Le Front National implose
DORZEE,HUGUES
Mercredi 12 septembre 2007
Un bureau politique scindé. Féret menacé d’exclusion. Les comptes 2006 toujours pas avalisés.
Ce lundi à 14 heures, sous la rotonde 2 de la Maison des Parlementaires, s’est tenue une réunion de « médiation » pour le moins houleuse. À l’ordre du jour : « composition du bureau politique » et « position du FN face à la crise gouvernementale ». Elle s’est soldée, sous les ors du Parlement, par une scission du parti, un chapelet d’injures et un député wallon frappé au visage…
Selon les statuts du FN (modifiés le 2 mai 2005), vingt membres effectifs siègent au bureau politique : les 9 élus actuels (4 députés wallons, 3 bruxellois et 2 parlementaires fédéraux), chargés de coopter « annuellement » 11 membres.
Depuis les élections fédérales, deux camps s’affrontent. D’un côté, le président Féret, soutenu par le député Cocriamont et les trois élus bruxellois (parmi lesquels sa compagne, Audrey Rorive). De l’autre, les quatre élus wallons, liés désormais par une « convention » officieuse au sénateur Delacroix. Dans ce document, rien n’est laissé au hasard : l’avenir du parti, l’exclusion à terme du président Féret (dont le mandat de 5 ans arrive à échéance en décembre 2009), les élections régionales…
Putsch ou reprise en main légale d’un parti liberticide entaché par plusieurs affaires judiciaires passées et à venir : condamnation de Féret à 10 ans d’inéligibilité pour racisme, instruction en cours au parquet de Bruxelles (abus de biens sociaux, faux, détournement…), procès pour fausses signatures à Namur… ? L’avenir le dira. Pour l’heure, le FN implose.
Par cinq voix contre quatre, le clan Delacroix a pris le pouvoir. Et imposé « sa » liste de 11 membres cooptés. Ce jeudi soir, le « nouveau bureau » se réunira à Bruxelles. Selon nos informations, il va exiger, par courrier recommandé d’abord, par voie judiciaire ensuite : les clés du siège du parti, un inventaire du matériel, la liste des membres du FN (estimée à… 400 !), la comptabilité et les archives.
Delacroix et consorts rêvent de refonder le parti en vue des régionales de 2009. Et d’en faire un parti de masse « moderne, efficace et transparent ». Procédure statutaire d’exclusion de Féret, redéfinition de la ligne politique du FN, répartition des fonctions exécutives, création de deux fédérations (wallonne et bruxelloise), audit financier, mailings vers 6.000 sympathisants, présidence ad interim du député wallon Petitjean, congrès de refondation… Le nouveau bureau politique voit loin. Jusqu’aux régionales de 2009…
Selon la loi du 16 juillet 1993 relative à l’élection du Conseil régional wallon, la protection du sigle « FN » (la marque de fabrique électorale) et la constitution des listes (gérée par Féret jusqu’ici) dépendent exclusivement des quatre députés wallons (Pire, Petitjean, Borbouse et Huygens). Qui se sentent tout à coup pousser des ailes…
La fin du « féretisme » ? Possible. Dans un courrier recommandé daté du 10 septembre (juste après la réunion à la Rotonde), l’intéressé évoque les « ukases d’une minorité ». Il se présente comme « membre du Parlement européen à vie » et détenteur d’une voix « prépondérante » au sein du bureau politique. Avant de « proclamer » son nouveau bureau politique « régulièrement constitué ».
Désormais domicilié en France, à Bredune selon nos informations, Daniel Féret défendra jusqu’au bout « son » FN, fondé en 1985. Entre ses déboires judiciaires, le fisc aux trousses (lire ci-dessous), une carrière politique brisée et désormais des « camarades » qui le lâchent, le patron du Front National vacille. La lutte fratricide s’annonce terrible.
