Quelle identité francophone ?
n.c.
Mercredi 26 septembre 2007
Plusieurs personnalités, venues de tous les horizons, nous ont donné leur version de l’identité francophone jusqu’à jeudi 27 septembre, jour de la fête de la Communauté française.
« Je ne me sens pas belge. Si la Belgique se sépare ça ne me fait pas grand-chose. Je me sens francophone, oui. Mais de par ce qui me rattache à mon enfance, les souvenirs de ma jeunesse. Fondamentalement, je ne suis pas patriotique, je me sens plutôt européen.
En fait, le plus important pour moi c’est le droit des personnes et leur bonheur. Je peux tout à fait comprendre le désir des Flamands de sauvegarder leur culture mais pas le fait de sauvegarder le territoire. Mais ce n’est pas si simple, pour la séparation, par exemple, c’est plus compliqué. On doit tenir compte du facteur économique car si on se sépare les Wallons auront 20 % de ressources en moins ! Là c’est interpellant. Pour la Belgique par contre, je me sens moins concerné »
« Je ne suis pas né francophone. Les extrémistes flamands en ont décidé pour moi, lorsqu’ils ont crié Walen buiten à Leuven en 1967. Je suis devenu francophone non pas en raison de ma langue maternelle – qui était d’ailleurs le wallon –, mais bien par réaction à la haine et au mépris dont, adolescent, j’étais brusquement et injustement la cible.
Depuis lors, je suis « francophone « dans la mesure où je suis contre les « identités meurtrières », quelle que soit la langue dans laquelle elles s’expriment, entre autres en vlaams-belangue.
Dans ce monde globalisé, la « francophonie « n’est donc qu’une composante de ma multi-identité et elle a pour exigence essentielle le refus des intolérances et des exclusions. Durant la seconde guerre mondiale, j’aurais, comme mes parents, toujours préféré un résistant flamand à un collabo wallon… »
« Je suis né à Liège, j’y ai fait mes études, je me sens donc profondément liégeois, wallon et francophone. Mais ça ne m’a pas empêché d’avoir d’excellents contacts avec mes collègues neurochirurgiens du Nord du pays. Nous avons toujours travaillé dans le respect et dans une société unitaire où chacun parle sa langue.
Il aussi prendre en compte le fait que je suis un enfant d’immigré. Je me sens très redevable à la Belgique sur la façon dont mes parents ont été accueillis et je me sens profondément belge, même si wallon et liégeois, je me sens belge avant tout ! Ce qui me désole, en tant que sénateur, comme en tant que citoyen, ce sont les propos quasi fanatiques qu’on peut entendre aujourd’hui du côté Nord. Cela rend les négociations plus difficiles. Par contre, je ne comprends pas certains politiques entre wallons et bruxellois, il faudrait davantage de solidarité entre les institutions des deux parties francophones du pays, l’identité francophone n’en serait que renforcée et sécurisée permettant ainsi un meilleur dialogue avec le nord du pays. Et par la suite, renforcer la Belgique elle-même à laquelle je suis fière d’appartenir. »
« La question n’est tant de savoir s’il existe une identité francophone que de s’interroger sur sa signification. Son existence va de soi : la langue étant un élément fondamental de l’humanité, il est sans doute impossible de s’en passer pour définir son identité.
Mais pour la plupart d’entre nous, qui pratiquent leur langue maternelle, il s’agit d’une identité imposée, subie. Je préfère forger mon identité sur des choix.
Ce qui a pu faire la richesse de l’identité francophone, dans notre pays, c’est justement qu’elle fut choisie, jadis, par des gens dont ce n’était pas la langue maternelle. Alors, à « identité francophone », je préférerais encore opter pour « l’identité belge » qui me privilégie l’ouverture à l’autre plutôt que le repli frileux que suppose « l’identité francophone » telle qu’on l’entend aujourd’hui, dans le prolongement de « l’identité flamande ».
