L’ULB dénonce les classements d’universités

n.c.

Vendredi 21 septembre 2007

La rentrée académique a été l’occasion, pour le recteur de l'Université libre de Bruxelles, de démonter le système de classements des universités. Un système aux effets pervers qui serait en outre non scientifique et manquerait de rigueur. Selon Philippe Vincke, ce besoin d'évaluation n'engendre qu'une concurrence croissante entre les établissements.

À l’occasion de la 174e rentrée académique de l’Université libre de Bruxelles vendredi, le recteur, Philippe Vincke, s’est attardé dans son allocution sur le phénomène des classements des universités. Selon lui, ce besoin d’évaluation n’engendre qu’une concurrence croissante entre les établissements. M. Vincke a mis en évidence le caractère non scientifique de ces classements et leur manque de rigueur.

D’après le recteur, l’existence de ces classements s’explique par l’augmentation significative du nombre d’acteurs de l’enseignement supérieur et de la recherche, et par la mobilité croissante des étudiants et des enseignants-chercheurs. En raison de la demande de plus en plus forte de la collectivité de voir les universités justifier l’utilisation des moyens mis à leur disposition, ce besoin d’évaluation a été ces dernières années renforcé, mais peut selon lui aboutir à des effets pervers.

Les deux classements les plus connus sont ceux de Shanghai (Academic Ranking of World Universities) et du Times (Times Higher Education Supplement). « Ces classements ont pris aujourd’hui une telle importance qu’aucune université ne peut les ignorer. La position qu’y tient chaque université devient pour elle une carte de visite, et l’on peut même affirmer que ces classements jouent un rôle primordial dans l’évolution du paysage universitaire mondial », a estimé M. Vincke.

L’ULB occupe la 132e position du classement de Shanghai, et la 165e de celui du Times.

Selon M. Vincke, ces résultats doivent être remis en question. Il regrette ainsi « le manque de nuance des auteurs de ces classements dans la présentation de leurs résultats », tout en s’interrogeant sur leurs critères de classification. « Peut-on mesurer la qualité d’une université comme on mesure la longueur d’une table ? Y a-t-il un modèle absolu de ce qu’est une bonne université ? Quels aspects de l’université doit-on prendre en compte pour évaluer une université ? Tout exercice de classement devrait répondre à ces questions fondamentales », a-t-il insisté.

Lors d’un long exposé, il a donc démonté point par point la méthodologie utilisée par les auteurs des deux classements, en pointant des problèmes techniques et de transparence. Il existe, selon lui, plusieurs zones d’ombre qui pourraient expliquer le mauvais classement de l’ULB.

« Certaines disciplines comme le droit, les sciences humaines, la philosophie, les lettres, etc., ne sont pas prises en compte, et ces classements n’évaluent que l’output et pas l’input. Le budget, le droit d’inscription, la gestion, l’accueil des étudiants, ou encore la qualité de l’enseignement ne sont pas analysés », a-t-il souligné.

Le recteur pointe également le favoritisme dont bénéficient les universités anglo-saxonnes, « puisque l’anglais est la première langue de communication et d’écriture » dans le cadre de la recherche. Il appelle donc à interpréter ces résultats avec la plus grande prudence, d’autant que les auteurs de ces classements s’avèrent des scientifiques dont l’expertise ne peut être que partielle. « Comment un scientifique, expert dans une matière donnée, peut-il juger une université dans sa globalité ? », a-t-il dit en guise de conclusion.

(D’après Belga)

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