un point de vue devraient être autorisées » pourvu qu’elles soient pacifiques. Quant au secrétaire général du Conseil de l’Europe Terry Davis, il s’en est pris mardi au « sectarisme » des organisateurs de la manifestation.

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