« Je suis avant tout citoyen du monde, qui place l’homme et la femme au-dessus de toute appartenance. C’est une vision plus universelle, un peu à l’image de Bruxelles. Mais du vrai Bruxelles, que l’on ne voit pas souvent. Le Bruxelles de la rue. Tout comme nos amis flamands doivent comprendre qu’une communauté ne domine pas l’autre, il faut comprendre que s’il existe une majorité à Bruxelles, elle n’est pas francophone. Il y a tellement d’étrangers, qui ne parlent pas français à la maison. En parcourant les 19 communes bruxelloises, on visite 125 pays ! C’est pourquoi je me sens aussi Bruxellois. Je respire cette ville, qui est une de celle qui me parle le plus avec New York. Et c’est pour ça que la « Belgique de papa » me gave. Flamands, Wallons, il faut sortir de cette logique binaire et puérile. Ce qui prime, c’est l’homme et la femme, mais j’imagine que ce n’est politiquement pas porteur… Alors oui, on sent que la Belgique est vraiment en crise. Mais elle l’est depuis le début, sortie de nulle part et créée afin que les grands de ce monde arrêtent de se taper sur la gueule. Ce serait intéressant de faire une psychanalyse de la Belgique, elle aurait tant à nous dire. Il y a quand même quelque chose de beau à tirer de ce grand foutoir : on n’en est pas encore venu aux mains ou aux armes, seuls les mots volent. »
« Est-ce que j’ai le sentiment d’une « identité francophone belge » ? Sans doute, puisque je suis Belge francophone. C’est ce que je suis, je me pose donc rarement la question. Je vis à Bruxelles, je travaille à Charleroi, j’ai un nom plus Flamoutch que Verhofstadt… Donc Belge, oui, et francophone, ben oui aussi. Perso, pour parler boulot, je trouve autant d’intérêts et de proximité avec des auteurs de Liège (avec qui je ris des Flamands) que des auteurs de Flandre (avec qui je ris des Wallons). On parle toujours de la bière et des moules, on n’évoque jamais la BD, or s’il y a bien un moyen d’expression qui nous unit, c’est celui-là. Est-ce qu’il faut se séparer ? Je ne crois pas, on se manquerait : les Francophones de Belgique sont les seuls au monde à penser à la Flandre ! Pareil dans l’autre sens, on n’existerait pas les uns sans les autres. Ça met de la vie, un meilleur ennemi.
Plus sérieusement, pouf pouf, je m’étonne toujours qu’on ne soulève pas ce problème de base : tant qu’on restera dans un fédéralisme ou confédéralisme à deux régions, et donc sans cesse avec les mêmes confrontations !, on ne s’en sortira pas en Belgique. D’où, je pense, la nécessité d’une « vraie » région Bruxelloise, en terme de budget, d’autonomie, de pouvoir de gestion et de décision, avec ces spécificités de bilinguisme (multilinguisme plutôt, il y avait une dizaine de langues dans les rues ce dimanche) et de capitale européenne. Mais une Région à part entière, comme les deux autres – désolé pour les Germanophones. Deux Régions qui, en tant que Bruxellois, commencent d’ailleurs sérieusement à me casser les pieds : y’en a que pour elles ! »
« J’ai l’impression qu’on pose les mauvaises questions des deux côtés, on voit le contraste dans les médias. Car, pour moi, la culture flamande est, avant tout, une question de langue et s’il y a une culture c’est une culture belge. En Flandre, ils essaient de s’accaparer l’identité culturelle flamande. Pour une identité francophone ? Je pense qu’une langue noue les gens. Et c’est plus facile si on parle la même mais en Belgique, on a toujours vécu avec plusieurs langues, ça fait partie de notre identité culturelle. Pour moi c’est peut-être plus facile, comme je parle trois langues couramment je me sens moins mis à l’écart. Pour Bruxelles, la situation est différente, c’est une ville de minorités et le français ne sert qu’à communiquer pour beaucoup de gens, ce n’est pas une question de culture francophone ! Mais je comprends tr ès bien les revendications flamandes, il y a un vrai étalement de Bruxelles et ça peut faire peur. On comprend alors que BHV reflète toute la discussion. »
« La question n’est tant de savoir s’il existe une identité francophone que de s’interroger sur sa signification. Son existence va de soi : la langue étant un élément fondamental de l’humanité, il est sans doute impossible de s’en passer pour définir son identité.
Mais pour la plupart d’entre nous, qui pratiquent leur langue maternelle, il s’agit d’une identité imposée, subie. Je préfère forger mon identité sur des choix.
Ce qui a pu faire la richesse de l’identité francophone, dans notre pays, c’est justement qu’elle fut choisie, jadis, par des gens dont ce n’était pas la langue maternelle. Alors, à « identité francophone », je préférerais encore opter pour « l’identité belge » qui me privilégie l’ouverture à l’autre plutôt que le repli frileux que suppose « l’identité francophone » telle qu’on l’entend aujourd’hui, dans le prolongement de « l’identité flamande ».
