Olivier Maingain provoque la Flandre

COPPI,DAVID

Jeudi 27 septembre 2007

110 jours sans gouvernement. Le président du FDF prône la rupture, réclame l’élargissement de Bruxelles et sème des bombes sous l’Orange bleue.

Appel à « libérer » la périphérie bruxelloise, prêche assénant que « Wallons et Bruxellois peuvent envisager de garder l’Etat belge sans la Flandre en veillant au lien territorial entre Bruxelles et la Wallonie » et déclaration de guerre… « Aujourd’hui, c’est le monde politique flamand qui est demandeur et il va apprendre la logique qu’il nous a si souvent imposée : quand on est demandeur, il y a un prix à payer, et il revient aux francophones de le fixer »… Jeudi soir, presque au terme de la Fête de la Communauté française, Olivier Maingain, président du FDF, a tenu un véritable discours de rupture, à Watermael-Boitsfort, réclamant à cor et à cri l’élargissement de Bruxelles en cas de scission de l’arrondissement de BHV : « Bruxelles et la périphérie ne seront jamais enclavées dans un Etat flamand ».

Plus tôt, les signaux entre partenaires de l’Orange bleue semblaient pourtant plus positifs, et cela pour la première fois depuis des semaines. La sortie musclée d’Olivier Maingain, dont le parti est coalisé au MR, lui-même grand partisan de l’alliance entre libéraux et centristes, ressemble donc, très fort, à une provocation à l’égard des partis flamands.

Autour d’Herman Van Rompuy, les « chefs de délégation » des partis de l’Orange bleue se sont réunis à trois reprises ces derniers jours. Jo Vandeurzen, Bart Somers, Didier Reynders et Joëlle Milquet devaient se retrouver jeudi soir. Le seul fait qu’ils s’assoient à la même table est perçu comme un « progrès ». Et l’explorateur, dit-on, serait proche de détenir une « méthode de travail » afin que les négociations puissent se poursuivre.

Tous ne sont pourtant pas optimistes. Un négociateur confiait hier : « Van Rompuy cherche une porte de sortie honorable, et veut pouvoir dire qu’il n’a pas travaillé pour rien pendant quatre semaines, mais, en fait, on n’a rien sur le contenu »… Ah, bon.

Et puis, tous, non plus, ne sont pas « discrets », comme l’explorateur l’a exigé longtemps de ses interlocuteurs… Comment interpréter le discours de feu prononcé hier soir, après 20 heures, par le président du FDF à la Maison Haute de Boitsfort ? Une « bombe atomique institutionnelle », dirait-on en d’autres temps… Réunissant des militants à l’occasion de la fête de la Communauté française, Olivier Maingain a appelé à « libérer » la périphérie bruxelloise, se livrant à une harangue brute sur le sens et le sort des négociations en cours. Un crescendo : « Que personne ne s’y trompe, la Flandre s’est constituée en nation, et aujourd’hui elle a la prétention de s’ériger en Etat, dans la Belgique si elle en tire encore avantage, hors d’elle si ses intérêts le lui dictent (…) Les francophones auraient tort de croire qu’ils arrêteront la marche en avant de la Flandre nationaliste en payant toujours un prix plus élevé pour maintenir un semblant d’unité » (…) Quelle réponse, alors, de leur part ? Maingain place la barre le plus haut : « Face à l’Etat flamand qui se construit, les francophones ne peuvent plus se contenter de raisonner en termes de Communauté ou de Région. Wallons et Bruxellois peuvent envisager de garder l’Etat belge sans la Flandre, en veillant

au lien territorial entre Bruxelles et la Wallonie. »

Les francophones vont fixer leur « prix » aux Flamands

Quelles conséquences, dans l’immédiat, sur les négociations au fédéral ? Directes. On s’y attendait. Mais peut-être pas en ces termes : « D’aucuns croient encore que les vieilles méthodes de négociations institutionnelles du passé pourraient faire leurs preuves aujourd’hui… En un mois d’août agonisant, le défilé pathétique des ministres d’Etat, agréés ou non, prétendus sages ou véritables condamnés par la Justice (visé : Willy Claes, condamné dans l’affaire Agusta, ndlr !), a démontré les limites de ces vieilles méthodes, celles-là mêmes qui ont conduit le pays au bord du précipice (…) Nous refusons d’entrer dans un marchandage qui a été souvent préjudiciable aux francophones : des droits contre quelques espèces sonnantes et trébuchantes. Aujourd’hui, c’est le monde politique flamand qui est demandeur et il va apprendre la logique qu’il nous a si souvent imposée : quand on est demandeur, il y a un prix à payer, et il revient aux francophones de le fixer. » Vlan. Et ce prix, c’est celui de BHV : « Bruxelles et sa périphérie n’entendent pas rester enclavés en Flandre. Ils ne seront jamais enfermés dans un Etat flamand. Les négociateurs francophones ne permettront pas à la Flandre de prendre un avantage irréversible qui lui

ouvrirait grande la porte vers l’indépendance en ayant pris le contrôle de Bruxelles. Tel est l’enjeu du débat sur Bruxelles-Hal-Vilvorde. Scinder BHV sans permettre à la Région bruxelloise de renforcer ses liens territoriaux avec la Wallonie, c’est préparer la fin de la Belgique et ruiner tout espoir de destin commun des Wallons et des Bruxellois. »

Difficile de croire que ce Maingain-là, auteur d’un tel discours, de rupture, proclamant l’exigence non négociable de l’élargissement de Bruxelles, entre dans le « schéma » de travail de l’explorateur.

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