Le marché de Leterme aux francophones

n.c.

Mercredi 12 septembre 2007

94 jours sans gouvernement. Yves Leterme sort du bois. Pour obtenir l’appui des francophones sur une réforme de l’État, il propose des fonds au profit des écoles du Sud du pays. Arena refuse et parle d’un « baiser de Judas ». Le CDH estime que la proposition n’a rien à voir avec le débat. Le MR, lui, pointe l’urgence du problème de l’état des bâtiments scolaires .

L’ancien formateur de gouvernement Yves Leterme (CD&V) a évoqué l’idée de débloquer de l’argent pour l’enseignement francophone afin de persuader les francophones d’avancer dans la réforme de l’État, dans une interview au journal pour jeunes de Ketnet (VRT).

« Les francophones émettent beaucoup de demandes », affirme Yves Leterme. » Il y a des choses que nous voulons faire, d’autres pas. Ce que nous pourrions faire, par exemple, c’est de veiller à ce qu’ils puissent construire des écoles plus facilement financièrement parlant. C’est aussi au bénéfice des élèves, de Wallonie comme de Bruxelles. Si nous tombons d’accord sur ce sujet, peut-être les francophones seraient-ils prêts eux aussi à discuter de nos demandes », indique Yves Leterme dans cette interview à la VRT.

Une réduction de la TVA sur les bâtiments scolaires

Selon la porte-parole d’Yves Leterme, l’idée qu’il a lancée sur le financement de l’enseignement francophone faisait simplement référence aux accords de Lambermont dans lesquels est prévue une réduction à 6 % de la TVA sur les bâtiments scolaires. Ces propos font déjà l’objet d’une polémique communautaire mais elle oppose aussi l’ex-formateur aux responsables de l’émission « Karrewiet » de la VRT au cours de laquelle il s’est exprimé.

Les responsables du journal et du service Informations de la VRT ont traduit dans un communiqué ces propos comme la volonté de l’ex-formateur de faire bouger les Francophones en libérant de l’argent frais pour l’enseignement francophone. « Il espère que les Francophones à leur tour feront une concession dans les négociations sur la réforme de l’État », indique le communiqué.

Mais selon la porte-parole de l’ex-ministre-président flamand, celui-ci n’avait pas du tout l’intention de lancer une nouvelle piste et il ne faut pas faire dire aux mots ce qu’ils ne veulent pas dire. Il parlait bien de Lambermont et d’une diminution de la TVA sur les bâtiments scolaires, une mesure de portée fédérale, qui serait tout aussi bénéfique à la Flandre, a-t-elle fait remarquer.

L’entrevue de M. Leterme, réalisée par un reporter en herbe de 13 ans, sera diffusée mercredi soir en intégralité sur « Ketnet » à 18 heures 10.

Le communiqué de la VRT signale au passage qu’au cours de l’entrevue, il a également été demandé à M. Leterme de chanter l’hymne national.

« Cette fois, cela a réussi… » commente le communiqué de la rédaction de Karrewiet.

Arena refuse le « baiser de Judas » de Leterme

L’idée lancée par Yves Leterme est qualifiée de « baiser de Judas » par la ministre-présidente de la Communauté française Marie Arena. Un baiser qu’elle dit évidemment refuser, à l’heure où le budget de la Communauté française est sain et permet d’investir dans l’enseignement.

« Après plus de trois mois sans gouvernement, la proposition de l’ex-formateur Yves Leterme ressemble à la version moderne du Baiser de Judas », a réagi Mme Arena dans un communiqué.

Pour elle, ce qui est en jeu aujourd’hui, c’est l’avenir de la Belgique et des liens entre les Francophones et les Flamands. C’est un débat fondamental et c’est une grave erreur de penser que les francophones seraient prêts à brader la Belgique contre de l’argent, dit-elle, rappelant que trop souvent dans le passé, les francophones ont été contraints d’accepter des réformes parce qu’ils étaient étranglés sur le plan budgétaire.

Mais aujourd’hui, la situation est fondamentalement différente : le budget de la Communauté française est sain et permet d’investir dans des actions concrètes notamment via le Contrat pour l’École. Et pour les bâtiments scolaires, un milliard d’euros sera investi dans les prochaines années grâce à la conclusion du partenariat public-privé, rappelle la ministre de l’Enseignement obligatoire. Selon elle, les Francophones peuvent donc négocier véritablement sur un pied d’égalité.

Il faut retenir les leçons de l’échec des missions de l’informateur et du formateur pour mettre en place un gouvernement Orange-Bleu dont les partenaires n’ont jamais cessé de se diviser par presse interposée, dit-elle. Il est clair que ce n’est pas en lançant des propositions via la presse que l’on pourra débloquer la situation. La méthode d’Yves Leterme reste fort différente de celle d’Herman Van Rompuy, commente encore Marie Arena.

(d’après Belga)

Pas de résultats.